Youssef El Hammal alerte : l'IA réduit les opportunités de stages au Maroc
Le fondateur de la plateforme Stagiaires.ma, Youssef El Hammal, lance un avertissement inquiétant : l'intelligence artificielle est en train de réduire drastiquement les opportunités de stages et de première embauche pour les jeunes diplômés au Maroc. Un constat qui fait écho à une tendance mondiale alarmante.
Dans une interview accordée au quotidien Le Matin, l'entrepreneur marocain a mis en lumière un phénomène que les chercheurs américains qualifient de « quiet erosion », une érosion silencieuse du marché de l'emploi pour les profils juniors. « Il y a moins d'opportunités de stages et de première embauche à cause de l'IA », affirme-t-il sans détour.
Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement tendu pour l'emploi des jeunes au Maroc. Selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat au Plan, le taux de chômage a atteint 21,4 % en 2024, contre 16,2 % dix ans plus tôt. Une progression qui touche de plein fouet les nouveaux arrivants sur le marché du travail.
Une tendance mondiale confirmée par Stanford
Les propos de Youssef El Hammal sont corroborés par une étude majeure de l'Université de Stanford publiée en août 2025. Analysant les données salariales de 25 millions d'employés américains, les chercheurs ont constaté une baisse de 13 % des offres d'emploi dans les secteurs exposés à l'IA entre 2022 et 2025 pour les 22-25 ans. En France, la situation est tout aussi préoccupante : 67 % des entreprises prévoient de réduire leurs recrutements de profils juniors d'ici trois ans.
Le paradoxe est cruel : les tâches « subalternes » traditionnellement confiées aux stagiaires et aux jeunes employés pour leur permettre d'apprendre sont désormais automatisées. Service client, comptabilité, support administratif, développement logiciel d'entrée de gamme... autant de postes où ChatGPT et ses semblables s'avèrent redoutablement efficaces.
« Le rôle traditionnel de tremplin offert par les emplois de premier niveau disparaît », alertent les chercheurs de Stanford. Un cercle vicieux se dessine : sans première expérience, impossible d'accéder aux postes supérieurs. Le vieux dilemme « pas d'embauche sans expérience, pas d'expérience sans embauche » se trouve considérablement exacerbé par l'intelligence artificielle.
Le Maroc face à un défi stratégique
Youssef El Hammal, dont la plateforme Stagiaires.ma a accompagné plus de 400 000 étudiants et établi des partenariats avec 280 écoles à travers le royaume, observe ces mutations de première ligne. Sa plateforme, qui génère 2 700 CV quotidiens, a elle-même intégré l'IA pour améliorer le matching entre candidats et entreprises, réduisant de 46 % le taux d'absence aux entretiens.
Mais les grandes entreprises technologiques poursuivent leurs coupes. Capgemini envisage 2 400 suppressions de postes en France, tandis qu'en Inde, les géants de l'informatique ont réduit de 70 % leurs recrutements de jeunes diplômés, passant de 225 000 à 60 000 embauches entre 2023 et 2024.
Face à cette mutation, le Maroc prépare sa riposte avec la stratégie « Maroc IA 2030 », qui sera lancée officiellement en janvier 2026. L'objectif : créer 240 000 emplois numériques et former 100 000 talents par an. Une course contre la montre pour que l'IA devienne une alliée plutôt qu'une rivale des jeunes diplômés marocains.
Pour Youssef El Hammal, la solution passe par l'adaptation : certifications techniques, pensée critique et compétences humaines restent les meilleurs atouts face à l'automatisation. Les métiers manuels, eux, tirent leur épingle du jeu. Plombiers, électriciens et soignants demeurent largement épargnés par cette révolution technologique.