Test civique obligatoire : dans les coulisses de l'examen qui conditionne le titre de séjour
Depuis le 1er janvier 2026, les étrangers souhaitant s'installer durablement en France doivent réussir un examen civique pour obtenir leur titre de séjour. Un samedi matin, dans un centre agréé de banlieue parisienne, trois candidats passent ce test qui fait débat. Entre questions d'histoire pointues et craintes de subjectivité éliminée, plongée dans cette nouvelle étape administrative.
Il est 9 heures, ce samedi matin à Saint-Ouen-l'Aumône, en région parisienne. Dans une salle d'un centre agréé par le ministère de l'Intérieur, trois candidats sont penchés sur des écrans. Pendant 45 minutes, ils doivent répondre à 40 questions sous forme de QCM pour espérer obtenir leur carte de résident de 10 ans. Parmi eux, Samuel, un Nigérien, et Bienvenu, un Congolais de 62 ans, racontent leur expérience à la journaliste Charlotte Boitot d'InfoMigrants.
« Pour moi, c'était un peu dur l'histoire des Français. Moi c'est zéro. C'est la première fois que je fais l'examen civique. J'ai pas eu le temps de préparer à cause du travail », confie Samuel après l'épreuve. Le lendemain, il apprendra qu'il a échoué d'un seul point, avec 31 bonnes réponses sur les 32 requises. Préparateur de commandes en Picardie, travaillant en horaires décalés, il n'a pas pu réviser.
Des questions qui vont de l'évident au pointu
Les 40 questions de l'examen couvrent cinq thématiques : les valeurs de la République, les droits et devoirs en France, l'histoire et la géographie, le système institutionnel et la vie en société. « Quel est le chef-lieu de la Bretagne ? », « Quelles sont les dates de la Première Guerre mondiale ? », « Qu'est-ce que l'hôtel Matignon ? » ou encore « Quel roi a été exécuté pendant la Révolution française ? ».
Le niveau varie considérablement. Bienvenu, le candidat congolais, témoigne : « Les questions ont été abordables. On m'a demandé ce que représente l'hôtel Matignon, qui est le chef du gouvernement. Bon, là où j'ai eu un peu de doute, c'est sur l'année à laquelle Napoléon est passé empereur ». À l'inverse, Charlie, une Camerounaise passant l'examen pour une carte pluriannuelle, a obtenu 38 sur 40 mais avoue n'avoir jamais entendu parler de Joséphine Baker avant ce jour.
Ce test remplace l'ancien entretien d'assimilation en préfecture, où un agent évaluait le candidat de manière plus subjective. « Avec un examen de ce type, tous les candidats étrangers sont sur un même pied d'égalité », explique la journaliste. Impossible de tricher : chaque candidat reçoit un QCM différent.
70 euros et des révisions obligatoires
Cette nouvelle procédure découle de la loi immigration de 2024. Les étrangers demandant pour la première fois une carte pluriannuelle (2 à 4 ans), une carte de résident (10 ans) ou la nationalité française doivent obligatoirement réussir ce test. L'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau avait déclaré en mai 2025 : « Devenir français, ça doit se mériter. On doit être très exigeant ».
Le test est payant : 70 euros dans le centre visité, un coût non négligeable pour des candidats qui peuvent devoir le repasser plusieurs fois. En cas d'échec, il est possible de retenter sa chance autant de fois que nécessaire. Samuel, malgré sa déception, se donne deux semaines de révision supplémentaires avant de se représenter.
Même les Français de naissance auraient du mal avec certaines questions, comme l'a démontré la journaliste en interrogeant sa collègue sur la date du sacre de Napoléon III ou la fréquence des élections européennes. Une manière de rappeler que ce test, censé mesurer l'intégration, pose aussi la question de ce que signifie réellement « connaître la France ».
Source : Reportage vidéo InfoMigrants, « Derrière l'image », mars 2026