Eurovision 2026 : cinq pays boycottent le concours en raison de la participation d'Israël
Cinq pays européens ont décidé de boycotter l'Eurovision 2026, qui se tiendra du 12 au 16 mai à Vienne, en Autriche, en raison du maintien de la participation d'Israël au concours. L'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et l'Islande ont annoncé leur retrait, ramenant le nombre de participants à 35 nations, soit le niveau le plus bas depuis 2003. Une crise sans précédent à l'aube du 70e anniversaire de la compétition musicale la plus regardée au monde.
La décision a été prise dans la foulée de l'assemblée générale de l'Union européenne de radio-télévision (UER), l'organisme qui chapeaute le concours. Lors de ce vote tenu en décembre 2025, une large majorité de membres a estimé qu'il n'était pas nécessaire de se prononcer sur l'exclusion d'Israël et que l'Eurovision 2026 devait se dérouler comme prévu, avec des « garanties supplémentaires ». Soixante-cinq pour cent des délégués ont voté en faveur de nouvelles règles destinées à « préserver l'équité, l'intégrité et l'esprit de compétition ».
Ce vote n'a pas suffi à convaincre les cinq diffuseurs dissidents. La télévision publique espagnole RTVE a annoncé un retrait total : l'Espagne ne participera pas et ne diffusera même pas l'événement sur ses chaînes. Le ministre de la Culture espagnol, Ernest Urtasun, s'est dit « fier d'une RTVE qui place les droits humains avant tout intérêt économique ». Il s'agit de la première absence espagnole depuis 1961 et de la première brèche dans le « Big Five », le groupe des cinq plus gros contributeurs financiers du concours.
Des diffuseurs européens en désaccord profond
Du côté néerlandais, le diffuseur AVROTROS a estimé que « dans les circonstances actuelles, la participation ne peut être conciliée avec les valeurs publiques fondamentales de notre organisation », accusant au passage Israël d'« ingérence prouvée » lors de l'édition 2025 à Bâle et de « violation grave de la liberté de la presse » pendant la guerre à Gaza. La télévision publique irlandaise RTÉ a invoqué « la perte effroyable de vies à Gaza et la crise humanitaire » pour justifier son retrait. La Slovénie a dédié sa décision « aux 20 000 enfants morts à Gaza ». L'Islande, par la voix de son diffuseur RÚV, a souligné que la participation d'Israël avait « créé une désunion parmi les membres de l'UER et le grand public ».
Cette vague de boycotts constitue le mouvement de protestation le plus important dans l'histoire de l'Eurovision depuis 1970. Elle intervient alors que des campagnes publicitaires financées par le gouvernement israélien pour gonfler les votes du public lors des éditions 2024 et 2025 ont été documentées. Le ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé l'existence de telles campagnes pour l'édition 2024 à Malmö, tandis que celles de 2025 à Bâle, détaillées par Eurovision News Spotlight, ont cumulé plus de 68 millions d'impressions publicitaires.
Vienne sous tension pour la 70e édition
Malgré ces défections, 35 pays ont confirmé leur présence à Vienne, au Wiener Stadthalle. La Bulgarie fait son retour après trois ans d'absence, la Roumanie après deux ans et la Moldavie après un an. Le concours sera présenté par Victoria Swarovski et Michael Ostrowski, avec le retour des jurys nationaux pour la première fois depuis 2022, combinés aux votes du public pour départager les qualifiés des demi-finales.
Les ondes de choc du boycott dépassent largement les cinq pays concernés. En Italie, des salariés du syndicat USB au sein de la RAI ont lancé une pétition pour un retrait. En Belgique, un collectif de 170 artistes et personnalités culturelles a dénoncé la décision de la RTBF de participer. Au Portugal, 13 des 16 artistes en lice au Festival da Canção ont déclaré qu'ils refuseraient de concourir à l'Eurovision en cas de victoire. Des figures emblématiques du concours ont également pris position : Nemo, vainqueur 2024, a rendu son trophée à l'UER, et Conchita Wurst, lauréate 2014, a annoncé se retirer de tout événement lié à l'Eurovision.
La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Autriche, pays hôte, soutiennent quant à eux la décision de l'UER. Mais alors que Vienne se prépare à accueillir la 70e édition d'un concours qui rassemblait jusqu'ici 160 millions de téléspectateurs, l'Eurovision traverse l'une des crises les plus profondes de son histoire, révélant les fractures géopolitiques qui traversent désormais le monde de la culture européenne.