Ceuta : plus de 48 000 migrants déjà rentrés au Maroc, brouille entre l'Italie et l'Espagne à propos de l'espace Schengen
Une crise migratoire sans précédent a secoué l'enclave espagnole de Ceuta ces dernières 24 heures, avec l'arrivée de près de 60 000 migrants en provenance du Maroc, dont plus de 48 000 ont déjà regagné le territoire marocain. Cet afflux massif a déclenché une vive tension diplomatique entre l'Italie et l'Espagne, Rome ayant décidé de suspendre temporairement les règles de l'espace Schengen avec Madrid, provoquant l'indignation du gouvernement espagnol.
Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2026, des milliers de migrants, principalement des jeunes hommes marocains, ont tenté de rejoindre Ceuta par voie maritime et terrestre. Certains ont nagé depuis les côtes marocaines, utilisant des bouées et des dispositifs de flottaison pour contourner les barrières frontalières au niveau de la plage de Tarajal. Des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux évoquant une prétendue ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta ont déclenché cette ruée spectaculaire, l'une des plus importantes depuis 2021.
Le bilan humain s'avère tragique. Selon le président de Ceuta, au moins 34 migrants ont perdu la vie lors de leurs tentatives de traversée, tandis que d'autres sources font état de 41 décès. Le ministère de l'Intérieur espagnol a confirmé 18 morts. Face à cette situation d'urgence, le Premier ministre Pedro Sánchez s'est rendu à Ceuta vendredi matin et a qualifié cet événement « d'attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne ». Il a accusé « des mafias » d'être à l'origine de la propagation de ces rumeurs. L'Espagne a déployé l'armée et des renforts de police pour rétablir l'ordre dans l'enclave, qui compte normalement environ 85 000 habitants.
Un retour massif vers le Maroc
Dès la fin de l'après-midi du 31 juillet, le ministère de l'Intérieur espagnol annonçait que plus de 48 000 migrants, en majorité des Marocains, avaient déjà quitté l'enclave pour retourner au Maroc. Certains migrants interrogés ont expliqué leur décision de repartir en déclarant « il y a trop de monde ici, tout est plein ». Cette situation rappelle la crise de 2021, lorsque 10 000 migrants avaient franchi illégalement la frontière, mais l'ampleur actuelle dépasse largement ce précédent. Les autorités espagnoles et marocaines ont coopéré pour organiser ce retour massif, bien que les circonstances exactes de ces départs restent floues.
Sur place, la situation humanitaire demeure préoccupante pour les milliers de personnes encore présentes à Ceuta. Les infrastructures de l'enclave, conçues pour une population bien inférieure, sont saturées. Les services d'urgence et les organisations humanitaires tentent de gérer l'afflux tout en assurant les besoins de base des migrants. Cette crise migratoire à Ceuta soulève des questions sur les facteurs structurels qui poussent ces populations à tenter la traversée malgré les risques mortels.
Une crise diplomatique entre Rome et Madrid
L'afflux massif de migrants à Ceuta a provoqué une réaction immédiate de l'Italie. Le 31 juillet, le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani a qualifié de « mesure inévitable » la décision de Rome de suspendre temporairement l'espace Schengen avec l'Espagne. Concrètement, l'Italie a fermé ses points d'entrée maritimes et aériens en provenance d'Espagne, tout en précisant que ces contrôles seraient « ciblés » et ne concerneraient que les ressortissants non-européens arrivant depuis le territoire espagnol. Les citoyens espagnols et européens ne seraient donc pas affectés par ces restrictions.
Cette décision italienne fait suite aux déclarations de la Première ministre Giorgia Meloni, qui avait annoncé dès le 30 juillet son intention de suspendre l'Espagne de l'espace Schengen après l'arrivée de centaines de migrants à Ceuta. Madrid a réagi avec véhémence. Le ministre espagnol des Affaires étrangères José Luis Albares a dénoncé la « démagogie » de Rome et convoqué l'ambassadeur italien en signe de protestation. Pedro Sánchez a répondu sur le réseau social X en affirmant que « la solidarité et l'empathie sont facultatives. Le respect des traités européens et des faits ne l'est pas », citant des chiffres de Frontex montrant que l'Italie a enregistré plus d'entrées irrégulières que l'Espagne entre 2021 et 2026.
Cette brouille diplomatique intervient dans un contexte européen tendu sur la question migratoire. La France a également réagi en annonçant vendredi un quintuplement des effectifs de police et de gendarmerie déployés à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334 agents. Cette escalade soulève des interrogations sur la cohésion de l'espace Schengen et sur la capacité des États membres à trouver des solutions communes face aux défis migratoires. Les experts européens s'inquiètent de voir des pays recourir unilatéralement à la suspension des règles de libre circulation, un principe fondateur de l'Union européenne, plutôt que de renforcer la solidarité entre États membres.
Les prochains jours seront déterminants pour observer si cette crise aboutit à un dialogue constructif entre Madrid et Rome, ou si elle accentue les divisions au sein de l'Europe sur la gestion des flux migratoires. La Commission européenne n'a pas encore réagi officiellement à la décision italienne de suspendre les règles Schengen, mais des discussions sont attendues dans les jours à venir pour clarifier la position de Bruxelles sur cette question sensible.