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Sukuk souverains : l'Algérie lève 2,3 milliards de dollars sans intérêt

L'Algérie a franchi un cap historique en lançant, le 27 janvier 2026, sa toute première émission de sukuk souverains, levant 296,65 milliards de dinars, soit environ 2,3 milliards de dollars. Un instrument financier conforme à la charia, adossé à des actifs publics réels, qui marque l'entrée du pays dans l'ère de la finance islamique souveraine.

Plutôt que d'émettre des obligations classiques portant intérêt, comme le font la plupart des États occidentaux, l'Algérie a choisi une voie radicalement différente. Le mécanisme retenu, dit sukuk ijara, repose sur un principe simple : l'État met sur la table des actifs immobiliers publics – terrains, bâtiments administratifs, infrastructures – et les investisseurs achètent un droit d'usage sur ces biens. En contrepartie, ils perçoivent non pas des intérêts, mais des loyers annuels de 6 %, le tout exonéré d'impôt.

« Il ne s'agit pas de prêter de l'argent à l'État, il s'agit d'acheter une part d'un actif réel », résume une vidéo explicative largement diffusée sur les réseaux sociaux. L'effet économique reste comparable à celui d'une obligation classique, mais la structure évite le riba – l'intérêt usuraire interdit par la finance islamique – en ancrant chaque transaction dans un bien tangible.

Un contexte budgétaire sous haute pression

Ce virage n'est pas anodin. L'Algérie fait face à des tensions budgétaires croissantes. Le Fonds de régulation des recettes, qui servait historiquement d'amortisseur financier, a été totalement épuisé en 2024. Le déficit budgétaire est projeté à 12,4 % du PIB pour 2026, tandis que la dette publique, estimée à 48,5 % du PIB en 2024, pourrait dépasser les 60 % à court terme. Le FMI a appelé Alger à engager une consolidation budgétaire « ambitieuse », de l'ordre de 5 % du PIB d'ici 2028.

Dans ce contexte, les sukuk répondent à un double objectif : diversifier les sources de financement de l'État, encore largement dépendant des hydrocarbures, et capter l'épargne informelle, estimée à près de 10 000 milliards de dinars circulant hors du système bancaire. La souscription est ouverte aux personnes physiques et morales algériennes, résidentes ou à l'étranger, via des coupures accessibles de 100 000 et 1 000 000 de dinars.

Un pari stratégique aux ambitions régionales

L'article 179 de la loi de finances 2025 a posé le cadre juridique de cette émission inaugurale. Le projet de loi de finances 2026 va plus loin en autorisant l'adossement des sukuk au domaine privé de l'État – et non plus seulement au domaine public, par nature inaliénable. Un régime fiscal incitatif est également instauré : exonération d'IRG et d'IBS pendant au moins cinq ans pour toutes les émissions réalisées entre 2026 et 2030.

Les sukuk algériens s'inscrivent dans une dynamique continentale. Les émissions de sukuk en Afrique ont bondi à 3 milliards de dollars en 2025, contre seulement 112 millions l'année précédente. À l'échelle mondiale, les émissions de sukuk ont atteint 265 milliards de dollars en 2025 selon S&P Global Ratings, avec une projection de 270 à 280 milliards pour 2026. L'Algérie, dont le budget 2026 atteint des records, entend se positionner comme un acteur majeur de ce marché en pleine expansion.

La finance islamique représente déjà près de 6 % du marché bancaire national, avec plus de 900 milliards de dinars mobilisés en cinq ans et un objectif de 1 500 milliards d'ici 2030. En cas de succès de cette première émission, les autorités n'excluent pas de proposer à terme des sukuk libellés en devises étrangères pour attirer les capitaux internationaux. Une ambition qui, si elle se concrétise, pourrait faire de l'Algérie un modèle de résilience économique dans un contexte de défis structurels persistants.

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