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Fraude : les chiffres officiels visent la manipulation, pas la technique

Dix ans après sa création, l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), rattaché à la Banque de France, dresse un constat net. La fraude technique est globalement maîtrisée, y compris sur les usages les plus récents, alors que la fraude par manipulation des clients repart à la hausse. Elle atteint 516 millions d'euros en 2025, soit 41,6 % de la fraude totale. Les paiements innovants ne sont donc pas le maillon faible : les fraudeurs ciblent désormais le client lui-même.

Dans son communiqué publié à Paris le 7 septembre 2026, l'Observatoire fête ses dix ans. Il y « salue la maîtrise globale de la fraude aux moyens de paiement mais appelle à la mobilisation contre la fraude par manipulation ». La formule résume le message de l'institution : le système de paiement tient, mais un point précis exige une réponse collective. Ce point n'est pas un défaut de carte ou d'application, c'est la capacité des escrocs à convaincre une personne d'agir contre ses propres intérêts.

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Le contexte est celui d'une activité en croissance. En 2025, l'usage des moyens de paiement scripturaux progresse de 4,2 % en montant et de 5,5 % en nombre d'opérations par rapport à 2024. Les pratiques les plus récentes se diffusent vite : le paiement par mobile est utilisé dans un paiement par carte sur cinq au point de vente, et un virement émis sur six est instantané. Selon le rapport 2025 de l'Observatoire, les virements instantanés représentent 17 % du nombre de virements émis, et le montant annuel de leurs flux a doublé entre 2024 et 2025.

Sur le plan global, la fraude progresse moins vite que les flux. Les montants de fraude augmentent de 3,8 %, tandis que le nombre d'opérations frauduleuses recule de 7,6 %. Le rapport évoque environ 7,2 millions d'opérations frauduleuses pour 1,241 milliard d'euros de fraude totale. Autrement dit, il y a moins d'opérations touchées, mais le préjudice moyen par opération augmente, signe d'un déplacement vers des fraudes plus ciblées.

Les usages innovants, premiers de la classe

Le taux de fraude de la carte est au plus bas historique : 47 euros pour 100 000 euros de paiement. L'Observatoire souligne une baisse marquée sur les usages que l'on dit les plus exposés. Le paiement mobile en magasin affiche 9 euros de fraude pour 100 000 euros, et le paiement sur internet 124 euros pour 100 000. Le président de l'Observatoire, Denis Beau, Premier Sous-gouverneur de la Banque de France, cite lui-même « des succès remarquables sur les paiements par carte sur internet, dont le niveau de fraude n'a jamais été aussi bas, ou sur le chèque ».

Ces résultats tiennent en partie à des actions ciblées. Le plan d'actions de l'Observatoire a réduit significativement la fraude sur les paiements récurrents ou fractionnés. Il a aussi mieux encadré les paiements reposant sur la communication du numéro de carte par téléphone ou courriel. Le virement instantané, souvent présenté comme risqué, affiche en 2025 un taux de fraude de 0,041 %, contre 0,046 % en 2024, soit moins que la carte (0,049 %).

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Même le chèque, moyen de paiement ancien, recule. La fraude y baisse de 16 % sur un an, et les dispositifs de détection des encaissements frauduleux ont permis de déjouer 41 % de la fraude. Les chèques volés représentent cependant toujours 90 % des chèques frauduleux. L'Observatoire invite donc les banques à sécuriser l'envoi des chéquiers, avec une double alerte à l'envoi et à la réception attendue.

Le client, nouvelle cible des fraudeurs

Les fraudes par manipulation, stabilisées en 2024, « repartent à la hausse ». Elles totalisent 516 millions d'euros en 2025, soit 34 % de plus en un an, et représentent 41,6 % de la fraude totale, contre 32,1 % en 2024. La forme la plus fréquente est l'arnaque au faux conseiller bancaire. Ces fraudes concernent principalement le virement, à hauteur de 376 millions d'euros, alors que le préjudice sur les paiements par carte reste stable.

