Cisjordanie : l'Égypte et sept pays condamnent les mesures foncières israéliennes
Huit pays arabes et musulmans, parmi lesquels l'Égypte, l'Arabie saoudite, la Jordanie et la Turquie, ont condamné « dans les termes les plus forts » les nouvelles mesures foncières adoptées par le gouvernement israélien en Cisjordanie occupée. Ces décisions, perçues comme une étape vers une annexion de facto du territoire palestinien, suscitent une vague de réprobation internationale qui ne cesse de s'amplifier.
Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a approuvé, samedi 15 février 2026, le lancement d'un processus d'enregistrement foncier en Cisjordanie occupée, le premier depuis 1967. Cette mesure, portée par le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Justice Yariv Levin, prévoit un budget de 244 millions de shekels (environ 67 millions d'euros) pour régulariser les titres de propriété dans la zone C, qui représente environ 60 % du territoire cisjordanien.
Concrètement, ce plan permet d'enregistrer des terres de Cisjordanie comme « propriété d'État », tout en abrogeant une loi datant de plusieurs décennies qui interdisait aux citoyens israéliens d'acheter directement des terres dans ce territoire. « Les Palestiniens qui considéraient que ces terres leur appartenaient découvriront qu'elles ne leur appartiennent pas », a résumé Yonatan Mizrachi, de l'ONG Peace Now.
Une condamnation unanime du monde arabe et musulman
Dans un communiqué conjoint publié lundi 17 février, les ministres des Affaires étrangères d'Arabie saoudite, d'Égypte, de Turquie, du Qatar, de Jordanie, des Émirats arabes unis, d'Indonésie et du Pakistan ont « fermement condamné les décisions et mesures israéliennes illégales visant à imposer une souveraineté israélienne » sur la Cisjordanie. Ils accusent Israël de mettre en place « une nouvelle réalité juridique et administrative » qui accélère « l'annexion illégale et le déplacement du peuple palestinien ».
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a qualifié ces mesures d'« escalade dangereuse visant à consolider le contrôle israélien sur les territoires palestiniens occupés », dénonçant une « violation flagrante » du droit international et de la Quatrième Convention de Genève. Le roi Abdallah II de Jordanie a, quant à lui, averti que ces actions illégales en Cisjordanie menacent « d'aggraver le conflit ».
Le Qatar a dénoncé des mesures qui reviennent à « une extension des projets [d'Israël] de priver le peuple palestinien de ses droits », tandis que l'Arabie saoudite a estimé qu'elles « sapent les efforts en cours pour parvenir à la paix ».
Une mobilisation internationale croissante
La réprobation dépasse largement le monde arabe. L'Union européenne a qualifié ces mesures de « nouvelle escalade », rappelant que « l'annexion est illégale en vertu du droit international ». Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a exigé un retour immédiat sur ces décisions, qu'il juge « non seulement déstabilisantes, mais illégales », conformément à l'avis de la Cour internationale de justice.
Ce mardi 18 février, plus de 85 États membres de l'ONU, parmi lesquels la France, la Chine, la Russie et l'Australie, ont signé une déclaration commune exprimant leur « ferme opposition à toute forme d'annexion ». L'Autorité palestinienne a pour sa part qualifié ces mesures de « juridiquement nulles », y voyant « le début de facto d'un processus d'annexion ».
Les États-Unis, en revanche, ne figurent pas parmi les signataires. Si le président Donald Trump avait déclaré en septembre 2025 qu'il « ne permettrait pas à Israël d'annexer la Cisjordanie », son administration s'est abstenue de critiquer directement ces dernières mesures, malgré l'indignation internationale.
Ces décisions interviennent dans un contexte d'accélération de la colonisation en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023. Plus de 500 000 colons israéliens vivent aujourd'hui dans ce territoire aux côtés de quelque trois millions de Palestiniens, dans des implantations jugées illégales par l'ensemble de la communauté internationale. Le projet de Smotrich vise explicitement, selon ses propres termes, à « bloquer l'établissement d'un État palestinien ».