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Falafels à prix d'or : le traiteur Noura réclame 41 000 euros à Jack Lang

Le traiteur libanais Noura réclame 41 000 euros à Jack Lang et à son épouse Monique pour 74 repas servis à prix réduit au restaurant gastronomique de l'Institut du monde arabe, qui n'auraient jamais été intégralement réglés. Une affaire de falafels et de houmous qui vire au contentieux judiciaire, dans un contexte déjà très défavorable pour l'ancien ministre de la Culture.

L'addition est salée, et le goût amer. Selon les révélations du Canard enchaîné, Jack Lang, président de l'Institut du monde arabe (IMA) depuis 2013, aurait accumulé une dette de 41 000 euros auprès du traiteur libanais Noura, concessionnaire du restaurant Zyriab, perché au dernier étage de l'institution parisienne. Soixante-quatorze repas composés de houmous, falafels, baba ganousch et autres mezzés, facturés en moyenne à plus de 550 euros le couvert, qui n'auraient jamais été soldés.

Le mécanisme est simple. Dès son arrivée à la tête de l'IMA, Jack Lang avait négocié un tarif préférentiel de 25 euros par repas, contre 60 euros habituellement pratiqués au Zyriab. « Il nous a demandé, à son arrivée, d'opérer un tarif préférentiel qui était de 25 euros TTC », a confirmé Paul Bou Antoun, président du groupe Noura, à la presse. Un arrangement qui ne posait pas de difficulté, du moins tant que les factures étaient honorées.

Des exigences gastronomiques hors norme

Mais les requêtes de l'ancien ministre ne se limitaient pas aux tarifs. Selon plusieurs sources concordantes, Jack Lang aurait exigé que le traiteur libanais modifie sa carte pour y intégrer des plats marocains — tajines, couscous et pastillas. La vaisselle avait également été remplacée par un service plus luxueux, et un service de thé, café et boissons était assuré gratuitement dans le bureau du président. Le traiteur a obtempéré, investissant dans la transformation souhaitée par le maître des lieux.

Quand Noura a présenté l'addition des 41 000 euros d'impayés, la réponse de l'IMA a été brutale. En octobre 2014, Jack Lang a fait résilier le contrat du traiteur pour « faute grave », invoquant « une cuisine manquant de qualité et de diversité » et des manquements ayant « mis en danger l'institut ». Une version catégoriquement contestée par le camp Noura.

Interrogée par Le Canard enchaîné, Monique Lang a assuré n'avoir « aucun souvenir » de ces dizaines de repas pris à prix cassé au sommet de l'IMA. Une amnésie qui n'a pas manqué de faire réagir.

1 000 repas gratuits par an pour le président

L'affaire ne s'arrête pas à la dette contestée. Le nouvel appel d'offres lancé par l'IMA pour remplacer Noura contenait une clause pour le moins surprenante : le futur concessionnaire devait garantir au président de l'institut « 1 000 couverts gratuits par an » ainsi qu'un service de boissons à discrétion dans son bureau. De quoi susciter l'indignation, s'agissant d'une institution culturelle financée à hauteur de 18 millions d'euros annuels par l'État.

Sur le plan judiciaire, le traiteur libanais a remporté ses procès en première instance et en appel, la justice ayant reconnu le caractère abusif de la résiliation. L'IMA avait même été condamné à verser 80 000 euros de préjudice moral à Noura, avant que la Cour de cassation n'annule ce volet spécifique et ne renvoie les parties devant la cour d'appel. L'affaire devrait être réexaminée devant la justice dans les prochaines semaines.

Cette polémique gastronomique resurgit dans un contexte particulièrement difficile pour Jack Lang. Embourbé dans l'affaire Epstein, qui a conduit le Parquet national financier à ouvrir une enquête contre lui et sa fille Caroline pour blanchiment de fraude fiscale aggravée, l'ancien ministre a finalement proposé sa démission de la présidence de l'IMA le 7 février 2026, sous la pression de l'Élysée et de Matignon.

Des falafels impayés aux liaisons sulfureuses avec Jeffrey Epstein, le parcours de Jack Lang à la tête de l'Institut du monde arabe se referme sur une série de controverses qui écornent durablement l'image de l'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand. L'institution, qui fait rayonner les cultures arabes depuis 1987, devra désormais tourner la page de l'ère Lang.

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