Meyzieu : la salle Imane Khelif au lycée Arnaud Beltrame crée la polémique
La direction du lycée Arnaud Beltrame, à Meyzieu, dans la banlieue est de Lyon, a annoncé qu'elle baptiserait sa salle polyvalente du nom d'Imane Khelif lors d'une cérémonie prévue le 7 mai 2026. Le choix de la boxeuse algérienne, championne olympique aux Jeux de Paris 2024 mais au cœur d'une polémique mondiale sur son genre, a été retenu par le club égalité filles-garçons de l'établissement à l'issue d'un vote impliquant les élèves et le personnel. Dénoncée par l'extrême droite et désormais ciblée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, l'initiative est en passe d'être bloquée par la collectivité de tutelle.
L'annonce, présentée comme un « moment symbolique » autour d'une « figure inspirante », devait clore plusieurs semaines de réflexion menée au sein du lycée majolan sur l'égalité entre les filles et les garçons. La direction décrit Imane Khelif comme une sportive « engagée » et un « symbole de détermination et d'égalité », dont le parcours pouvait servir de support pédagogique. Mais le timing et le contexte du choix ont rapidement transformé une initiative interne en affaire politique nationale.
L'établissement, ouvert en 2023 et nommé en mémoire du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, mort pour la patrie lors de l'attentat de Trèbes en 2018, n'avait pas anticipé l'ampleur de la controverse. Sur les réseaux sociaux, des élus, des parents et des observateurs sportifs ont rapidement contesté l'opportunité du choix, faisant émerger un débat qui dépasse largement les murs de l'école.
Une figure clivante depuis les Jeux de Paris
Imane Khelif est en effet devenue, depuis sa médaille d'or olympique conquise à Paris en août 2024, une cible récurrente de campagnes hostiles la présentant comme « un homme combattant des femmes ». La boxeuse algérienne, alors âgée de 25 ans, avait été disqualifiée des Mondiaux 2023 par la Fédération internationale de boxe pour des résultats jugés non conformes aux critères d'éligibilité féminine, avant d'être autorisée à concourir aux Jeux par le Comité international olympique sous une autre fédération.
En février 2026, dans un entretien accordé au quotidien italien Corriere della Sera, la championne avait elle-même reconnu être porteuse du gène SRY, situé sur le chromosome Y, et avoir suivi un traitement hormonal pour faire baisser son taux de testostérone avant les JO de Paris. Cette révélation, longtemps tue, a relancé le débat sur l'équité du sport féminin et nourri les attaques contre la boxeuse, sans pour autant entraîner de remise en cause officielle de sa médaille olympique.
Pour la députée RN de la 13e circonscription du Rhône Tiffany Joncour, le choix du lycée Beltrame illustre « la pénétration du wokisme au sein de l'institution scolaire ». « L'école n'est pas un laboratoire idéologique », a-t-elle estimé, fustigeant la promotion d'une athlète « au cœur d'une polémique mondiale sur l'équité du sport féminin ». L'élue a interpellé le ministre de l'Éducation nationale et la Région pour que la cérémonie soit annulée.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes monte au créneau
La réaction de l'exécutif régional ne s'est pas fait attendre. Philippe Meunier, vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et ancien député LR de la circonscription, a indiqué que la collectivité avait « déjà fait le nécessaire pour que cette opération soit immédiatement bloquée », qualifiant la démarche d'« initiative interne » non coordonnée avec la tutelle. « On ne lâche rien », a-t-il conclu, signe que la collectivité entend imposer son veto.
Juridiquement, la Région assure la construction et l'entretien des lycées publics et dispose d'un droit de regard sur les dénominations qui touchent au patrimoine bâti. Pour les juristes spécialistes des collectivités territoriales, baptiser une salle relève toutefois d'une zone grise, à la frontière entre l'autonomie pédagogique de l'établissement et les prérogatives de la collectivité financeuse. Le bras de fer pourrait donc se poursuivre dans les prochains jours, à l'approche de l'échéance du 7 mai.
Au-delà de Meyzieu, l'affaire ravive une controverse récurrente : celle de l'usage politique de figures sportives dans les établissements scolaires, dans un contexte où les campagnes en ligne ciblant Imane Khelif ont déjà donné lieu à des poursuites pénales, comme l'illustre la procédure visant l'influenceur Papacito pour cyberharcèlement. Pour les défenseurs de la démarche du lycée, la boxeuse incarne au contraire la persévérance face aux attaques. Pour ses détracteurs, elle est devenue un symbole encombrant, dont la place sur la façade d'un lycée français interroge. Le 7 mai dira si la cérémonie a lieu, ou si elle est définitivement reportée sine die.