Dossier Epstein : des parlementaires dénoncent le caviardage de six noms
Des parlementaires américains ont pu consulter, lundi 9 février, une version non censurée du dossier Jeffrey Epstein au siège du ministère de la Justice. Ils dénoncent le caviardage de six noms d'hommes « probablement impliqués », sans aucune justification légale. Parmi eux figurerait un haut responsable d'un gouvernement étranger.
C'est une nouvelle onde de choc dans l'affaire Epstein. Le républicain Thomas Massie et le démocrate Ro Khanna, tous deux élus à la Chambre des représentants et coauteurs de l'Epstein Files Transparency Act, ont été parmi les premiers parlementaires à se rendre au département de la Justice pour examiner les documents non expurgés. Ce qu'ils y ont découvert les a profondément troublés.
« Ce qui m'a posé problème est que les noms d'au moins six hommes ont été caviardés alors qu'ils sont probablement impliqués du fait de leur inclusion dans ces documents », a déclaré Thomas Massie aux journalistes à sa sortie du bâtiment. « Il y a six hommes, certains avec leur photo, dont les noms ont été caviardés, sans explication de pourquoi ils l'ont été », a renchéri Ro Khanna.
Un haut responsable étranger parmi les noms occultés
Les deux élus se sont refusés à révéler l'identité des six individus dont les noms ont été masqués. Thomas Massie a toutefois précisé que l'un d'entre eux serait « assez haut placé dans un gouvernement étranger ». Ro Khanna a quant à lui évoqué « une personnalité assez éminente » parmi les cinq autres. Le groupe comprendrait au moins un citoyen américain, un ressortissant étranger et plusieurs personnes dont la nationalité n'a pas encore été déterminée.
La loi de transparence adoptée par le Congrès en novembre 2025, avec un vote écrasant de 427 voix contre une à la Chambre des représentants, autorise les caviardages dans de strictes conditions, essentiellement pour préserver l'intimité des victimes. Elle interdit en revanche expressément toute rétention au motif du tort que la publication pourrait causer à un « responsable gouvernemental, personnalité publique ou dignitaire étranger », ou de son « caractère politiquement sensible ».
Des millions de pages, des zones d'ombre persistantes
Le ministère de la Justice a publié le 30 janvier plus de 3,5 millions de pages du dossier Epstein, affirmant s'être acquitté de son obligation légale. Mais une bonne partie de ces documents étaient déjà caviardés avant même d'arriver au département. « C'est dû au fait que les documents fournis au ministère de la Justice par le FBI ou les grands jurys l'étaient déjà », a expliqué Ro Khanna, visiblement surpris par l'ampleur des masquages restants.
Le démocrate Jamie Raskin a par ailleurs pointé une incohérence troublante : si les noms de certaines personnalités ont été occultés, ceux de victimes, eux, figurent encore dans environ 3 000 pages des documents publiés. Il a également révélé que les noms du milliardaire Leslie Wexner et de Donald Trump avaient été caviardés à plusieurs endroits, notamment dans des échanges entre les avocats d'Epstein et ceux de Trump liés à une enquête de 2009. Ni l'un ni l'autre n'a été accusé d'actes répréhensibles en lien avec l'affaire.
Thomas Massie a indiqué vouloir « donner au ministère de la Justice une chance de revoir sa copie et de corriger ses erreurs ». Mais les deux parlementaires n'excluent pas de recourir à la clause de la liberté de parole protégeant les élus au Congrès pour révéler publiquement les noms caviardés depuis l'hémicycle, où ils bénéficieraient d'une immunité totale.
L'attorney general Pam Bondi doit témoigner mercredi devant la commission judiciaire de la Chambre. Des élus des deux camps ont d'ores et déjà annoncé qu'ils exigeraient des explications sur la gestion de ces documents. En parallèle, en France, l'affaire Epstein continue de produire ses effets, avec notamment la proposition de démission de Jack Lang de la présidence de l'Institut du monde arabe et l'ouverture d'une enquête du parquet national financier contre Jack et Caroline Lang.
Le démocrate Jared Moskowitz, qui a également consulté les documents, a résumé la situation en une phrase glaçante : « Il y a beaucoup de complices. Ils font du trafic de filles à travers le monde entier. »