Vente d'or et bijoux en 2026 : le piège fiscal qui peut coûter très cher
Avec un cours de l'or qui a franchi des records historiques ces derniers mois, nombreux sont les Français tentés de revendre leurs bijoux, pièces ou lingots pour réaliser une plus-value confortable. Mais avant de pousser la porte d'un racheteur, mieux vaut connaître les règles fiscales en vigueur en 2026. Entre la taxe forfaitaire à 11,5 %, le régime des plus-values alourdi à 37,6 % et un seuil d'exonération à 5 000 euros souvent mal compris, les mauvaises surprises peuvent amputer sévèrement le gain espéré.
Le marché de l'or physique connaît un engouement sans précédent. La hausse spectaculaire du cours du métal jaune, portée par les tensions géopolitiques et l'incertitude économique, pousse des milliers de particuliers à ouvrir leurs coffres et tiroirs. Selon les professionnels du secteur, les demandes de rachat ont bondi de plus de 40 % depuis le début de l'année. Pourtant, vendre son or ne s'improvise pas, notamment sur le plan fiscal.
En France, deux régimes d'imposition coexistent lors de la cession de métaux précieux. Le premier, la taxe forfaitaire sur les métaux précieux (TFMP), s'applique automatiquement lorsque le vendeur ne peut justifier ni la date ni le prix d'acquisition de ses biens. Elle représente 11,5 % du montant total de la vente — soit 11 % d'impôt auxquels s'ajoutent 0,5 % au titre de la CRDS. Concrètement, pour un lingot revendu 80 000 euros, l'État prélève 9 200 euros, quelle que soit la plus-value réellement réalisée.
Un régime des plus-values alourdi depuis janvier 2026
Le second régime, optionnel, concerne la taxe sur les plus-values réelles (TPV). Il permet de n'être imposé que sur le gain effectif — la différence entre le prix de vente et le prix d'achat — à condition de pouvoir fournir les justificatifs originaux. Mais depuis le 1er janvier 2026, ce régime est devenu plus coûteux. La hausse de 1,4 point de la CSG, votée dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, a porté le taux global de prélèvement de 36,2 % à 37,6 %. Une ponction significative, même si un abattement de 5 % par année de détention à partir de la troisième année vient tempérer la facture. Au bout de 22 ans, l'exonération est totale.
Pour les bijoux et objets précieux, la donne est légèrement différente. Un seuil d'exonération fixé à 5 000 euros par cession s'applique : en dessous de ce montant, aucune taxe n'est due et aucune déclaration n'est requise. Au-delà, c'est la taxe forfaitaire sur les objets précieux (TFOP) qui entre en jeu, à hauteur de 6,5 % du prix de vente — 6 % d'impôt et 0,5 % de CRDS. Attention cependant : ce seuil s'apprécie objet par objet, sauf lorsque les pièces forment un ensemble indissociable, comme une parure complète ou un service d'argenterie.
Le piège le plus fréquent reste la méconnaissance des obligations déclaratives. Toute cession doit faire l'objet d'une déclaration spécifique — le formulaire 2091-SD pour la taxe forfaitaire ou le 2092-SD pour le régime des plus-values — à déposer auprès du centre des impôts dans le mois suivant la vente. En l'absence de déclaration, le vendeur s'expose à des majorations pouvant atteindre 40 % du montant de la taxe due, auxquelles s'ajoutent des intérêts de retard. « De nombreux particuliers vendent leurs bijoux en pensant que la transaction est anodine, sans réaliser qu'ils doivent en informer le fisc », alertent les conseillers en gestion de patrimoine.
Comparer les régimes : un calcul indispensable avant toute vente
Le choix entre taxe forfaitaire et régime des plus-values mérite d'être étudié au cas par cas. Pour une pièce d'or achetée 1 500 euros il y a cinq ans et revendue 3 000 euros, la taxe forfaitaire représenterait 345 euros (11,5 % de 3 000), tandis que la plus-value taxable — après abattement de 10 % pour cinq ans de détention — s'élèverait à 1 350 euros, soit un impôt d'environ 507 euros. Le calcul favorise ici nettement la TFMP. En revanche, pour un lingot détenu depuis quinze ans avec une plus-value modeste, le régime des plus-values peut se révéler bien plus avantageux grâce à l'abattement cumulé de 65 %.
Les héritiers doivent redoubler de vigilance. Un bien en or reçu dans le cadre d'une succession doit impérativement avoir été déclaré dans l'actif successoral. À défaut, l'option pour le régime des plus-values est automatiquement fermée et la taxe forfaitaire de 11,5 % s'applique sur la totalité du prix de vente, sans possibilité de déduire la valeur déclarée lors de la succession.
Enfin, les professionnels rappellent quelques règles pratiques. Les achats d'or en espèces sont plafonnés à 1 000 euros par transaction pour les résidents français. La détention d'or physique n'est en revanche soumise à aucune imposition annuelle depuis la suppression de l'ISF et son remplacement par l'IFI en 2018, qui exclut les métaux précieux de son assiette. Quant aux donations, elles bénéficient d'abattements généreux — 100 000 euros par parent et par enfant tous les quinze ans — qui permettent de transmettre de l'or en toute légalité et sans fiscalité excessive.
Dans un contexte où le cours de l'or reste à des niveaux historiquement élevés, prendre le temps de s'informer avant de vendre peut faire économiser plusieurs milliers d'euros. La précipitation, en matière de fiscalité des métaux précieux, est rarement bonne conseillère.