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Manque de sommeil : les dangers insoupçonnés qui menacent votre santé

Nous passons un tiers de notre vie à dormir, mais nous sommes de plus en plus nombreux à négliger ce pilier fondamental de notre santé. En France, 45 % de la population déclare souffrir d'au moins un trouble du sommeil. Deuxième facteur de risque de mortalité après le tabac selon une étude récente, le manque de sommeil provoque des ravages silencieux sur le corps et l'esprit. Décryptage d'un fléau sanitaire en pleine expansion.

Le sommeil repose sur un mécanisme biologique précis : le rythme nycthéméral, cette alternance naturelle entre éveil et repos, régulée notamment par la mélatonine. « C'est un phénomène à la fois hormonal et biologique, lié à l'environnement extérieur. La lumière joue un rôle fondamental sur la synthèse hormonale », explique le docteur Kierzek, médecin urgentiste, dans une chronique consacrée au sujet. Chaque nuit, notre organisme enchaîne quatre à cinq cycles de 60 à 90 minutes, alternant sommeil lent – phase de récupération – et sommeil paradoxal, associé à l'activité cérébrale et aux rêves.

Mais tout le monde ne dort pas de la même manière. Si les Français dorment en moyenne 7 h 13 par nuit, les besoins varient considérablement d'un individu à l'autre. Certains se contentent de cinq à six heures, quand d'autres ne fonctionnent pas en dessous de huit heures. « Il faut que vous ayez votre propre horloge biologique et votre propre rythme », insiste le praticien. Ce qui compte avant tout, c'est la régularité : un rythme de coucher irrégulier dérègle les mécanismes hormonaux et explique que 10 % des Français souffrent d'insomnie chronique.

Un corps qui souffre en silence

Les conséquences physiques du manque de sommeil sont aujourd'hui scientifiquement établies. Une étude publiée en décembre 2025 dans la revue Sleep Advances par l'Oregon Health & Science University a révélé que le déficit de sommeil constitue le deuxième facteur le plus prédictif d'une espérance de vie réduite, juste derrière le tabagisme. Son impact sur la longévité dépasse celui d'une alimentation déséquilibrée, de la sédentarité ou même de l'isolement social.

Sur le plan cardiovasculaire, le risque d'accident vasculaire cérébral est multiplié par quatre chez les personnes en dette de sommeil chronique. Le métabolisme du diabète se dérègle, l'obésité guette – avec un surrisque de 55 % chez l'adulte et de 89 % chez l'enfant. « Quand on travaille la nuit, le risque de surpoids est augmenté. On a moins de satiété, plus d'appétit, et ces phénomènes combinés aboutissent au surpoids », détaille le docteur Kierzek. La fertilité masculine est également touchée, avec une diminution notable de la spermatogenèse. À plus long terme, des surrisques de cancer sont en cours d'étude.

Le syndrome d'apnée du sommeil, qui touche 9 % des Français, aggrave encore le tableau. Ces pauses respiratoires nocturnes provoquent des micro-réveils qui détériorent la qualité du repos, entraînant fatigue chronique et endormissements impromptus dans la journée.

L'esprit aussi paie le prix fort

Les dégâts ne s'arrêtent pas au corps. L'enquête INSV/Fondation VINCI Autoroutes de 2025 révèle que 37 % des Français anxieux et 40 % des personnes dépressives présentent une somnolence excessive. À l'inverse, 75 % des personnes souffrant de troubles psychologiques ont des troubles du sommeil associés. Un cercle vicieux que peu de patients identifient spontanément.

Chez les adolescents, le manque de sommeil se traduit par des difficultés d'apprentissage et de mémorisation. Chez les adultes, l'irritabilité et les symptômes dépressifs s'installent. Le monde médical n'est pas épargné : les professionnels de santé en sortie de garde présentent un surrisque d'accident lié à l'inattention. « Il y a beaucoup d'études qui ont montré une capacité opératoire diminuée », reconnaît le médecin, rappelant que les repos de sécurité ont été imposés dans les hôpitaux pour protéger les patients.

La somnolence au volant reste par ailleurs impliquée dans 10 à 20 % des accidents de la route en France, un chiffre qui interpelle alors que les Français se couchent de plus en plus tard – en moyenne à 23 h 11 en semaine selon les dernières données.

Face à cette crise sanitaire silencieuse, le gouvernement a dévoilé en 2025 une feuille de route interministérielle plaçant le sommeil au même niveau que l'alimentation et l'activité physique. Le carnet de santé de l'enfant intègre désormais des rubriques spécifiques, et les consultations de prévention incluent un repérage structuré des troubles du sommeil. Des mesures qui témoignent d'une prise de conscience tardive mais nécessaire face à un enjeu que la science qualifie désormais de priorité absolue.

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