L'Arcom inflige 100 000 euros d'amende à CNews pour incitation à la discrimination
Le régulateur de l'audiovisuel français a infligé 100 000 euros d'amende à CNews pour deux séquences de l'émission « L'Heure des Pros 2 Été », diffusées les 8 et 12 août 2025, jugées susceptibles d'inciter à la discrimination envers les Algériens et les Palestiniens. Les décisions, datées du 5 février, ont été publiées ce mercredi 11 février au Journal officiel.
L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a retenu un « défaut de maîtrise d'antenne » dans les deux cas. La première séquence, sanctionnée de 25 000 euros, remonte au 8 août 2025. Lors d'un débat consacré à une décision du Conseil constitutionnel sur la loi visant à faciliter le maintien en rétention administrative, l'ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes Noëlle Lenoir avait déclaré que « des millions d'Algériens présentent des risques majeurs » et qu'ils « peuvent sortir un couteau… ou prendre une voiture ».
L'Arcom a estimé que ces propos étaient « de nature à inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires à l'égard des ressortissants algériens vivant en France ». Aucune réaction contradictoire n'avait été apportée en plateau.
Une seconde séquence sanctionnée trois fois plus lourdement
La deuxième amende, de 75 000 euros, vise la séquence du 12 août 2025. L'ancienne membre du CSA Françoise Laborde, intervenant dans un débat sur un contrôleur aérien suspendu pour avoir dit « Free Palestine » à l'équipage d'une compagnie israélienne, avait qualifié les Palestiniens de « sauvages, sanguinaires », assimilant l'ensemble d'un peuple aux auteurs des attaques terroristes du 7 octobre 2023.
Dans la même séquence, un autre intervenant avait évoqué « un grand nombre de bagagistes marqués physiquement par la religion musulmane » dans les aéroports, sans que la rédaction n'apporte de contradiction. Le régulateur a jugé ces propos discriminatoires envers l'ensemble des Palestiniens et des musulmans.
Un contexte tumultueux pour la chaîne Bolloré
Ces sanctions s'inscrivent dans une période particulièrement agitée pour CNews. Lundi 9 février, l'animateur vedette Jean-Marc Morandini s'est retiré de l'antenne après des condamnations judiciaires définitives, notamment pour corruption de mineurs. Son maintien à l'écran avait provoqué la démission de la journaliste Sonia Mabrouk, l'un des visages les plus emblématiques de la chaîne.
Depuis 2017, CNews a fait l'objet de sept mises en demeure et d'une cinquantaine de rappels à l'ordre de la part du régulateur. Avec sa consœur C8, autre chaîne du groupe Bolloré qui a cessé d'émettre en mars 2025, elles cumulent plus de 52 sanctions et demeurent les seules antennes françaises à avoir été condamnées à des amendes pour propos discriminatoires ou incitation à la haine. Le total des amendes infligées à CNews s'élève désormais à 630 001 euros en sept ans.
L'Arcom rappelle dans ses décisions qu'elle avait déjà mis en demeure CNews à plusieurs reprises de veiller « à ne pas encourager des comportements discriminatoires ». La chaîne d'information, propriété du milliardaire Vincent Bolloré, n'a pas réagi dans l'immédiat à ces nouvelles sanctions.