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Vol annulé ou retardé : indemnisation, remboursement et démarches

Annulation, retard de plus de trois heures, refus d'embarquement : ce que la compagnie vous doit, combien sur les lignes France-Maghreb, quels vols sont couverts au retour, et comment réclamer depuis la médiation obligatoire de février 2026.

Valise devant une baie vitrée donnant sur le tarmac d'un aéroport
Réponse rapide

Si votre vol est annulé moins de quatorze jours avant le départ ou arrive avec au moins trois heures de retard, la compagnie vous doit 250, 400 ou 600 € selon la distance, sauf circonstances extraordinaires comme une grève du contrôle aérien. Le règlement européen 261/2004 couvre tous les vols au départ de l'Union, mais au départ du Maghreb seulement ceux des compagnies européennes. Réclamez d'abord par écrit à la compagnie, puis au Médiateur Tourisme et Voyage, étape obligatoire avant le tribunal depuis le 7 février 2026.

Un vol annulé la veille du départ ou un avion qui se pose avec quatre heures de retard, cela coûte souvent plus que le prix du billet : une nuit d'hôtel, une journée de congé perdue, une correspondance manquée. Le droit européen prévoit pourtant trois choses distinctes, que les compagnies ont tendance à mélanger : le remboursement ou un autre vol, la prise en charge sur place, et une indemnisation forfaitaire de 250 à 600 € par passager.

Ce guide explique quand chacune est due, combien vous pouvez réclamer sur les lignes entre la France et le Maghreb, ce qui change depuis la médiation obligatoire du 7 février 2026, et comment présenter votre demande sans payer d'intermédiaire.

Dans quels cas la compagnie vous doit de l'argent

Vous avez droit à une indemnisation forfaitaire si votre vol est annulé moins de quatorze jours avant le départ, ou si vous arrivez à destination avec au moins trois heures de retard. Dans les deux cas, la compagnie peut y échapper si elle prouve des circonstances extraordinaires. Le remboursement ou le réacheminement, en revanche, est dû en cas d'annulation quelle qu'en soit la cause.

Ces règles viennent du règlement européen (CE) n° 261/2004. Le texte de 2004 ne prévoyait l'indemnisation qu'en cas d'annulation ; c'est la Cour de justice de l'Union européenne qui l'a étendue aux retards de trois heures ou plus à l'arrivée. Ce qui compte, c'est l'heure d'arrivée à la destination finale, pas l'heure de décollage.

Pour une annulation, le préavis change tout. Prévenu au moins deux semaines avant, vous n'avez droit qu'au remboursement ou à un autre vol. Prévenu plus tard, l'indemnisation reste due, sauf si la compagnie vous propose un vol de remplacement très proche de l'horaire initial : entre sept et quatorze jours avant, un départ au plus tôt deux heures avant l'horaire prévu et une arrivée moins de quatre heures après ; à moins de sept jours, une heure avant et deux heures après. C'est à la compagnie de prouver qu'elle vous a prévenu, et quand.

Ce que la compagnie vous doit selon la situation
Droit Vol annulé Retard important Refus d'embarquement
Remboursement ou autre vol Oui, à votre choix Remboursement si 5 h de retard au départ Oui, à votre choix
Repas, hôtel, transferts Oui, pendant l'attente Oui, dès 2 à 4 h selon la distance Oui, pendant l'attente
Indemnisation forfaitaire Si prévenu moins de 14 jours avant Si 3 h ou plus de retard à l'arrivée Oui, immédiate
Exonération possible Circonstances extraordinaires Circonstances extraordinaires Raisons de santé, de sûreté ou documents

Source : règlement (CE) n° 261/2004 et fiche de la DGAC sur les droits des passagers, édition 2026. Relevé du 17 octobre 2026.

Le remboursement intervient sous sept jours, au prix payé. La compagnie ne peut pas vous imposer un avoir : un remboursement sous cette forme exige votre accord écrit. Pendant l'attente, elle doit fournir repas et rafraîchissements, une chambre d'hôtel si le départ est reporté au lendemain, et le transport jusqu'à l'hôtel. Si elle ne l'a pas fait, gardez les factures : ces frais se réclament en plus de l'indemnisation. Une passagère de la RAM bloquée quatorze heures en a fait l'expérience, comme nous le racontions dans cet article sur une promesse d'hôtel non tenue.

