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Gaza : au milieu des décombres, les Palestiniens partagent l'iftar collectif

En ce mois sacré de Ramadan 2026, les images qui parviennent de la bande de Gaza saisissent le monde entier. Au milieu des décombres de bâtiments réduits en poussière, des centaines de Palestiniens se rassemblent chaque soir pour rompre le jeûne ensemble, dans un acte de résilience collective qui défie la désolation. Ces iftars, organisés par des associations caritatives et des organisations humanitaires algériennes, témoignent d'une volonté farouche de maintenir la vie communautaire malgré plus de deux années de guerre dévastatrice.

Le 22 février dernier, des images diffusées par Canal Algérie et relayées massivement sur les réseaux sociaux ont montré des scènes poignantes : des nappes blanches dressées à même le sol entre les gravats, des familles entières assises côte à côte, partageant un repas frugal à la tombée du jour. La vidéo, qui a cumulé plus de 147 000 vues et 8 600 réactions, a ému bien au-delà des frontières du monde arabe.

À Gaza City, dans le quartier de Yarmouk, le Croissant-Rouge turc a organisé le 19 février un iftar collectif destiné aux familles déplacées. « C'est le troisième Ramadan que nous passons en déplacement. Nous avons perdu nos maisons, nos familles et beaucoup de proches », confie un habitant, le regard cerné par les nuits d'angoisse. Dans le sud de la bande, à Khan Younès, des centaines de personnes se sont également réunies le premier jour du Ramadan autour de longues tablées installées par des organisations caritatives, avec en arrière-plan les squelettes de maisons éventrées.

Un iftar devenu inaccessible pour la majorité

Selon une analyse d'Al Jazeera basée sur des données officielles, le coût d'un repas d'iftar pour une famille de six personnes est passé de 79 shekels (25 dollars) avant la guerre à 150 shekels (48 dollars), soit une hausse de 90 %. Le prix des concombres a bondi de 300 %, celui des œufs de 170 %, celui du poisson surgelé de 190 %. Au total, nourrir une famille de taille moyenne coûte désormais 181,5 shekels par jour (58 dollars), une augmentation de 88 % par rapport aux chiffres d'avant-guerre.

Le revenu annuel par habitant à Gaza a chuté à 161 dollars en 2024, contre 1 250 dollars en 2022, selon les Nations unies. Le chômage dépasse les 95 %. Dans ces conditions, « les voisins partagent ce qu'ils ont : une marmite de lentilles, un plateau de riz, une poignée de dattes », décrit le Middle East Monitor. La table traditionnelle du Ramadan s'est réduite aux produits de base les plus élémentaires pour l'écrasante majorité des familles.

Plus de 1 015 mosquées ont été détruites durant le conflit, dont 835 entièrement rasées, selon le Bureau des médias du gouvernement à Gaza. Les Palestiniens accomplissent désormais les prières de Tarawih dans des espaces improvisés, entre les ruines ou sous des tentes de fortune. Les enfants, eux, fabriquent des lanternes à partir de bouts de papier et de métal récupérés, et décorent les murs fissurés avec des dessins colorés portant l'inscription « Bienvenue, Ramadan ».

La résilience comme acte de résistance

Ce Ramadan 2026 est le premier depuis le cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, mais le mot semble déconnecté de la réalité sur le terrain. Des quartiers entiers demeurent aplatis, la quasi-totalité des bâtiments restant inhabitables. Plus de 90 % de la population dépend de l'aide internationale pour couvrir ses besoins les plus élémentaires, selon les rapports de l'ONU. Israël a fini par reconnaître un bilan de plus de 71 000 morts palestiniens.

Selon l'UNICEF, plus de 58 000 enfants à Gaza ont perdu un ou leurs deux parents. Les familles se retrouvent autour de l'iftar avec des chaises vides là où des proches s'asseyaient autrefois. Pourtant, ces rassemblements collectifs restent un acte de foi et de défi. Des organisations turques livrent quotidiennement des repas, tandis que des collectes internationales visent à distribuer 4 500 iftars et 300 colis alimentaires aux familles du camp d'Al-Mawasi.

Comme l'écrit le Middle East Monitor, les Palestiniens accueillent ce Ramadan « avec la faim mais aussi la dignité, avec le deuil mais aussi la ténacité, avec des blessures non cicatrisées mais une détermination intacte ». Au milieu des décombres de Gaza, l'iftar collectif est devenu bien plus qu'un repas : c'est un symbole de survie, un acte de résistance par la vie.

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