Viande : le gouvernement appelle à une limitation de la consommation
Le gouvernement a dévoilé ce mercredi 11 février 2026 la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), un document attendu depuis plus de deux ans. Le texte préconise « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie » et appelle à « réduire la consommation de viande importée », dans un contexte de préoccupations croissantes liées à la santé publique et au réchauffement climatique.
Publié conjointement par les ministères de l'Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, ce document fixe le cap de la politique alimentaire française à l'horizon 2030. Il est issu de la Convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience adoptée en 2021, qui imposaient au gouvernement de définir une stratégie en la matière. Après des mois de tergiversations et de reports successifs — la publication était initialement prévue pour fin novembre 2025 —, le texte a finalement vu le jour.
Le choix sémantique ne relève pas du hasard. Le terme « limitation » a été préféré à celui de « réduction », fruit d'un arbitrage politique délicat entre le ministère de l'Agriculture, soucieux de ne pas braquer la filière élevage, et celui de la Transition écologique, partisan d'une formulation plus volontariste. « Matignon avait même proposé la formulation consommation de viande équilibrée en septembre », rapportent plusieurs sources proches du dossier. Une disposition sur les produits ultra-transformés a par ailleurs été supprimée de la version finale du texte.
Des objectifs sanitaires et climatiques convergents
La SNANC prône « une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS) », soit une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, accompagnée d'une limitation de la viande et de la charcuterie. En France, l'alimentation représente près d'un quart de l'empreinte carbone nationale, dont 61 % proviennent des produits d'origine animale.
Selon une étude du Réseau Action Climat et de la Société française de nutrition, une réduction de 50 % de la consommation de viande permettrait d'atteindre les objectifs climatiques fixés pour le pays tout en améliorant significativement la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires. Les modélisations montrent qu'une telle baisse contribuerait à la prévention du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers.
Le PNNS recommande déjà de limiter la viande rouge à moins de 500 grammes par semaine et la charcuterie à moins de 150 grammes. Pourtant, après deux décennies de baisse entre 1990 et 2012, la consommation de viande par habitant affiche une légère hausse depuis dix ans, progressant de 2 % entre 2013 et 2022, selon les chiffres du ministère de l'Agriculture.
Un texte jugé « timide » par les experts
Serge Hercberg, co-créateur du Nutri-Score, a salué la publication de la stratégie. « La SNANC fait un constat lucide de la situation nutritionnelle et environnementale », a-t-il reconnu, tout en regrettant « une frilosité et une timidité » sur plusieurs points : l'absence d'avancées en matière de réglementation de la publicité alimentaire ciblant les enfants et le silence sur les produits ultra-transformés.
Un collectif de onze associations, dont le Réseau Action Climat, avait en amont interpellé le gouvernement pour réclamer des objectifs chiffrés de réduction de la consommation de produits issus de l'élevage. Ces organisations se disaient « extrêmement inquiètes à l'idée que les objectifs chiffrés puissent disparaître du texte ». Le document final confirme en partie ces craintes : il ne détaille ni mesures contraignantes, ni calendrier précis, se contentant d'annoncer un suivi annuel de la consommation de viande.
Du côté des consommateurs, les habitudes évoluent lentement. Parmi les Français qui déclarent avoir réduit leur consommation de viande, le facteur économique arrive en tête des motivations (52 %), devant les raisons sanitaires (38 %) et environnementales (35 %). Le bien-être animal est cité par un tiers des répondants. La SNANC devra désormais se traduire en mesures concrètes pour infléchir durablement ces tendances.