250, 400 ou 600 € : le montant selon le trajet

L'indemnisation dépend de la distance du vol, pas du prix du billet : 250 € jusqu'à 1 500 km, 400 € entre 1 500 et 3 500 km, 600 € au-delà pour un vol entre l'Union européenne et un pays tiers. Elle est due par passager, enfants compris dès lors qu'ils ont payé un billet. La plupart des vols entre la France et l'Algérie ou la Tunisie donnent droit à 250 €, ceux vers le Maroc à 400 € au départ de Paris.

La distance se mesure à vol d'oiseau, selon la méthode dite orthodromique, entre l'aéroport de départ et la destination finale de votre réservation. Les vols intérieurs à l'Union de plus de 1 500 km donnent droit à 400 €, même au-delà de 3 500 km. Deux réductions existent. Si la compagnie vous réachemine et que vous arrivez avec moins de deux, trois ou quatre heures de retard selon la distance, elle peut diviser la somme par deux. Pour un vol de plus de 3 500 km en provenance ou à destination d'un pays tiers, un retard compris entre trois et quatre heures donne droit à 300 € au lieu de 600 €.

Indemnisation sur les principales lignes France-Maghreb
Trajet Distance Indemnisation
Marseille - Alger 769 km 250 €
Lyon - Alger 1 017 km 250 €
Paris-Orly - Alger 1 340 km 250 €
Paris-Orly - Oran 1 477 km 250 €
Paris-Orly - Tunis 1 466 km 250 €
Marseille - Marrakech 1 756 km 400 €
Paris-Orly - Djerba 1 792 km 400 €
Paris-CDG - Casablanca 1 931 km 400 €

Distances orthodromiques calculées par la rédaction à partir des coordonnées des aéroports, le 17 octobre 2026. Montants de l'article 7 du règlement (CE) n° 261/2004.

Paris-Tunis et Paris-Oran restent sous le seuil de 1 500 km, de peu. À l'inverse, Paris-Enfidha (1 552 km), Paris-Tlemcen (1 556 km) et Paris-Monastir (1 596 km) le dépassent : 400 €. Pour un trajet avec correspondance réservé en une seule fois, c'est la distance jusqu'à la destination finale qui compte : un Lyon-Paris-Casablanca se calcule sur Lyon-Casablanca.

Vols depuis Alger, Casablanca ou Tunis : êtes-vous couvert ?

Au départ de la France, vous êtes toujours protégé, quelle que soit la compagnie. Au retour depuis le Maghreb, vous ne l'êtes que si le vol est opéré par une compagnie européenne. Un Alger-Paris d'Air France ou de Transavia est couvert ; le même trajet sur Air Algérie, Royal Air Maroc ou Tunisair ne l'est pas.

La règle tient à l'article 3 du règlement : il couvre les vols au départ d'un aéroport de l'Union, ainsi que les vols au départ d'un pays tiers vers l'Union s'ils sont exploités par un transporteur de l'Union. Ce qui compte est la compagnie qui opère le vol, pas celle qui vous a vendu le billet. La protection tombe aussi si vous avez déjà reçu une indemnisation ou une assistance au titre du droit du pays de départ.

Le règlement européen s'applique-t-il à votre vol ?
Trajet Compagnie européenne Compagnie non européenne
France vers le Maghreb Oui Oui
Maghreb vers la France Oui Non
Vol intérieur à l'Union Oui Oui

Source : article 3 du règlement (CE) n° 261/2004 et portail Your Europe de la Commission européenne. Relevé du 17 octobre 2026.

Pour un retour non couvert, le règlement européen ne peut pas être invoqué. Restent les conditions générales de la compagnie et les règles du pays de départ, souvent moins favorables. Gardez dans tous les cas vos cartes d'embarquement et vos échanges écrits avec la compagnie.

Grève, météo, panne : quand la compagnie ne paie pas

La compagnie est dispensée de l'indemnisation forfaitaire si elle prouve des circonstances extraordinaires qu'elle n'aurait pas pu éviter, même en prenant toutes les mesures raisonnables. Une grève de son propre personnel n'en fait pas partie ; une grève des contrôleurs aériens, une météo dangereuse ou une décision de gestion du trafic, oui. Le remboursement et la prise en charge restent dus dans tous les cas.

Le point a été tranché par la Cour de justice le 23 mars 2021 (affaire C-28/20) : une grève des pilotes appelée par un syndicat, même légale, est un événement inhérent à l'activité normale de la compagnie. Une grève du personnel navigant de la compagnie, comme celle des hôtesses et stewards d'easyJet France les 15 et 16 août 2026 (notre récit de ce week-end d'annulations), ouvre donc droit à l'indemnisation. Une grève extérieure, celle du contrôle aérien par exemple (comme à Nice en février 2026), peut en revanche exonérer la compagnie.

