L'Espagne rappelle définitivement son ambassadrice d'Israël
Le gouvernement espagnol a officialisé le 11 mars 2026 le rappel définitif de son ambassadrice en Israël, Ana María Salomón Pérez, selon un décret publié au Bulletin officiel de l'État. Cette décision, prise sur proposition du ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares, confirme une rupture diplomatique amorcée depuis plusieurs mois entre Madrid et Tel-Aviv.
Le roi Felipe VI a formellement mis fin aux fonctions d'Ana María Salomón Pérez, en poste depuis juillet 2021, tout en la remerciant pour les services rendus. L'ambassade d'Espagne à Tel-Aviv sera désormais dirigée par un chargé d'affaires par intérim, un niveau de représentation diplomatique nettement inférieur à celui d'ambassadeur. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays.
Les relations hispano-israéliennes n'ont cessé de se détériorer depuis mai 2024, lorsque l'Espagne a reconnu officiellement un État palestinien. Une position qui distingue Madrid au sein de l'Union européenne. En réaction immédiate, Israël avait alors rappelé son propre ambassadeur, et aucun successeur n'a depuis été nommé. Les deux pays maintiennent ainsi leurs relations diplomatiques au niveau minimal.
Des tensions exacerbées par la guerre à Gaza
Le rappel initial de l'ambassadrice espagnole remonte à septembre 2025, après que Madrid a annoncé de nouvelles mesures visant à "mettre fin au génocide à Gaza". Le gouvernement de Pedro Sánchez avait notamment renforcé les restrictions sur le transit d'armes à destination d'Israël, une décision qui avait provoqué une vive réaction de Tel-Aviv.
Les échanges diplomatiques se sont envenimés lorsque le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié Pedro Sánchez d'"antisémite" et de "menteur", après que le Premier ministre espagnol eut exprimé son "admiration" pour des manifestants pro-palestiniens ayant perturbé la Vuelta cycliste. Ces accusations ont marqué un point de rupture dans le dialogue entre les deux capitales.
Le ministre José Manuel Albares, architecte de cette politique ferme vis-à-vis d'Israël, a multiplié les appels à l'Union européenne pour qu'elle adopte une position plus critique envers les actions israéliennes dans les territoires palestiniens. En février 2026, il avait notamment dénoncé les frappes israélo-américaines contre l'Iran, estimant qu'elles ne reposaient sur aucune base légale en droit international.
Un isolement diplomatique réciproque
Cette décision espagnole s'inscrit dans une dynamique plus large de prise de distance avec l'État hébreu. Madrid s'est déclaré prêt à déployer des soldats en Palestine dans le cadre d'une mission de maintien de la paix, confirmant ainsi son engagement en faveur d'une solution à deux États.
Du côté israélien, le gel des relations avec l'Espagne reflète une stratégie plus générale de confrontation avec les pays européens critiques de sa politique. Le poste d'ambassadeur israélien à Madrid demeure vacant depuis 2024, sans qu'aucune nomination ne soit envisagée à court terme. Les deux pays semblent ainsi s'installer dans une période durable de relations diplomatiques minimales.
Cette nouvelle étape marque un tournant historique dans les relations entre Madrid et Tel-Aviv, deux capitales qui entretenaient jusqu'à récemment des liens relativement cordiaux malgré leurs divergences sur la question palestinienne. Le rappel définitif de l'ambassadrice illustre la volonté du gouvernement Sánchez de maintenir une ligne ferme, quitte à assumer un isolement diplomatique vis-à-vis d'Israël.