Algérie, Maroc, Tunisie : les barrages du Maghreb retrouvent enfin leurs niveaux
Après plusieurs années de stress hydrique sévère, les trois pays du Maghreb central enregistrent un rebond spectaculaire de leurs réserves en eau. Portée par des précipitations hivernales exceptionnelles, la saison 2025-2026 marque un tournant : le Maroc dépasse 70 % de taux de remplissage de ses barrages, l'Algérie atteint 44 % et la Tunisie franchit le seuil symbolique des 50 %. Un répit salutaire, mais que les experts appellent à ne pas confondre avec la fin de la crise.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Au Maroc, les retenues des barrages ont atteint 11,8 milliards de mètres cubes à la mi-février 2026, soit un taux de remplissage national de 70,3 %. C'est une hausse de plus de 150 % par rapport à la même période de l'année précédente. Le ministre marocain de l'Équipement et de l'Eau, Nizar Baraka, a affirmé que ces réserves « garantissent l'approvisionnement en eau potable pour une période allant d'un à trois ans selon les régions ». Les bassins du Sebou, du Loukkos et du Bouregreg dépassent 90 % de capacité, tandis que le barrage Al Wahda, le plus grand du pays, est rempli à 88 %.
Cette embellie met fin à un cycle de sept années de sécheresse consécutives, entamé en 2018, qui avait fait chuter les niveaux des barrages à des seuils critiques. « C'est un niveau inédit depuis 2015 », soulignent les analyses du site Medias24, rappelant que le taux national était encore à 27,7 % en janvier 2025. Les précipitations cumulées entre septembre 2025 et janvier 2026 ont atteint 108 millimètres, soit 95 % de plus que l'année précédente.
L'Algérie reprend des couleurs malgré des disparités régionales
De l'autre côté de la frontière, l'Algérie connaît une dynamique similaire. Le taux de remplissage national a grimpé à 44 %, avec plus de 3 milliards de mètres cubes stockés dans les 81 barrages opérationnels du pays. C'est un niveau que le pays n'avait pas atteint depuis 2019. Huit infrastructures, dont les barrages de Seklafa à Laghouat et de Bouzegza à Tissemsilt, affichent un remplissage de 100 %.
Toutefois, les disparités régionales restent marquées. L'Est du pays tire la moyenne vers le haut avec un taux de 58 %, tandis que l'Ouest se situe à 40,7 % et le Centre peine à dépasser les 20 %. « Le maintien des chutes de neige sur les reliefs devrait consolider ces réserves », estiment les experts, la fonte progressive des neiges assurant un apport durable vers les nappes souterraines et les retenues. Cinq nouveaux barrages sont par ailleurs en construction, promettant 300 millions de mètres cubes de capacité supplémentaire. L'Algérie mise aussi sur le dessalement, avec l'objectif de couvrir 60 % de ses besoins en eau potable d'ici 2030.
La Tunisie respire, mais reste vulnérable
En Tunisie, le contraste avec la situation de fin 2024 est saisissant. Le taux de remplissage des barrages est passé de 19,6 % en décembre 2024 à environ 50 % en février 2026, avec des réserves estimées à 1,2 milliard de mètres cubes. Six barrages de la région de Nabeul et du Sahel central ont atteint leur pleine capacité. Dans le nord et le nord-ouest, les retenues dépassent 70 %, le barrage stratégique de Sidi El Barrak étant rempli à 100 %.
L'expert en eau Abdallah Rabhi a salué le franchissement du seuil des 40 % dès fin janvier, un signal encourageant pour l'agriculture et l'alimentation en eau potable. Néanmoins, la Tunisie reste classée parmi les pays les plus exposés au stress hydrique. Le président Kaïs Saïed a lui-même mis en garde contre toute tentation de relâchement, rappelant que « l'eau est une question de sécurité nationale ».
Ce rebond généralisé au Maghreb offre un répit bienvenu, mais il ne doit pas occulter les fragilités structurelles. Comme le soulignent les analyses de Mediaterranee sur les économies du Maghreb en 2026, la gestion durable des ressources hydriques reste un défi central pour la stabilité économique de la région. Les déficits accumulés dans certains bassins stratégiques, comme celui d'Al Massira au Maroc, montrent que la bataille de l'eau est loin d'être gagnée. La combinaison du dessalement, de la réutilisation des eaux usées et de la rationalisation des usages demeure la seule voie viable face au changement climatique.