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Une tiktokeuse signalée à la justice pour avoir filmé des agents des impôts

L'administration fiscale française a signalé à la justice une créatrice de contenu sur TikTok, accusée d'avoir enregistré puis diffusé sur les réseaux sociaux ses échanges avec des agents des impôts. Une démarche inédite qui met en lumière les tensions croissantes entre la culture du tout-filmer propre aux réseaux sociaux et le cadre légal qui protège le secret des échanges avec l'administration.

Selon les informations révélées par Le Monde, la Direction générale des finances publiques (DGFIP) a déposé un signalement auprès du procureur de la République après qu'une tiktokeuse a publié des vidéos dans lesquelles elle mettait en scène ses conversations téléphoniques et ses rendez-vous avec des agents du fisc. Les séquences, visionnées par des centaines de milliers d'internautes, montraient des fonctionnaires dans l'exercice de leurs fonctions, filmés ou enregistrés à leur insu.

L'affaire soulève des questions juridiques majeures. En France, l'enregistrement d'une conversation sans le consentement de l'ensemble des participants est encadré par l'article 226-1 du Code pénal, qui punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende toute atteinte à l'intimité de la vie privée. Par ailleurs, la diffusion de tels enregistrements sur une plateforme publique constitue une circonstance aggravante.

Le secret professionnel des agents du fisc en jeu

Au-delà de la question de l'enregistrement, c'est le respect du secret professionnel qui préoccupe l'administration fiscale. Les agents des impôts sont soumis à une obligation stricte de confidentialité en vertu de l'article L. 103 du Livre des procédures fiscales. En diffusant ces échanges, la tiktokeuse a potentiellement exposé des informations couvertes par le secret fiscal, mettant en difficulté les fonctionnaires concernés.

La DGFIP a rappelé dans un communiqué que « les échanges entre les contribuables et les agents de l'administration fiscale sont protégés par le secret professionnel » et que « toute diffusion non autorisée de ces échanges est susceptible de poursuites judiciaires ». L'administration a également souligné que ses agents sont tenus à une obligation de réserve et ne sauraient être exposés publiquement dans l'exercice de leurs fonctions.

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre l'administration fiscale et les créateurs de contenu. Depuis le 1er janvier 2025, un décret autorise le fisc à collecter et analyser les données publiques issues des réseaux sociaux comme TikTok, Instagram ou Facebook pour détecter d'éventuelles fraudes. Cette surveillance accrue a suscité de vives réactions parmi les influenceurs, dont certains n'hésitent pas à documenter leurs interactions avec l'administration sur leurs plateformes.

Un phénomène en expansion sur les réseaux sociaux

Le cas de cette tiktokeuse n'est pas isolé. Plusieurs créateurs de contenu ont récemment publié des vidéos relatant leurs contrôles fiscaux ou leurs échanges tendus avec des agents des impôts. L'une d'entre elles, une influenceuse disposant de près de 500 000 abonnés sur TikTok, avait été condamnée en 2025 par la cour d'appel de Paris pour fraude fiscale après que la Direction nationale des enquêtes fiscales eut constaté une incohérence entre ses revenus déclarés et sa visibilité en ligne.

Pour les juristes, la frontière entre liberté d'expression et respect du cadre légal est de plus en plus ténue. « Le fait de filmer un agent public dans l'exercice de ses fonctions n'est pas en soi interdit, mais la diffusion d'un enregistrement réalisé à l'insu de l'intéressé pose un problème juridique clair », explique un avocat spécialisé en droit du numérique interrogé par Le Monde.

La justice française, qui traque désormais les fraudeurs fiscaux jusque dans leurs montages internationaux, se trouve confrontée à un nouveau défi : celui des contribuables qui transforment leurs démêlés avec le fisc en contenu viral. Le procureur de la République devra désormais déterminer si les faits reprochés à la tiktokeuse justifient des poursuites pénales, dans une affaire qui pourrait faire jurisprudence à l'ère des réseaux sociaux.

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