Gaza : la réouverture très contrôlée du passage de Rafah, un geste politique sans impact humanitaire
Après des mois de fermeture quasi totale, Israël a annoncé dimanche la réouverture partielle du passage de Rafah, unique point de sortie de la bande de Gaza vers l’Égypte. Une décision présentée comme un geste humanitaire, mais dont la portée reste extrêmement limitée : seuls les déplacements de personnes sont autorisés, sous conditions drastiques, tandis que l’aide et les marchandises demeurent bloquées. Sur le terrain, la situation humanitaire, elle, ne change pas.
Fermé depuis mai 2024 après la prise de contrôle de la zone par l’armée israélienne, le passage de Rafah constituait jusqu’alors l’unique soupape non israélienne pour les Gazaouis. Sa réouverture partielle, annoncée par les autorités israéliennes en coordination avec l’Égypte, est strictement encadrée. Selon des sources sécuritaires, seuls certains habitants de Gaza – blessés, malades, détenteurs de visas étrangers – peuvent espérer franchir le point de passage, après une série de vérifications sécuritaires imposées par Israël.
Un responsable israélien a ainsi précisé que « cette ouverture vise exclusivement le passage de personnes, dans un cadre humanitaire précis, sans remise en cause des impératifs de sécurité ». Autrement dit, aucun flux commercial, aucune entrée massive d’aide humanitaire, aucun allègement du blocus n’est envisagé à ce stade.
Un contrôle total maintenu sur un territoire exsangue
Dans les faits, cette réouverture ne modifie en rien le rapport de force ni la réalité vécue par les 2,3 millions d’habitants de Gaza. Israël conserve un contrôle quasi absolu sur les frontières, l’espace aérien et maritime, ainsi que sur les principaux axes d’approvisionnement. Le passage de Rafah, bien que situé à la frontière égyptienne, reste soumis à une coordination sécuritaire étroite avec Israël, qui valide ou non chaque sortie.
Pour les organisations humanitaires, cette annonce relève davantage de la communication que d’un véritable tournant. « Autoriser quelques dizaines ou centaines de personnes à sortir ne répond en rien à l’effondrement humanitaire en cours », confie un responsable d’ONG internationale présent au Caire. Les hôpitaux de Gaza manquent toujours de médicaments, de carburant et de matériel médical. L’acheminement de l’aide reste entravé, tandis que plus de 80 % de la population est déplacée, selon les Nations unies.
Depuis des mois, les alertes se multiplient sur le risque de famine, la propagation de maladies et l’absence totale de perspectives pour les civils. La destruction massive des infrastructures, conséquence directe des opérations militaires israéliennes, a rendu une grande partie du territoire inhabitable. Dans ce contexte, la réouverture partielle de Rafah apparaît comme un ajustement marginal, sans impact structurel.
Sur le plan politique, Israël cherche aussi à répondre aux critiques internationales croissantes, notamment après les accusations répétées d’entrave à l’aide humanitaire. Mais sur le terrain, la réalité demeure inchangée : Gaza reste un territoire dévasté, sous contrôle, où chaque mouvement de population est soumis à l’arbitraire sécuritaire. Comme le résume un diplomate européen : « Tant que l’aide ne circule pas librement et que les civils restent enfermés, parler d’ouverture est un abus de langage ».