Le rapport 2025 met des chiffres sur ce déplacement. La fraude au virement progresse de 37 % en valeur et atteint 485 millions d'euros. Le virement représente désormais 39 % de la fraude, contre 30 % en 2024. Les canaux télématiques utilisés par les entreprises restent très peu exposés, avec un taux de 0,0002 %, tandis que les fraudeurs attaquent davantage la banque en ligne, où le taux atteint 0,0063 %. Ils y combinent la récupération d'accès par hameçonnage et la manipulation des victimes, ce qui pose la question de la responsabilité du client, comme dans cette affaire de fraude Revolut.

Face à cette évolution, l'Observatoire rappelle un principe simple : « une banque n'a jamais besoin de demander à son client quelque manœuvre que ce soit pour arrêter un paiement suspecté d'être frauduleux ». La finance pour tous, qui a relayé le rapport le 14 septembre 2026, donne des conseils dans le même sens : ne jamais accéder à sa banque en ligne depuis un lien reçu par SMS ou courriel, et ne jamais confier sa carte à un tiers ou à un coursier. Ces gestes ne demandent aucune compétence technique, et c'est précisément ce que les fraudeurs cherchent à contourner en jouant sur l'urgence et la peur.

Plusieurs dispositifs récents visent à rendre la manipulation plus difficile. La vérification du bénéficiaire est obligatoire depuis le 9 octobre 2025, et le fichier national des comptes signalés pour risque de fraude (FNC-RF) a été lancé en mai 2026. L'Observatoire fixe en outre quatre priorités. La première est la coopération avec les opérateurs télécoms : numéros d'appel, identifiants d'envoi de SMS et cartes SIM sont déjà mieux sécurisés, ce qui contraint les fraudeurs à utiliser des numéros banalisés en 06 ou 07, et un numéro unique anti-fraude est à l'étude. La deuxième est la coopération avec les acteurs du numérique, réseaux sociaux, moteurs de recherche et messageries, contre les publications et comptes frauduleux, avec une meilleure connaissance des annonceurs.

Les deux dernières priorités concernent les banques et le public. L'Observatoire veut renforcer les outils de prévention des établissements, avec des plafonds individualisés, du partage de données et de l'intelligence artificielle. Il prévoit aussi une nouvelle campagne nationale de sensibilisation d'ici la fin de l'année, avec le ministère de l'Économie et la Fédération bancaire française. Denis Beau se dit « confiant dans l'engagement des membres de l'Observatoire à apporter la meilleure et la plus forte réponse possible pour contrecarrer le développement de la fraude par manipulation ».

Ce diagnostic officiel contraste avec d'autres lectures. Le 24 octobre 2026, le site Les Smart Grids a publié un article soutenant que les innovations de paiement, portefeuilles mobiles, biométrie et crypto, « créent paradoxalement autant de vulnérabilités qu'elles n'en résolvent ». Selon ce texte, « chaque nouvelle sécurité offre aussi de nouveaux accès aux cybercriminels ». Il avance une hausse de 47 % des attaques entre 2024 et 2025, attribuée à une « European Cybersecurity Agency ». Nous n'avons pas pu recouper ces chiffres avec une source officielle, et ils ne figurent ni dans le communiqué ni dans le rapport de l'Observatoire : ils doivent donc être pris avec prudence.

Les données publiées par la Banque de France ne confirment pas, à ce stade, l'idée d'une fragilité propre aux usages innovants. Le paiement mobile en magasin, le paiement sur internet et le virement instantané affichent des taux de fraude bas, parfois historiquement bas. Ce que montrent ces mêmes données, c'est un déplacement : la fraude passe moins par la faille technique que par la persuasion d'un client qui valide lui-même l'opération. La vigilance reste donc l'affaire de chacun, et la réponse annoncée, des télécoms aux réseaux sociaux en passant par les banques, vise justement cette chaîne de la manipulation.

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