JO 2026 : Wendy Holdener a-t-elle eu raison de renoncer au géant olympique ?
La Schwytzoise Wendy Holdener, 32 ans, a fait le choix de renoncer au géant olympique de Cortina d'Ampezzo le 15 février dernier, préférant se concentrer entièrement sur le slalom prévu quatre jours plus tard. Un pari stratégique audacieux, validé par son staff, mais qui n'a finalement pas porté les fruits espérés : la quadruple olympienne a terminé au pied du podium en slalom, à seulement 22 centièmes de la médaille de bronze.
L'annonce est tombée à la dernière minute, le matin même de la course. Parmi les 76 concurrentes inscrites au géant olympique féminin, Wendy Holdener a été la seule à ne pas prendre le départ. Swiss-Ski a rapidement communiqué : «La décision a été prise en accord avec les entraîneurs. Elle souhaite se concentrer sur le slalom de mercredi et investir le temps gagné dans des entraînements supplémentaires dans sa discipline de prédilection.»
Sur le papier, les arguments en faveur de ce choix ne manquaient pas. Holdener n'avait jamais terminé dans le top 10 en géant cette saison. Sa présence à Cortina pour le slalom était de toute façon assurée par son statut de référence mondiale dans la discipline. Elle connaissait déjà la piste de l'Olimpia delle Tofane pour y avoir concouru lors du combiné alpin, où elle avait décroché la 6e place avec Jasmine Flury.
Un géant riche en enseignements manqués
Pourtant, les détracteurs de ce choix avancent des arguments tout aussi solides. En compétition, on ne maîtrise jamais tous les paramètres : la météo changeante, l'état de la neige, les chutes et abandons des concurrentes. Aucune séance d'entraînement ne peut reproduire la pression nerveuse et les repères qu'offre une course olympique. Les conditions se sont d'ailleurs révélées favorables aux dossards élevés ce jour-là, et Holdener aurait porté le numéro 18.
Le géant a sacré l'Italienne Federica Brignone, autrice d'un retour héroïque après une double fracture tibia-péroné et une rupture du ligament croisé antérieur survenues en avril 2025. La Suédoise Sara Hector et la Norvégienne Thea Louise Stjernesund ont complété le podium, toutes deux à 62 centièmes. Côté suisse, Camille Rast a terminé 12e, tandis que Vanessa Kasper et Sue Piller ont représenté la délégation helvétique sans briller dans le top 20.
Pendant ce temps, Holdener s'entraînait à Kronplatz avec Mélanie Meillard et Eliane Christen, peaufinant ses trajectoires en vue du slalom. Quatre jours d'entraînement supplémentaires pour préparer la course de sa vie.
Une cruelle quatrième place en slalom
Le mercredi 19 février, le slalom a livré son verdict. Après une première manche solide mais insuffisante — 5e à 1 seconde 16 de Mikaela Shiffrin —, Holdener a livré une deuxième manche exceptionnelle, prenant provisoirement la tête pour sept centièmes. Mais les skieuses suivantes l'ont dépassée. Résultat final : une cruelle 4e place, à 22 centièmes du podium.
En larmes devant les caméras, la Schwytzoise a confié : «Depuis l'entraînement estival en Argentine, mon seul objectif était de devenir championne olympique.» Mikaela Shiffrin a décroché l'or, douze ans après son premier sacre olympique en slalom. Camille Rast a créé la surprise en s'adjugeant l'argent, offrant à la Suisse sa seule médaille dans cette épreuve. Mélanie Meillard a terminé 7e, tandis qu'Eliane Christen a été éliminée.
Le bilan de ce pari stratégique est donc amer. Les jours d'entraînement supplémentaires n'ont pas suffi à combler l'écart avec les meilleures. Et l'on peut légitimement se demander si une participation au géant — même sans ambition de podium — n'aurait pas permis à Holdener de mieux appréhender la piste et de retrouver des sensations de course avant l'échéance cruciale du slalom.
À 32 ans, Wendy Holdener envisage désormais les Championnats du monde 2027 à Crans-Montana comme prochain objectif. «Le potentiel que j'ai en moi me pousse à continuer. Je suis toujours motivée», assure-t-elle. Mais elle reconnaît aussi que «l'explosivité diminue avec l'âge» en slalom, laissant planer le doute sur la suite de sa carrière. Le slalom de Cortina restera peut-être comme sa dernière course olympique, avec le goût amer d'un choix stratégique qui n'a pas payé.