La plupart des pannes techniques découvertes lors de l'entretien ou dues à un défaut d'entretien ne sont pas des circonstances extraordinaires. La charge de la preuve pèse sur la compagnie : une simple mention « raisons opérationnelles » ou « circonstances indépendantes de notre volonté » dans un courriel ne suffit pas.

Quelle voie choisir pour réclamer

Commencez toujours par écrire vous-même à la compagnie : c'est gratuit, rapide, et obligatoire avant toute autre démarche. Si elle refuse ou se tait pendant deux mois, le Médiateur Tourisme et Voyage est l'étape suivante, gratuite elle aussi. Le tribunal ne vient qu'après la médiation, et il coûte de l'argent.

Nous avons comparé les recours possibles selon quatre critères : ce qu'ils coûtent au passager, leur durée, l'effort demandé et leur capacité à contraindre la compagnie. Les deux voies à privilégier sont présentées ci-dessous ; le barème et la méthode suivent.

Réclamation directe à la compagnie

8,0/10

Points forts

  • Gratuite, par formulaire en ligne ou courrier
  • Ouvre la voie au médiateur après deux mois sans réponse
  • Indemnité versée en entier, sans commission

Points faibles

  • La compagnie peut invoquer des circonstances extraordinaires sans les détailler

À savoir avant de vous lancer : cette réclamation écrite est le préalable obligatoire à la médiation, gardez-en une copie datée.

Médiateur Tourisme et Voyage

7,4/10

Points forts

  • Gratuit, saisine en ligne
  • Un tiers examine le motif invoqué par la compagnie
  • Étape exigée avant toute action en justice

Points faibles

  • Seulement si la compagnie adhère à la médiation
  • S'ajoute aux deux mois d'attente de la réclamation

À savoir avant de vous lancer : la saisine doit intervenir dans l'année qui suit votre réclamation écrite à la compagnie.

Pourquoi pas les autres

Société de réclamation

Pratique quand la compagnie résiste, mais elle prélève une commission sur l'indemnité : pour un dossier clair, la démarche directe rapporte davantage.

Tribunal d'emblée

Depuis le 7 février 2026, une demande sans médiation préalable peut être déclarée irrecevable, et l'assignation par commissaire de justice est payante.

Barème de notation des voies de recours
Critère Poids Ce que nous mesurons
Coût 40 % Frais à avancer et part de l'indemnité conservée
Délai 25 % Temps avant une réponse ou une décision
Effort 20 % Démarches et pièces à fournir par le passager
Pouvoir de contrainte 15 % Capacité à obtenir le paiement face à un refus
Total 100 % Somme des pondérations

Comment nous avons noté

Chaque voie reçoit une note sur dix par critère, à partir des règles publiées par Service-public.fr, du décret n° 2025-772 du 5 août 2025 et des conditions du Médiateur Tourisme et Voyage, puis les notes sont pondérées selon le barème. Il s'agit d'une appréciation de la rédaction sur la procédure, pas d'un taux de réussite mesuré : aucune statistique publique ne permet de comparer les résultats de ces voies.

Dernière mise à jour : .

Réclamer son indemnisation

  1. Garder les preuves

    Conservez la réservation, les cartes d'embarquement, les messages d'annulation ou de retard, une capture de l'heure d'arrivée réelle et toutes les factures de repas, d'hôtel ou de transport payées pendant l'attente.

  2. Écrire à la compagnie

    Déposez une réclamation écrite au service clients, par le formulaire en ligne prévu pour le règlement 261/2004 ou par courrier recommandé. Citez le numéro de vol, la date, le motif et le montant demandé, et gardez une copie de l'envoi.

  3. Attendre la réponse

    Laissez-lui deux mois : passé ce délai sans réponse, ou après un refus, la médiation devient possible. Un refus fondé sur des « circonstances extraordinaires » se conteste : demandez-lui de préciser l'événement en cause et d'en apporter la preuve.

  4. Saisir le Médiateur Tourisme et Voyage

    Après un refus ou deux mois sans réponse, saisissez gratuitement le médiateur en ligne, dans l'année qui suit votre réclamation. Vérifiez d'abord que la compagnie figure dans la liste de ses adhérents.

