Fin de vie : l'Assemblée nationale adopte le droit à l'aide à mourir
L'Assemblée nationale a franchi ce mercredi 25 février 2026 une étape historique en adoptant en deuxième lecture la proposition de loi instaurant un « droit à l'aide à mourir » avec 299 voix pour, 226 contre et 37 abstentions. Ce texte porté par le député Olivier Falorni (Les Démocrates) et soutenu par Emmanuel Macron légalise un dispositif très encadré de suicide assisté, voire d'euthanasie par exception.
Ce vote marque l'aboutissement de plusieurs mois de débats parlementaires intenses sur l'une des questions sociétales les plus sensibles en France. « Je ferai tout pour que ce texte soit adopté avant l'été 2026, et pour qu'il puisse entrer en application avant la fin du quinquennat », a déclaré la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, lors de l'annonce des résultats. Le texte avait déjà été voté une première fois par les députés fin mai 2025, avant d'être rejeté par le Sénat en janvier 2026.
La proposition de loi prévoit cinq conditions cumulatives pour accéder à l'aide à mourir : être majeur, de nationalité française ou résident légal, souffrir d'une maladie grave et incurable au pronostic vital engagé, éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, et être en mesure d'exprimer une volonté libre et éclairée. Les députés ont également validé le principe selon lequel l'auto-administration de la substance létale constitue la règle, l'administration par un soignant demeurant l'exception.
Un dispositif légal très encadré
Au-delà des conditions d'accès, le texte crée de nouvelles infractions pénales pour protéger la dignité du processus. Les parlementaires ont ainsi adopté un délit d'entrave à l'aide à mourir, ainsi qu'un délit d'incitation à y recourir, passibles de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Ces dispositions visent à garantir que la décision reste strictement personnelle et libre de toute pression extérieure.
Parallèlement à ce texte sur l'aide à mourir, l'Assemblée a également adopté une proposition de loi distincte visant à renforcer les soins palliatifs en France. Cette double démarche reflète la volonté du législateur d'offrir un accompagnement complet en fin de vie, combinant développement des soins d'accompagnement et ouverture d'un nouveau droit pour les personnes en situation de souffrance insupportable.
Le Sénat au cœur de la bataille parlementaire
Le parcours législatif est loin d'être terminé. Le texte fera l'objet d'un nouvel examen au Sénat début avril 2026, où il avait été rejeté en première lecture le 28 janvier dernier. Les sénateurs, traditionnellement plus conservateurs sur ces questions éthiques, devront se prononcer à nouveau sur cette réforme qui divise profondément la classe politique et l'opinion publique française.
Si le texte est définitivement adopté avant l'été comme l'espère la majorité présidentielle, la France rejoindrait le cercle restreint des pays européens ayant légalisé l'aide active à mourir, aux côtés de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et de l'Espagne. Cette évolution législative répond à une demande croissante de la société française pour une meilleure prise en charge de la fin de vie, tout en soulevant de profondes interrogations éthiques et médicales.
Les prochaines semaines seront décisives pour l'avenir de cette réforme historique. Le gouvernement compte sur un dialogue constructif avec le Sénat pour parvenir à un texte de compromis acceptable par les deux chambres, tout en préservant l'esprit initial de la proposition visant à offrir une mort digne aux personnes en fin de vie.