Formations en marketing digital : le business douteux qui séduit les adolescents
Ils ont 16, 17 ou 18 ans et rêvent de devenir millionnaires avant leurs 20 ans. Sur TikTok et Instagram, des vidéos leur promettent la «liberté financière» grâce à des formations en marketing digital. Derrière ces discours séduisants se cache un système qui s'apparente souvent à une pyramide de Ponzi, alertent les experts.
Keryan a 17 ans et un «sentiment d'urgence». Cet élève de terminale STMG s'est lancé dans le business en ligne dès l'âge de 15 ans, d'abord par l'achat-revente sur Vinted, puis récemment par la vente de formations. «J'ai l'impression d'être déjà pressé par le temps : il faut que je fasse de l'argent», confie-t-il à France Info. Comme lui, Noah, 16 ans, en première STMG dans l'Oise, vend des formations de marketing digital entre 30 et 350 euros avec des «accompagnements personnalisés».
Ces adolescents sont les nouvelles cibles d'un business florissant mais douteux. Le principe est simple : acheter une formation, puis la revendre à d'autres personnes qui feront de même. Un modèle économique que l'Autorité des marchés financiers (AMF) assimile à un système pyramidal, donc illégal.
Des promesses mirobolantes et des réalités cruelles
Le reportage diffusé dans Sept à huit sur TF1 en mars 2025 a mis en lumière ce phénomène. Carla, 18 ans, y affirmait gagner 10 000 euros par mois en revendant une formation américaine. La recette ? Avoir acquis non seulement le contenu, mais aussi les droits de revente. En un an, ce système aurait créé «des centaines de milliers de nouveaux coachs».
Le reportage présentait également Baptistin, 23 ans, qui promet à ses élèves «plus de mille euros par jour en seulement trois mois». Il commercialise notamment un e-book sur le bien-être féminin, compilé à partir de livres américains et «remixé» par intelligence artificielle. Un aveu troublant de sa part : «Je ne m'y connais pas spécialement en bien-être des femmes».
Les réactions des internautes ont été cinglantes. Sur X (anciennement Twitter), nombreux sont ceux qui ont dénoncé «une énorme arnaque», des «escrocs» et du «plagiat». Certains prédisent déjà des «plaintes pour escroquerie».
Une vulnérabilité psychologique exploitée
Pourquoi les jeunes sont-ils si réceptifs à ces promesses ? Pour Vanessa Lalo, psychologue spécialisée dans les pratiques numériques, ces adolescents cherchent à échapper à un monde anxiogène : «Parcoursup, les retraites menacées, les guerres... Ils veulent une porte de sortie». Nathalie Granier, psychologue spécialiste des menaces numériques, complète : «Les adolescents veulent tout tout de suite et les arnaqueurs jouent sur ce biais d'urgence».
Cette vulnérabilité n'est pas sans conséquence. Jacques, 21 ans, pratique le dropshipping depuis fin 2024. Il reconnaît avoir payé pour une arnaque : «Ça sentait l'arnaque mais j'ai été bête». Les risques sont multiples : formations inutiles, schémas pyramidaux, fournisseurs frauduleux payés en cryptomonnaie, ou encore non-déclaration fiscale pouvant entraîner des poursuites.
Les statistiques sont alarmantes : 3,2% des Français se déclarent victimes d'arnaques à l'investissement financier, un pourcentage multiplié par trois en trois ans. Les jeunes hommes de moins de 35 ans, très présents sur les réseaux sociaux, constituent la cible principale de ces montages frauduleux.
Margo, membre du collectif Meer qui lutte contre ces pratiques, met en garde : «Dès qu'on vous promet des milliers d'euros par jour, c'est le signe d'un schéma illégal ou pyramidal». Le vrai marketing digital existe, mais il s'apprend dans des formations reconnues par l'État, pas dans des e-books vendus sur les réseaux sociaux. Face à ce phénomène, les influenceurs virtuels générés par intelligence artificielle pourraient bientôt remplacer ces vendeurs de rêves – avec d'autres questions éthiques à la clé.