  5. Aller en justice si la médiation échoue

    Depuis le 7 février 2026, le tribunal se saisit par assignation, délivrée par un commissaire de justice. Vous pouvez aussi signaler le manquement à la DGAC, qui peut sanctionner la compagnie mais ne règle pas votre dossier individuel.

La médiation est devenue obligatoire avec le décret n° 2025-772 du 5 août 2025 : sans elle, une demande en justice peut être déclarée irrecevable. Le texte a aussi supprimé la saisine simple et gratuite du tribunal pour les petits litiges, et limité les actions communes aux membres d'une même famille. L'UFC-Que Choisir en a demandé l'annulation au Conseil d'État. Le problème est concret sur les lignes du Maghreb : comme nous l'expliquions dans notre article sur les changements du 7 février, plusieurs compagnies qui les desservent, dont Tunisair et Vueling, n'adhéraient pas au médiateur à cette date.

Délais et réforme du règlement

En France, vous avez cinq ans pour réclamer une indemnisation, comme l'a confirmé la Cour de cassation en 2019. Pour la médiation, le délai est d'un an après votre réclamation écrite. Le règlement européen a été révisé : à partir du 23 octobre 2027, le délai pour réclamer à la compagnie sera ramené à neuf mois après la date de départ. D'ici là, les règles actuelles s'appliquent.

Après un accord en conciliation à la mi-juin 2026, le Parlement européen et le Conseil ont adopté le texte en juillet. Il a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 2 octobre 2026 : c'est le règlement (UE) 2026/2202, applicable à partir du 23 octobre 2027. Il inscrit dans le texte le droit à indemnisation à partir de trois heures de retard, jusqu'ici issu de la jurisprudence, et garde les montants de 250, 400 et 600 €. Il ramène en revanche le délai de réclamation à neuf mois et plafonne à 400 % du prix du billet le remboursement d'un vol de remplacement que vous achetez vous-même. Ce guide sera mis à jour avant son entrée en application.

Questions fréquentes

easyJet doit-elle m'indemniser si mon vol est annulé pour cause de grève ?

Oui si la grève est celle de son propre personnel, pilotes ou personnel de cabine : depuis l'arrêt de la Cour de justice du 23 mars 2021, ce n'est pas une circonstance extraordinaire. Si la grève touche le contrôle aérien, la compagnie peut refuser l'indemnisation forfaitaire. Dans les deux cas, elle doit vous rembourser ou vous réacheminer et vous prendre en charge pendant l'attente.

Mon vol est arrivé avec 2 h 50 de retard : ai-je droit à une indemnisation ?

Non, le seuil est de trois heures de retard à l'arrivée à la destination finale. Vous gardez en revanche le droit aux repas et rafraîchissements si le retard au départ a dépassé deux heures sur un vol de moins de 1 500 km.

La compagnie peut-elle m'imposer un avoir au lieu d'un remboursement ?

Non. Le remboursement se fait en argent sous sept jours ; un avoir ou un bon d'achat n'est possible qu'avec votre accord écrit. Refusez-le si vous préférez être remboursé.

J'ai raté ma correspondance à cause d'un premier vol en retard : que puis-je réclamer ?

Si les deux vols figurent sur la même réservation et que vous arrivez à destination avec plus de trois heures de retard, l'indemnisation est due, calculée sur la distance totale jusqu'à la destination finale. Avec deux billets achetés séparément, la compagnie du second vol ne vous doit rien.

Mon vol a été annulé trois semaines avant le départ : suis-je indemnisé ?

Non, une annulation annoncée au moins deux semaines à l'avance n'ouvre pas droit à l'indemnisation forfaitaire. Vous pouvez en revanche choisir entre le remboursement intégral sous sept jours et un autre vol.

J'ai acheté mon billet dans une agence de voyages : à qui m'adresser ?

L'indemnisation est due par la compagnie qui opère le vol, quel que soit le canal d'achat. Si le vol faisait partie d'un voyage à forfait, avec un hôtel par exemple, vous disposez aussi de droits spécifiques auprès de l'agence ou du voyagiste.

Les bébés et les enfants sont-ils indemnisés ?

Chaque passager muni d'un billet payant a droit à l'indemnisation, enfants compris. Le règlement exclut les passagers qui voyagent gratuitement ou avec un tarif réduit non accessible au public, ce qui écarte en pratique les nourrissons voyageant sans billet payant.

Journal des modifications

  • Mis à jour : première publication, le
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