Immigration : Darmanin propose un moratoire de trois ans sur les entrées légales
Invité sur LCI ce dimanche 25 janvier, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a créé la surprise en proposant de suspendre totalement l'immigration régulière en France pour une durée de deux à trois ans. Une mesure choc qui concernerait le regroupement familial et l'immigration de travail, avec quelques exceptions limitées.
Le garde des Sceaux n'y va pas par quatre chemins. « Imaginons une suspension de l'immigration pendant deux à trois ans », a-t-il lancé sur le plateau de LCI, précisant que cette mesure ciblerait l'immigration « régulière, donc le regroupement familial, l'immigration de travail ». Seuls les médecins, chercheurs et certains étudiants pourraient bénéficier d'exceptions.
Cette proposition intervient dans un contexte où les données du ministère de l'Intérieur font état d'une augmentation significative des premiers titres de séjour délivrés en 2025 par rapport à 2024. Les ressortissants européens, suisses et de l'Espace économique européen ne seraient pas concernés en raison de la libre circulation.
Une « hypocrisie » à dénoncer selon Darmanin
Pour justifier cette mesure radicale, Gérald Darmanin pointe ce qu'il considère comme une contradiction majeure. « Il faut arrêter aussi l'hypocrisie, qui consiste à vouloir beaucoup moins d'immigration », tout en réclamant « qu'on donne des visas pour travailler dans l'agriculture, dans le BTP ou dans la restauration ».
Le ministre de la Justice lie directement cette suspension à une revalorisation salariale. « La contrepartie, c'est qu'il y ait une augmentation des salaires », estime-t-il, arguant que la raréfaction de la main-d'œuvre étrangère obligerait les employeurs à mieux rémunérer certains métiers aujourd'hui peu attractifs pour les travailleurs nationaux.
Concrètement, seraient affectés les travailleurs salariés, les indépendants cherchant à s'installer, les demandeurs de regroupement familial et les étudiants universitaires. En revanche, les retraités étrangers avec un visa visiteur et les détenteurs de visas temporaires de six mois resteraient hors du champ d'application.
Des quotas définis par les Français
À l'issue de cette période de gel, Gérald Darmanin envisage l'instauration de quotas migratoires. « Je pense qu'il faudrait demander aux Français directement, la politique des quotas pour dire : combien vous voulez », a-t-il précisé, citant en exemple le modèle canadien. Le ministre s'est en revanche déclaré opposé à toute régularisation massive des personnes en situation irrégulière.
Le garde des Sceaux reconnaît toutefois que cette proposition se heurte à un obstacle de taille : elle nécessiterait une modification de la Constitution. Une perspective qui semble difficilement réalisable compte tenu de la composition actuelle de l'Assemblée nationale, où la gauche reste majoritaire.
Des associations de défense des droits des étrangers ont vivement réagi. Dans une tribune collective publiée le 27 janvier, la Ligue des droits de l'Homme et d'autres organisations dénoncent une politique migratoire centrée sur « l'obsession de l'enfermement, des expulsions à tout prix » et l'instauration d'« une véritable fabrique de sans-papiers ».
Cette sortie médiatique intervient alors que Gérald Darmanin se positionne en vue de l'élection présidentielle de 2027, cherchant à occuper le terrain sur les questions régaliennes face au Rassemblement National. Ce dernier réclame depuis longtemps un référendum sur l'immigration, estimant que seule une révision constitutionnelle permettrait de reprendre véritablement le contrôle des frontières.