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Richard Haddad sur CNEWS : des propos sur le Coran et la drogue font polémique

Un extrait d'une intervention de Richard Haddad sur la chaîne CNews a déclenché une vague de réactions indignées sur les réseaux sociaux. Présenté comme historien et politologue spécialiste du Moyen-Orient, l'intervenant a affirmé, lors de l'émission "100% Actu" diffusée le 3 mai 2026, que le Coran autoriserait un musulman à vendre de la drogue aux "mécréants". Une affirmation aussitôt démentie par des théologiens, des juristes islamiques et de nombreux internautes, qui la qualifient de désinformation grave sur l'islam.

La séquence vidéo a rapidement circulé sur les plateformes numériques, suscitant un flot de commentaires critiques. Dans cet extrait, Richard Haddad déclare que "c'est dans les textes" et que certaines formations religieuses expliqueraient qu'il serait permis de "vendre de la drogue aux mécréants". Ces propos ont été reçus comme une affirmation scandaleuse par de nombreux observateurs, d'autant qu'aucun verset coranique ni aucun texte de jurisprudence islamique classique ne valide une telle interprétation.

Sur le plan théologique, la position de l'islam sur les stupéfiants est pourtant sans ambiguïté. La sourate Al-Maïda (5:90-91) condamne explicitement les substances intoxicantes, les qualifiant d'"abomination de l'œuvre de Satan" et ordonnant aux croyants de les éviter. Des fatwas publiées en français par des institutions islamiques reconnues précisent que la vente de drogues est illicite, que l'acheteur soit musulman ou non-musulman. La controverse porte donc moins sur un débat théologique réel que sur une affirmation factuellement infondée, diffusée sur une chaîne d'information nationale.

Richard Haddad : un profil contesté sur les antennes de CNews

Au-delà du contenu de la déclaration, la polémique a également mis en lumière le profil de l'intervenant lui-même. Des internautes ont relevé que Richard Haddad, malgré sa présentation comme "historien", ne figure pas dans les registres académiques reconnus. Ses publications sont principalement limitées à des tribunes sur le blog d'opinion Boulevard Voltaire et à un ouvrage édité aux éditions Godefroy de Bouillon, une maison d'édition aux sympathies d'extrême-droite. Ces éléments biographiques ont alimenté les critiques selon lesquelles CNews choisit délibérément des intervenants dont le discours sert une ligne éditoriale hostile à l'islam.

Une plainte a été déposée auprès de l'Arcom — l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique — à la suite de la diffusion de ces propos. Les plaignants invoquent notamment la discrimination fondée sur la religion et la diffusion de fausses informations. Cette démarche s'inscrit dans un contexte plus large de surveillance accrue des contenus de CNews, dont plusieurs séquences ont fait l'objet de procédures similaires ces derniers mois. Rappelons que la chaîne avait déjà été épinglée pour d'autres polémiques, comme nous l'avions signalé dans notre article : CNews : l'Arcom saisie après des propos polémiques sur le maire de Saint-Denis.

Dans ce contexte, la question du pluralisme et de la responsabilité éditoriale des chaînes d'information en continu est plus que jamais posée. L'Arcom dispose de pouvoirs de sanction, allant de la mise en demeure à des amendes substantielles, voire à la suspension de programmes. Mais les critiques estiment que ces mesures restent insuffisantes face à la récurrence des dérapages observés sur certaines antennes.

Un débat plus large sur l'islam dans les médias français

L'affaire Richard Haddad s'inscrit dans une tendance que dénoncent régulièrement des associations musulmanes, des chercheurs en sciences sociales et des organisations antiracistes : la présence, sur les plateaux de télévision français, d'intervenants dont les déclarations sur l'islam sont systématiquement erronées ou biaisées. Ces interventions contribuent, selon leurs détracteurs, à entretenir un climat de méfiance et de stigmatisation envers les cinq à six millions de Français de confession musulmane.

Des sociologues spécialisés dans les médias ont, à plusieurs reprises, documenté ce phénomène, notant que les "experts" invités pour parler de l'islam dans les médias ne sont souvent ni des islamologues reconnus, ni des théologiens, ni même des praticiens de la religion. Ils représentent fréquemment des courants idéologiques précis, dont les prises de position sont plus proches du militantisme politique que de l'analyse académique. L'affaire Haddad illustre les dérives qui peuvent en résulter lorsque des affirmations non vérifiées se retrouvent amplifiées par les chaînes d'information nationale.

Du côté de CNews, aucune réaction officielle n'avait été publiée au moment de la rédaction de cet article. La chaîne, propriété du groupe Bolloré, est régulièrement au cœur de polémiques similaires et fait l'objet d'une surveillance attentive de la part des associations de lutte contre les discriminations. Quant à Richard Haddad, il n'a pas, à ce stade, présenté de démenti ni fourni de sources à l'appui de ses déclarations, laissant une controverse ouverte qui dépasse largement les réseaux sociaux pour interroger directement les obligations déontologiques de la presse audiovisuelle française.

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