Boualem Sansal se dit « un peu d'origine marocaine » à Casablanca
Invité de la rencontre « Le Grand Témoin » organisée par Le360 le jeudi 29 octobre 2026 à Casablanca, l'écrivain Boualem Sansal a affirmé être « un peu d'origine marocaine » et a vivement critiqué le pouvoir algérien, d'après le compte rendu du site marocain.
La soirée, programmée à 19 h, s'est tenue à l'hôtel Hyatt Regency. Le Grand Témoin est un cycle de conférences créé par Le360, qui organisait l'événement. Il s'agissait, selon l'annonce de l'organisateur, de la première rencontre de l'écrivain avec le public marocain, et plus largement maghrébin et arabe, depuis sa libération.
Le compte rendu détaillé de la soirée a été publié par Le360 le 30 octobre : les propos tenus à Casablanca cités ici en sont tirés. Le média indique que la salle était venue en nombre et que le Maroc était resté fermé à l'écrivain « pendant plus d'une décennie », en raison des frontières closes et des tensions. La frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis 1994, et les voyageurs algériens se heurtent encore à des restrictions pour entrer au Maroc.
Une ascendance marocaine revendiquée
Selon Le360, Boualem Sansal a d'abord évoqué l'émotion de son arrivée : « Vous ne vous rendez pas compte de l'émotion que j'ai ressentie en arrivant au Maroc. Je suis un peu d'origine marocaine. Ça faisait longtemps que je rêvais de venir au Maroc. »
Les sources divergent sur cette ascendance. Dans le programme de son séjour, Le360 écrit que son arrière-grand-père maternel était originaire de Taza. D'autres médias évoquent plutôt un père ou un grand-père. Dans un entretien accordé à Le360 en juillet 2026, il disait : « Je me suis toujours senti profondément marocain. »
Sur son parcours d'auteur, il a expliqué avoir nommé les responsables dans son premier roman : « Il faut nommer les choses. Dans mon premier roman, j'ai tenu à le faire et je nommais le président de son nom, et tel général. » Son éditeur, Antoine Gallimard, lui avait suggéré un pseudonyme. Réponse de l'écrivain : « J'ai décidé de rester moi-même. » Et encore : « Je ne regrette rien. Céder à la peur ou au silence, c'est déjà abdiquer son humanité. »
Des propos très durs envers Alger
Selon Le360, Boualem Sansal a opposé les méthodes des deux voisins : « L'Algérie a usé des méthodes habituelles de la puissance : on désigne l'ennemi et on dit ce qu'on va faire. C'est très violent, et ça ne mène qu'à la guerre […]. À côté, le Maroc a inventé une nouvelle façon de faire la guerre sans la faire. C'est le judo, l'agilité, la projection. » Il a aussi estimé que « le Maroc a finalement fait trébucher l'islamisme en lui mettant la démocratie sous les pieds ».
Plus frontalement, il a déclaré : « Le régime algérien est parti dans une aventure guerrière contre le Maroc. Il cherche à entrer en guerre. Il en a besoin pour des tas de raisons : guerre d'indépendance qui n'est pas finie, règlements de comptes, tentative de légitimation... » Du président algérien, il a dit : « Abdelmadjid Tebboune n'est qu'une marionnette. »
Il a conclu qu'« un changement des relations entre les deux pays passe fatalement par un changement de régime en Algérie ». Et d'ajouter : « Tant que ce système nourri par le mythe de la violence gouvernera, la tension sera permanente. »
Ces positions s'inscrivent dans un parcours judiciaire et politique chargé. Sansal a été arrêté en novembre 2024 à son arrivée à Alger, à la suite d'un entretien au média français Frontières. Il y soutenait que des territoires ayant, selon lui, appartenu au Maroc avaient été rattachés à l'Algérie sous la colonisation. Condamné en appel en juillet 2025 à cinq ans de prison pour « atteinte à l'unité nationale », il a été gracié par Abdelmadjid Tebboune et libéré le 12 novembre 2025.
Élu à l'Académie française le 29 janvier 2026, il avait ensuite évoqué sa nationalité. Le 5 février, devant des élèves de seconde du lycée Edgar Quinet, à Paris, il déclarait : « Il y a encore sans doute quelques formalités en cours, mais je suis seulement français désormais », comme nous l'avions relaté en février. Interrogé juste après par l'AFP, dans une dépêche reprise par Hespress, il disait ne pas pouvoir confirmer la perte de sa nationalité algérienne, parlant de rumeurs et d'un passeport « suspendu ». Gallimard a indiqué, selon Le360, que ce passeport avait été annulé. Ses déclarations de février laissaient donc la question ouverte.
Ses prises de position sur la famille et l'Algérie avaient déjà fait débat : il affirmait en mars que sa famille était favorable à l'Algérie française.
Le programme de ce séjour d'une dizaine de jours, publié par Le360, prévoyait ensuite trois jours à Dakhla, du 30 octobre au 1er novembre. L'écrivain est attendu lundi 2 novembre à 16 h à la faculté des lettres de l'université Mohammed V de Rabat, puis mercredi 4 novembre à 15 h à l'Université euro-méditerranéenne de Fès. L'ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt devait l'accompagner du 28 octobre au 3 novembre.