Algérie 2026 : un budget record pour une transformation à hauts risques
L’Algérie a adopté pour 2026 un budget historique de 135 milliards de dollars. Une somme colossale qui témoigne d’une volonté de rupture : celle d’accélérer la diversification économique, de répondre aux attentes sociales et de consolider la stabilité du pays dans un contexte régional mouvant.
Ce plan budgétaire inédit traduit la volonté d’Alger de tourner la page d’une décennie de dépendance presque exclusive aux hydrocarbures. Les autorités annoncent une réallocation massive vers les infrastructures, les énergies renouvelables et la transformation agricole. *« Ce budget n’est pas seulement une question de chiffres, c’est un projet de société »*, a déclaré le Premier ministre Nadir Larbaoui, insistant sur la nécessité d’une redistribution plus équilibrée de la richesse nationale.
Cette approche s’inscrit dans une dynamique de réformes amorcée depuis 2023, sous la pression conjuguée des mouvements sociaux et des attentes de la jeunesse. L’État veut désormais jouer un rôle moteur tout en attirant les investisseurs étrangers. Des partenariats sont en cours avec la Banque africaine de développement et la Commission européenne pour structurer une économie moins vulnérable aux fluctuations pétrolières.
Des ambitions fortes, des équilibres fragiles
Mais cette mutation reste semée d’incertitudes. Les experts pointent les risques d’une inflation persistante et d’une dépendance prolongée aux recettes du gaz. *« Les dépenses publiques progressent plus vite que la création de richesse »*, avertit l’économiste Nourredine Benali. La question du financement à long terme, notamment en cas de repli des prix du pétrole, reste un défi majeur.
Sur le plan social, le gouvernement promet une hausse significative des salaires et des aides aux familles modestes. Une mesure populaire mais coûteuse, qui pourrait à terme peser sur les finances publiques. En parallèle, Alger investit massivement dans les infrastructures : nouvelles autoroutes, lignes ferroviaires, ports, et un plan de rénovation urbaine pour les grandes métropoles comme Oran et Alger. Cette modernisation vise à redonner confiance à une jeunesse souvent tentée par l’exil.
La réussite de ce virage dépendra de la capacité du pays à réformer son climat des affaires et à garantir la transparence des dépenses. Si elle parvient à équilibrer volontarisme politique et discipline budgétaire, l’Algérie pourrait amorcer un tournant décisif. Dans le cas contraire, ce budget record restera une vitrine ambitieuse mais fragile d’une transformation inachevée.