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Léon XIV à Alger : un geste historique au Mémorial des Martyrs pour la paix

Le pape Léon XIV a entamé le 13 avril 2026 sa première visite apostolique en Algérie — une première historique dans ce pays majoritairement musulman — en s'inclinant en silence devant le Mémorial des Martyrs d'Alger, le Maqam Echahid. Visiblement ému, il a déposé une gerbe de roses blanches en hommage aux victimes de la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), avant de prononcer des paroles qui ont résonné bien au-delà des frontières du continent africain : « La paix n'est possible que par le pardon. Ne pas ajouter du ressentiment au ressentiment de génération en génération. »

Ce geste, sobre et chargé de symboles, intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Paris et Alger. Les relations franco-algériennes ont connu depuis plusieurs mois de vives turbulences : expulsions de diplomates, arrestations de ressortissants, et l'emprisonnement d'un journaliste français — l'écrivain Boualem Sansal — en Algérie ont alourdi une atmosphère déjà fragilisée par des décennies de non-dits et de blessures mémorielles non résolues. C'est dans ce contexte que le pape Léon XIV a choisi l'Algérie comme première étape d'une tournée africaine de dix jours qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale.

Le Maqam Echahid, ce monument emblématique qui surplombe Alger de ses trois palmes géantes symbolisant les trois stades de la révolution algérienne, a rarement accueilli une figure de cette stature internationale. En choisissant d'y effectuer sa première halte symbolique sur le sol algérien, le pape de 70 ans a adressé un message fort à la fois à l'Algérie, à la France et au monde entier : les plaies de l'Histoire méritent d'être reconnues avant d'espérer les refermer.

Un message de réconciliation qui dépasse le cadre religieux

Le discours du pape Léon XIV au pied du Mémorial des Martyrs n'était pas un discours religieux au sens strict. C'était avant tout un appel politique et humain à la réconciliation entre les peuples. « La paix n'est possible que par le pardon », a-t-il déclaré, conscient que ces mots allaient être scrutés à la loupe tant à Alger qu'à Paris. « On ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération », a-t-il ajouté, dans une formule qui sonne comme une invitation autant adressée à l'Algérie qu'à la France.

La visite du pape est la première dans l'Histoire qu'un souverain pontife effectue en Algérie. Pays à 99% sunnite, l'Algérie ne compte que quelque 9 000 catholiques parmi une population de plus de 45 millions d'habitants. L'Église catholique y est donc une présence minoritaire, mais profondément enracinée dans la mémoire locale par des figures comme saint Augustin, né à Thagaste (actuelle Souk Ahras) au IVe siècle, et par les 19 martyrs béatifiés en 2018, tués durant la décennie noire des années 1990, dont des moines trappistes du monastère de Tibhirine, immortalisés par le film « Des dieux et des hommes ».

Le pape a d'ailleurs rendu visite, dès son arrivée à Alger, aux Sœurs missionnaires augustiniennes de Bab El Oued, en hommage à Sœur Esther Paniagua Alonso et Sœur Caridad Álvarez Martín, assassinées en 1994 alors qu'elles se rendaient à la messe. Ces deux religieuses font partie des martyrs beatifiés en 2018. Ce geste discret mais significatif illustre la double dimension de la visite : spirituelle d'un côté, diplomatique et mémorielle de l'autre. Comme l'avait anticipé notre article sur la visite historique du pape Léon XIV en Algérie, l'enjeu géopolitique de ce déplacement était considérable.

Un défi lancé aux gouvernements là où ils n'osent pas aller

En s'inclinant devant le Mémorial des Martyrs, le pape Léon XIV a accompli un geste que les gouvernements français successifs n'ont jamais voulu ou pu accomplir. La reconnaissance officielle par la France des crimes commis pendant la colonisation de l'Algérie (1830-1962) reste un sujet politiquement brûlant à Paris. Emmanuel Macron avait fait un pas en 2021 en qualifiant la colonisation de « crime contre l'humanité » — mais ces mots, prononcés alors qu'il était candidat à la présidentielle, n'ont jamais été traduits en excuses officielles d'État. L'Algérie, de son côté, a durci sa position mémorielle : en 2025, son Parlement a adopté une loi historique criminalisant la colonisation française, signe que la question est loin d'être réglée.

C'est dans ce contexte chargé que la parole du pape prend une résonance particulière. En demandant pardon « là où les gouvernements n'osent pas », selon la formule qui a circulé sur les réseaux sociaux algériens et français, Léon XIV a touché quelque chose de profond dans les deux sociétés. À Alger, sa démarche a été accueillie avec émotion et, par certains, avec une vive fierté nationale : qu'un chef d'État religieux de l'envergure du souverain pontife vienne honorer les martyrs algériens est perçu comme une forme de reconnaissance internationale de la légitimité du combat pour l'indépendance.

En France, la réaction a été plus contrastée. Une partie de l'opinion a salué la démarche humaniste du pape ; une autre, attachée à une vision positive ou du moins neutre de l'histoire coloniale, a exprimé son malaise face à ce qu'elle perçoit comme une ingérence dans un dossier mémoriel franco-algérien encore ouvert. Mais la puissance du geste papal réside précisément dans sa nature apolitique en apparence : en venant non pas comme un représentant d'un État mais comme un « pèlerin de paix » — selon ses propres mots —, Léon XIV a pu dire ce que les diplomates ne peuvent pas se permettre de dire.

La suite de la tournée africaine du pape — Cameroun, Angola, Guinée équatoriale — s'annonce tout aussi dense. Mais ce sont les images d'Alger, d'un homme en blanc s'inclinant en silence devant le monument aux martyrs algériens, qui resteront probablement les plus mémorables. Parce qu'elles condensent, en un seul instant photographique, des décennies de douleur collective et l'espoir fragile d'un chemin vers la paix.

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