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3 000 profs pour les lycées : des remplaçants déjà en poste, pas des recrues

Les « 3 000 professeurs » annoncés jeudi 8 octobre par le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, ne sont pas des recrues : ce sont des titulaires sur zone de remplacement (TZR), des fonctionnaires déjà en poste mais sans affectation devant des élèves. Reste une seconde question, que posent syndicats et sénateurs : pourquoi cette mobilisation n'a-t-elle pas eu lieu plus tôt ?

Jeudi 8 octobre, au journal de TF1, Édouard Geffray a présenté un « plan d'urgence » contre le non-remplacement des professeurs absents. L'annonce intervient en pleine mobilisation lycéenne : ce jour-là avait lieu l'« acte IV des lycéens », avec 71 500 manifestants en France dont 24 500 à Paris, selon les chiffres cités par Public Sénat. Des heurts ont éclaté place de la Bastille.

Le ministre a résumé la situation en une phrase : « On a 3 000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant l'élève. Dans les prochaines heures, ils vont rejoindre ces établissements ». Le chiffre a été précisé le lendemain, vendredi 9 octobre : il s'agit de 3 024 professeurs. Ils doivent être mobilisés « dans les heures et les jours qui viennent », et plusieurs centaines d'enseignants contractuels seront recrutés en plus.

Le ciblage est annoncé avec la même netteté. Selon Édouard Geffray, « Il y a 114 lycées dont je dirais qu'ils sont rouges et 400 qui sont orange ». Les établissements « rouges » sont prioritaires.

La mobilisation avait déjà eu des effets bien au-delà des lycées : à Marseille, lors d'une précédente journée de mobilisation début octobre, la RTM avait suspendu tout son réseau. Lycéens et étudiants ont d'ailleurs annoncé une nouvelle journée de mobilisation pour le mardi 13 octobre.

D'où viennent ces professeurs remplaçants ?

La réponse est dans le sigle. Les TZR sont des « titulaires sur zone de remplacement ». Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, l'a expliqué sur franceinfo : « Dans le jargon de l'Education nationale, ce sont des TZR ». Il s'agit de personnels titulaires du second degré, affectés à titre définitif sur une zone de remplacement, selon la définition donnée par l'académie de Versailles.

Leur profil est connu depuis longtemps. Selon le ministère, en 2016, ce sont « le plus souvent des professeurs certifiés, plus jeunes que la moyenne et au début de leur carrière. Cette affectation est rarement un premier choix ». La Cour des comptes les comptait « moins de 10 000 en 2021 ». Rattachés administrativement à un établissement, ils remplacent des collègues absents, parfois dans plusieurs établissements, avec des déplacements indemnisés.

Selon les syndicats et enseignants interrogés par CNews, ils sont généralement mobilisés pour des remplacements de plus de 15 jours. Ils ne peuvent pas refuser un remplacement situé sur leur zone, rappelle Jean-Rémi Girard, du SNALC. Ces 3 000 enseignants sont donc déjà en poste : il ne s'agit pas de créations de postes.

Le ministre promet une réaffectation rapide. Vendredi 9 octobre, depuis le lycée de Cachan, dans le Val-de-Marne, Édouard Geffray a déclaré que ces professeurs « sont en train d'être contactés en direct par les académies ». Selon lui, « généralement, cela se passe en douze à vingt-quatre heures », et ils connaîtront leur affectation « dans la journée ou peut-être en début de semaine ».

Pourquoi ne pas l'avoir fait avant ?

La version du ministère tient en un mot : l'outil. Édouard Geffray affirme : « Grâce à un logiciel que j'ai demandé il y a un an, on a pu, en ce début d'année – c'est la première fois qu'on le déploie –, identifier les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques ». Il décrit un outil « dopé à l'IA, qui permet d'avoir une géolocalisation précise et qui mesure le temps de transport des professeurs ».

Interrogé sur TF1 sur ce délai, il a été plus direct : « Le logiciel est en cours de déploiement, j'ai accéléré les choses, il était prévu pour début novembre. Nous n'avions pas les outils de pilotage ». Il reconnaît que ces dispositifs ont, « pour certains, à peine quelques jours », et qu'il a « un peu boosté les choses ces dernières semaines ». Le ministère affirme donc que les besoins n'étaient pas encore identifiés et que les outils étaient en développement.

Mercredi 7 octobre, lors de son audition à l'Assemblée nationale, le ministre avait déjà lancé un « recensement » de tous les TZR sans poste, afin qu'« ils puissent être réaffectés d'ici la fin de la semaine ». Il a aussi reconnu « un afflux d'absences de professeurs en septembre-octobre qu'il a fallu remplacer », notamment des congés de naissance pris rétroactivement. Un rapport parlementaire récent estime à environ 7,5 % la part des heures d'enseignement non assurées dans le second degré faute de remplacement.

Côté syndicats, l'explication ne convainc pas. « On se demande d'où viennent ces 3.000 professeurs TZR », lance Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, pour qui « un remplacement, ce n'est pas juste mettre un adulte devant les élèves, c'est faire cours dans la discipline attendue ». Elle juge que le ministère vide son vivier de remplaçants avant l'hiver : « On déplace le problème de début octobre à la fin de l'année ». Et de conclure : « Oui, je maintiens que c'est du bricolage ».

Même méfiance au SNALC. Jean-Rémi Girard s'interroge : « Déjà, je ne sais pas s'ils existent vraiment. On a l'impression de les trouver sous un caillou ». Il estime que les remplaçants « ont été sabrés lors des suppressions de poste précédentes », et prévient : « Si l'on doit remplacer un professeur de physique chimie, on ne va pas envoyer un professeur d'espagnol ». Les disciplines en tension sont, selon lui, les lettres, les mathématiques, l'allemand et les langues vivantes.

Au Sénat, la critique est politique. La sénatrice socialiste Colombe Brossel affirme que « personne ne comprend de qui on parle » et que « on n'a pas besoin d'un logiciel pour savoir qu'il manque des enseignants dans tel ou tel établissement ». Le sénateur LR Max Brisson s'étonne qu'il ait fallu un mouvement lycéen pour les affecter, dit attendre de voir « s'ils existent ces 3 000 postes » et juge qu'il s'agit d'une « mesure de replâtrage », le vrai problème étant selon lui l'attractivité du métier.

Pour l'instant, aucune source ne permet de dire combien de ces professeurs ont effectivement été affectés dans les lycées. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, vise « dès la rentrée de la Toussaint » davantage de remplacements de courte durée par des professeurs déjà présents dans l'établissement. Le ministre a, lui, annoncé des amendements au projet de loi de finances 2027 sur le budget de l'Éducation nationale. Le débat de fond reste ouvert, y compris sur la démographie scolaire : la France va perdre 1,7 million d'élèves d'ici 2035.

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