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Le français reste la langue étrangère la plus familière aux Algériens

Malgré l'essor de l'anglais et une politique d'arabisation menée depuis des décennies, le français demeure de loin la langue étrangère la plus familière aux Algériens. Avec 15,6 millions de locuteurs recensés en 2025, l'Algérie confirme sa place de troisième pays francophone au monde, selon le dernier rapport de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le constat est sans appel : la langue de Molière reste profondément ancrée dans le quotidien des Algériens, de la rue aux administrations, des médias aux réseaux sociaux. Les 15,6 millions de francophones représentent environ 33 % de la population, une proportion qui grimpe jusqu'à 42 % selon une estimation alternative de l'OIF prenant en compte des critères plus larges. Aucune autre langue étrangère n'approche un tel niveau de diffusion dans le pays.

Cet héritage se lit aussi dans les chiffres de l'éducation. L'Algérie compte plus de 7,1 millions d'élèves apprenant le français dans le système scolaire, auxquels s'ajoutent près de 581 000 étudiants de l'enseignement supérieur exposés à cette langue. Plus révélateur encore, le pays est le premier au monde par le nombre d'inscrits au Test de connaissance du français (TCF), avec plus de 54 000 candidats pour la seule année 2024.

Une présence dominante dans l'espace numérique et social

Au-delà de l'école, c'est dans la vie de tous les jours que le français conserve son ascendant. Selon une enquête de l'institut Abassa, près de 60 % des foyers algériens comprennent et/ou pratiquent le français, tandis qu'une étude du Conseil supérieur de l'éducation révèle que 70 % des parents souhaitent que leurs enfants apprennent cette langue. Un attachement qui ne se dément pas malgré les débats politiques récurrents.

L'empreinte est encore plus spectaculaire sur internet. D'après les données citées par les observateurs, le français occupe 70,13 % de l'espace numérique algérien, très loin devant l'anglais (16,63 %) et les langues locales, arabe dialectal et tamazight confondus (11,60 %). Sur les réseaux sociaux, dans la presse en ligne et la publicité, le réflexe francophone reste massivement majoritaire chez les internautes algériens, y compris chez les plus jeunes.

Cette vitalité s'explique par la proximité historique et humaine entre les deux rives de la Méditerranée. L'Algérie constitue la première nationalité étrangère en France, et les liens familiaux, économiques et universitaires nourrissent en permanence l'usage du français. Le nombre d'étudiants algériens inscrits dans les universités françaises n'a d'ailleurs cessé de progresser ces dernières années, entretenant un pont linguistique durable entre les deux pays.

L'anglais avance, mais le français résiste

La photographie n'est toutefois pas figée. Depuis 2022, sur décision du président Abdelmadjid Tebboune, l'anglais est enseigné dès la troisième année du primaire, en parallèle du français. Les autorités ont lancé le recrutement de milliers d'enseignants d'anglais et annoncé, pour l'enseignement supérieur, une généralisation progressive de l'anglais comme langue d'enseignement à partir de la rentrée 2025-2026, avec l'ambition affichée de remplacer à terme le français à l'université.

Ces réformes traduisent une volonté politique de diversification linguistique et d'ouverture sur le monde anglo-saxon. Comme le rappelle l'histoire régionale, les questions de langue et de souveraineté sont sensibles en Algérie, comme l'illustrent d'autres dossiers de rééquilibrage des relations économiques avec Paris. Mais transformer un système éducatif et des habitudes sociales enracinées depuis des générations demande du temps, des moyens et une réelle continuité politique.

Pour l'heure, les faits résistent aux ambitions officielles. L'arabisation menée depuis l'indépendance n'a pas fait disparaître le français, et l'introduction de l'anglais ne bouleverse pas, à court terme, un rapport de force nettement favorable à la langue française. Le secteur du français langue étrangère témoigne d'ailleurs de l'attractivité persistante de cette langue de part et d'autre de la Méditerranée.

Reste une inconnue : l'avenir. Les spécialistes estiment que l'arabisation du système éducatif conjuguée à la montée en puissance de l'anglais pourrait, à long terme, réduire l'exposition des nouvelles générations au français. Mais pour l'instant, dans les rues d'Alger, d'Oran ou de Constantine, la langue française demeure, et de loin, la langue étrangère la plus familière aux Algériens.

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