Affaire Epstein : le PNF ouvre une enquête contre Jack et Caroline Lang
Le Parquet national financier (PNF) a annoncé, vendredi 7 février 2026, l'ouverture d'une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l'ancien ministre de la Culture Jack Lang et sa fille Caroline. Cette décision fait suite aux révélations issues des trois millions de documents déclassifiés par le ministère de la Justice américain le 30 janvier, dans lesquels le nom de la famille Lang apparaît des centaines de fois aux côtés de celui du financier et criminel sexuel Jeffrey Epstein.
L'affaire prend une nouvelle dimension judiciaire en France. Jusqu'ici cantonné au registre de l'embarras politique et médiatique, le dossier Lang-Epstein entre désormais dans le champ pénal. Le PNF a confirmé que son enquête portait sur « les faits révélés par Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang », notamment leurs liens financiers avec le milliardaire américain décédé en 2019 dans sa cellule de Manhattan.
Dans les documents rendus publics par Washington, le nom de Jack Lang apparaît 685 fois. Celui de Caroline Lang, plus de 680 fois. Des dizaines d'échanges de courriels, s'étalant de 2012 à 2019, témoignent d'une relation suivie entre l'ancien ministre et Epstein. On y découvre des demandes de mise à disposition de voiture et d'avion privé, des discussions immobilières autour d'un riad à Marrakech évalué à 5,4 millions d'euros « offshore », et des sollicitations répétées d'Epstein pour que Lang intervienne auprès de l'Élysée au sujet d'un prix d'architecture.
La société Prytanee LLC au cœur de l'enquête
L'élément central du volet financier concerne la société Prytanee LLC, cofondée en 2016 par Caroline Lang et Jeffrey Epstein dans les îles Vierges américaines. Détenue à parts égales par les deux associés, cette structure avait officiellement pour objet « l'acquisition d'œuvres de jeunes artistes français ». Selon les révélations de Mediapart, ses comptes ont été crédités de 1,4 million de dollars, alimentés par la Southern Trust Company d'Epstein.
Caroline Lang, ancienne cadre de Warner Bros International, a reconnu une « naïveté confondante » en admettant n'avoir jamais déclaré cette société offshore au fisc français. « Je n'ai perçu aucune rémunération, ni aucun bénéfice de ce fonds », assure-t-elle, affirmant avoir démissionné de toute fonction dès la révélation des crimes d'Epstein. Autre fait troublant mis au jour par les documents : le testament de Jeffrey Epstein, signé deux jours avant sa mort en août 2019, prévoyait un legs de 5 millions de dollars à Caroline Lang. Cette dernière affirme n'en avoir jamais eu connaissance et n'avoir jamais touché cette somme.
Pressions politiques et convocation au Quai d'Orsay
Parallèlement à l'ouverture de l'enquête judiciaire, la pression politique s'intensifie. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a convoqué Jack Lang, en sa qualité de président de l'Institut du monde arabe (IMA), au Quai d'Orsay, principal financeur de l'institution. La rencontre, initialement prévue dimanche 8 février, a été reportée au lundi 9 février. L'ancien ministre, âgé de 86 ans, devra s'expliquer sur ses liens passés avec le financier américain.
D'après l'entourage d'Emmanuel Macron, le président de la République estime que Jack Lang devrait « penser à l'institution », alors que les appels à sa démission de la tête de l'IMA se multiplient. L'intéressé a jusqu'ici formellement exclu de quitter son poste, déclarant être « blanc comme neige » et invoquant sa « naïveté ». Actuellement à Marrakech, il serait « sonné et épuisé », selon ses proches.
Les révélations ont déjà eu des conséquences concrètes pour sa fille. Caroline Lang a démissionné de la délégation générale du Syndicat des producteurs indépendants, poste qu'elle occupait depuis seulement trois semaines, ainsi que de Pictanovo et du conseil d'administration de Séries Mania. Les documents révèlent également qu'Epstein avait versé 57 897 dollars à une association française proche de Jack Lang, somme que l'ancien ministre présente comme destinée à financer un projet de film documentaire.
Il convient de préciser qu'aucun des échanges consultés par les journalistes ne mentionne les crimes sexuels dont Epstein était accusé. Caroline Lang avait indiqué avoir été présentée au financier en 2012 par le réalisateur Woody Allen. Informée de sa condamnation de 2008 pour sollicitation de mineures, elle affirme qu'Epstein lui avait assuré avoir « payé sa dette et indemnisé les victimes ». L'enquête du PNF devra établir si les flux financiers entre la famille Lang et Epstein constituent un blanchiment de fraude fiscale aggravée.