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Une fake news de l'extrême droite vise le nouveau maire LFI de Saint-Denis

Élu maire de Saint-Denis le 15 mars 2026 avec 50,77% des voix dès le premier tour, Bally Bagayoko est devenu la cible d'une campagne de désinformation orchestrée par l'extrême droite. Le candidat de La France insoumise (LFI), qui a ravi la ville aux socialistes, est accusé à tort d'avoir déclaré que Saint-Denis était la ville des Noirs, des propos qu'il n'a jamais tenus. CheckNews de Libération a retracé l'itinéraire de cette intox qui a fini par atteindre les plateaux de télévision.

Tout commence dans la nuit du 15 au 16 mars, vers minuit trente. Invité sur LCI par le journaliste Darius Rochebin après sa victoire historique, Bally Bagayoko évoque l'identité de sa ville en déclarant : la ville des Rois et du peuple vivant. Une référence à la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France, et aux habitants de cette commune populaire de Seine-Saint-Denis.

Mais dans le tumulte de l'interview en direct, certains téléspectateurs croient entendre la ville des Noirs. Cette mauvaise interprétation, facilitée par la qualité sonore de la retransmission et les voix qui se chevauchent, se propage rapidement sur les réseaux sociaux. Des vidéos tronquées ou de mauvaise qualité audio circulent, alimentant la confusion.

L'extrême droite s'empare de l'intox

Dès le 16 mars, des figures de l'extrême droite relaient massivement cette fausse citation. Jean Messiha, candidat malheureux de Reconquête à Évreux, tweete : Saint-Denis était la ville des rois, aujourd'hui c'est la ville des Noirs. Gilbert Collard, Emmanuel de Villiers et même Renaud Camus, théoricien du Grand Remplacement, participent à la diffusion de cette intox.

La fake news traverse toute la galaxie de l'extrême droite en quelques heures. L'objectif est clair : discréditer la victoire du premier maire LFI d'une ville de plus de 100 000 habitants en France. Le contexte post-électoral amplifie la propagation : la droite et l'extrême droite n'ont pas digéré la défaite du socialiste sortant Mathieu Hanotin face à Bally Bagayoko.

Le mardi 17 mars au matin, l'intox franchit un cap. Apolline de Malherbe, animatrice vedette de RMC et BFMTV, reçoit Bally Bagayoko dans son émission matinale et l'interroge sur ces prétendus propos. Le nouveau maire rectifie immédiatement : Ce n'est pas la ville des Noirs, c'est la ville des Rois et du peuple vivant.

Excuses et fact-checking

Quelques heures plus tard, Apolline de Malherbe publie un message d'excuse sur le réseau social X : Dans le tumulte du direct, j'avais mal entendu ses propos dimanche soir à minuit, et j'en suis désolée. Ses mots exacts étaient ville des rois et du peuple vivant. Il a eu l'occasion de le dire ce matin dans mon émission. Un mea culpa qui intervient après que de nombreux internautes aient retrouvé la vidéo originale de LCI, où l'on entend distinctement les véritables paroles du maire.

L'Agence France-Presse (AFP) et CheckNews ont confirmé que Bally Bagayoko n'a jamais prononcé la phrase ville des Noirs. La séquence originale partagée par le compte X de LCI ne laisse aucun doute : le maire parle bien de la ville des Rois et du peuple vivant, une formule qui célèbre à la fois l'histoire royale de Saint-Denis et sa population actuelle.

Cette affaire illustre la mécanique bien rodée de la désinformation à l'ère des réseaux sociaux : une mauvaise interprétation initiale, amplifiée par des figures politiques malveillantes, peut rapidement contaminer le débat médiatique mainstream. Elle rappelle aussi la responsabilité des journalistes à vérifier leurs sources avant de relayer des informations, même en direct.

Bally Bagayoko, 40 ans, enfant de Saint-Denis élevé dans les quartiers populaires, a fait campagne sur les thématiques sociales et la proximité avec les habitants. Sa victoire marque un tournant politique pour cette ville symbolique, berceau des rois de France devenue laboratoire des politiques de gauche radicale.

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