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Ceuta : Madrid confirme que la majorité des mineurs migrants restera en Espagne

La ministre espagnole de la Jeunesse et de l'Enfance, Sira Rego, l'a annoncé le 21 septembre 2026 : sur les quelque 2 100 mineurs étrangers non accompagnés recensés à Ceuta, « la majorité » restera en Espagne et ne sera pas renvoyée au Maroc. Cette déclaration intervient près de deux mois après l'entrée massive de migrants dans l'enclave espagnole d'Afrique du Nord, fin juillet, et relance le débat sur la prise en charge de ces enfants par les autorités espagnoles.

Selon les chiffres communiqués par la ministre, environ 2 100 mineurs migrants sont aujourd'hui suivis par les services de protection de l'enfance à Ceuta, dont près d'un tiers de filles, soit environ 700 jeunes filles. Beaucoup d'entre eux sont arrivés lors de la vague de franchissements des 30 et 31 juillet 2026, quand des dizaines de milliers de personnes avaient tenté de passer la frontière depuis le Maroc en quelques heures. Une partie des adultes concernés par cet épisode a depuis été reconduite au Maroc, mais la situation des enfants reste bien plus complexe sur le plan juridique.

Sira Rego a justifié cette position par le cadre légal espagnol, qui accorde une protection universelle aux mineurs présents sur le territoire, quelle que soit leur nationalité. « Il y a une loi qui les protège, parce que dans notre pays, la nationalité et l'origine d'un enfant n'ont pas d'importance, ils bénéficient tous d'une protection universelle », a-t-elle déclaré. La ministre a ajouté que la majorité de ces enfants souhaite rester en Espagne « et ils vont rester », tout en précisant que les premières procédures de réunification familiale pour les mineurs volontaires devraient aboutir « dans les prochains jours ».

Un dispositif de retour freiné par le Maroc

Le droit espagnol n'exclut pas le retour des mineurs non accompagnés vers leur pays d'origine. L'article 35 de la loi organique 4/2000 sur les étrangers prévoit une procédure individualisée, qui impose l'audition du mineur, un rapport du ministère public, la vérification de conditions d'accueil adéquates dans le pays d'origine et une évaluation de l'intérêt supérieur de l'enfant, dans un délai maximal de six mois. Un accord bilatéral signé en 2007 entre Madrid et Rabat encadre par ailleurs la coopération en matière de réunification familiale et de placement dans des structures de protection marocaines.

Mais ce mécanisme reste largement bloqué en pratique. Selon Sira Rego, environ 600 dossiers de retour transmis aux autorités marocaines avant même la crise de l'été sont restés sans réponse. Sans cette collaboration, portant notamment sur la vérification de la situation familiale et des conditions d'accueil sur place, l'Espagne ne peut engager les procédures de rapatriement individuel exigées par la loi. Ce blocage administratif explique en grande partie pourquoi si peu de retours de mineurs ont été enregistrés depuis le début de la crise migratoire.

Une jurisprudence qui interdit les retours collectifs

La marge de manœuvre du gouvernement espagnol est également resserrée par la jurisprudence. En janvier 2024, le Tribunal suprême avait annulé des reconduites collectives de mineurs organisées depuis Ceuta en 2021, rappelant que toute procédure de retour doit respecter les garanties individuelles prévues par la loi et ne peut en aucun cas être menée de façon groupée. Cette décision continue de peser sur la gestion de la crise actuelle et contraint les autorités à traiter chaque dossier séparément, ce qui ralentit considérablement le processus.

Sur le terrain, la pression reste forte sur les structures d'accueil de Ceuta, ville autonome de moins de 85 000 habitants, dont la capacité d'hébergement pour mineurs était déjà saturée avant l'arrivée massive de l'été. Le gouvernement espagnol affirme avoir débloqué environ 500 places d'accueil supplémentaires sur la péninsule et mobilisé un budget de 90 millions d'euros pour la prise en charge de ces enfants. Sira Rego a par ailleurs demandé aux communautés autonomes de faire preuve de « responsabilité » en acceptant le transfert d'une partie des mineurs vers d'autres régions d'Espagne, pointant notamment la réticence de l'Andalousie à participer à cet effort de répartition.

Le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a de son côté critiqué la gestion de la crise par le gouvernement central, réclamant une accélération des transferts vers la péninsule pour desserrer la pression sur les infrastructures locales. La tension entre les autorités locales et le ministère de la Jeunesse et de l'Enfance illustre les difficultés politiques que pose la gestion de cette crise migratoire, près de deux mois après les franchissements massifs de la frontière qui avaient déjà mis en évidence la vulnérabilité du dispositif d'accueil de l'enclave.

Le ministère de l'Intérieur, dirigé par Fernando Grande-Marlaska, a commencé à renvoyer certains adultes vers le Maroc dans le cadre d'un dispositif distinct, mais à un rythme jugé très lent par plusieurs observateurs, avec seulement une poignée d'équipes chargées de traiter les dossiers d'expulsion. Cette lenteur administrative, conjuguée au silence des autorités marocaines sur les dossiers de mineurs, laisse présager que la grande majorité des quelque 2 100 enfants recensés à Ceuta resteront durablement en Espagne, sous la responsabilité des services de protection de l'enfance, comme l'a confirmé la ministre Sira Rego le 21 septembre.

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