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Leïla Shahid, voix emblématique de la Palestine en France, est morte à 76 ans

Leïla Shahid, figure majeure de la diplomatie palestinienne et ancienne déléguée générale de la Palestine en France puis auprès de l'Union européenne, est décédée ce mercredi 18 février 2026 à son domicile de Lecques, dans le Gard. Elle avait 76 ans. Sa disparition marque la fin d'un parcours exceptionnel au service de la cause palestinienne, qu'elle a incarnée pendant plus de deux décennies sur la scène diplomatique européenne.

C'est sa sœur Zeina qui a annoncé la nouvelle à l'AFP, confirmant une information publiée par Le Monde. Selon sa famille, Leïla Shahid était "gravement malade depuis plusieurs années". Une enquête a été ouverte pour "recherche des causes de la mort", comme c'est l'usage en pareilles circonstances. Son corps a été retrouvé à son domicile de Lecques, petit village gardois où elle s'était installée après sa retraite diplomatique.

Née à Beyrouth le 13 juillet 1949, Leïla Shahid était issue de deux grandes familles palestiniennes historiquement engagées dans le mouvement national : les al-Husseini et les al-Alami. Petite-nièce du mufti de Jérusalem Amin al-Husseini et cousine de Yasser Arafat, elle portait dans son histoire familiale le récit même de l'exil palestinien. Ses parents, originaires d'Acre et de Jérusalem, avaient trouvé refuge au Liban, où elle grandit avec ses deux sœurs.

Après des études d'anthropologie et de psychologie à l'Université américaine de Beyrouth, elle travaille dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban. En 1974, elle rejoint Paris pour y poursuivre un doctorat en anthropologie à l'École pratique des hautes études. C'est dans la capitale française qu'elle rencontre l'écrivain Jean Genet, dont elle devient proche. En 1976, elle prend la tête de l'Union des étudiants palestiniens en France.

Une pionnière de la diplomatie palestinienne

Son engagement politique prend un tournant décisif en 1989, lorsque Yasser Arafat la recrute pour représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger. Elle devient alors la première femme à occuper un poste d'ambassadrice pour la Palestine, un fait sans précédent. De 1989 à 1993, elle représente l'OLP en Irlande, aux Pays-Bas et au Danemark.

En 1994, elle est nommée déléguée générale de la Palestine en France, poste qu'elle occupe pendant plus d'une décennie, dans le contexte porteur des accords d'Oslo. Son charisme, son éloquence et sa maîtrise du français font d'elle une interlocutrice incontournable du débat public hexagonal sur le conflit israélo-palestinien. Elle intervient régulièrement dans les médias, sur les plateaux de télévision et lors de conférences à travers toute la France.

De 2005 à 2015, elle poursuit son action diplomatique comme ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg. En 2012, elle obtient le rehaussement de son titre en ambassadeur à Bruxelles, grâce à une décision du ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders, élevant ainsi le statut de la représentation palestinienne en Europe.

Un engagement au-delà de la diplomatie

Leïla Shahid comptait parmi les premiers Palestiniens à avoir établi des contacts avec des Israéliens favorables à la paix. En 2009, elle cofonde le Tribunal Russell sur la Palestine, aux côtés du politique britannique Ken Coates et de l'activiste israélienne Nurit Peled-Elhanan, une initiative visant à examiner les violations du droit international dans les territoires occupés.

En 2004, elle se trouve aux côtés de Yasser Arafat durant ses derniers jours à l'hôpital militaire de Percy, à Clamart. La disparition du leader palestinien la marque profondément. En 2015, elle renonce à ses fonctions diplomatiques, exprimant une forme de lassitude. "La diplomatie, qu'elle soit palestinienne ou arabe, est inefficace", confie-t-elle à Jeune Afrique en 2019. Elle se consacre alors à l'action culturelle au service de la diaspora palestinienne, soutenant notamment le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient depuis sa retraite gardoise.

L'actuelle ambassadrice de la Palestine en France, Hala Abou-Hassira, a salué sur le réseau social X "une ambassadrice iconique", déplorant "une immense perte pour la Palestine, et pour le monde qui croit en la justice". Le Centre arabe de recherches et d'études politiques (CAREP Paris) a également rendu hommage à celle qu'il qualifie de "figure majeure de la diplomatie palestinienne".

Avec la disparition de Leïla Shahid, c'est une voix singulière qui s'éteint. Celle d'une femme qui, de Beyrouth à Paris, de Dublin à Bruxelles, aura consacré sa vie à porter la parole d'un peuple en exil sur la scène internationale. Son parcours restera comme celui d'une pionnière, première femme ambassadrice de Palestine, qui a su donner un visage humain et éloquent à la cause palestinienne en Europe.

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