Stella Rocha affirme avoir compté des politiques parmi ses anciens clients
Ancienne prostituée transgenre brésilienne ayant exercé pendant une décennie au Bois de Boulogne, à Paris, Stella Rocha a relancé le débat sur la prostitution en France en affirmant, sur les ondes de RMC, que sa clientèle avait compté des personnalités politiques, des acteurs et des journalistes. Une déclaration choc, formulée à l'occasion du dixième anniversaire de la loi du 13 avril 2016 qui a instauré la pénalisation des clients, et qui interpelle directement les élus tenant publiquement un discours hostile au travail du sexe.
L'intervention, diffusée dans l'émission « Les Grandes Gueules » de RMC, n'a livré aucun nom et n'a pas davantage ouvert la voie à un dépôt de plainte. Ces propos relèvent d'un témoignage personnel et n'ont pas été corroborés par des sources indépendantes à ce stade. « À la télé, j'entends des politiques qui parlent mal de la prostitution… alors que parmi mes clients il y avait des politiques, des acteurs, des journalistes », a déclaré l'intéressée, en pointant ce qu'elle décrit comme un double discours assumé par certains responsables publics français.
Née Marco en 1973 à Belém, en Amazonie brésilienne, Stella Rocha avait débarqué à Paris à l'âge de 20 ans, en 1993. Pendant dix ans, elle a arpenté l'allée de la Reine-Marguerite, dans le Bois de Boulogne, lieu qui rassemblait alors plusieurs centaines de travailleuses du sexe transgenres, dans leur grande majorité brésiliennes. Devenue figure des nuits parisiennes au Folies Pigalle ou au Banana Café, elle s'est ensuite reconvertie au théâtre et au cinéma, après avoir été repérée par Laurent Baffie.
Une accusation de double discours qui agite le débat public
En interpellant directement les élus, Stella Rocha vise un point particulièrement sensible du débat français : la dissonance, selon elle, entre la posture publique de certains responsables et leurs comportements privés. Aucun nom n'étant cité, la justice ne peut se saisir de ces déclarations, mais le retentissement médiatique a été immédiat. L'extrait de l'émission a circulé massivement sur les réseaux sociaux, ravivant une suspicion récurrente dans l'opinion à propos des contradictions supposées de certains élus sur les sujets de mœurs et de société.
Stella Rocha est également l'auteure d'un récit autobiographique, Allée de la Reine Marguerite, coécrit avec le journaliste Yannis Ezziadi. Elle y raconte sans tabou son arrivée en France, la rudesse du Bois et la solidarité parfois trouvée entre travailleuses transgenres. L'ouvrage, salué pour sa franchise, donne une voix à un milieu longtemps cantonné à l'ombre. La condamnation récente de l'Assurance maladie pour discrimination envers une femme transgenre à Grenoble illustre par ailleurs combien la place des personnes trans dans la société française demeure un sujet vif et clivant, au croisement du droit, de la santé et des libertés individuelles.
La loi de 2016 sur la sellette, dix ans après
Ce témoignage intervient au moment où la loi du 13 avril 2016 fête ses dix ans d'application. Le texte, qui a supprimé le délit de racolage et instauré la pénalisation des clients, prévoit une amende pouvant atteindre 3 750 euros pour tout recours à des actes sexuels tarifés. Il a également mis en place un parcours de sortie de la prostitution destiné aux quelque 40 000 personnes concernées en France, avec un accompagnement social, médical et administratif assuré par le tissu associatif et financé par l'État.
Le bilan reste contrasté. Ses partisans soulignent que près de 10 000 clients ont été verbalisés et que 65 réseaux de proxénétisme ont été démantelés en 2024. Ses détracteurs, parmi lesquels Médecins du monde, jugent au contraire la loi contre-productive : elle aurait poussé l'activité vers des espaces moins visibles, plus précaires et plus dangereux pour les personnes prostituées elles-mêmes. Depuis 2016, la prostitution s'est massivement déplacée vers les annonces en ligne et les réseaux sociaux, rendant le suivi sanitaire et social bien plus difficile à assurer pour les associations. Sur le plan judiciaire, les affaires retentissantes liées au transport de personnes à des fins de prostitution rappellent l'ampleur internationale du dossier.
Aucune révision du texte n'est pour l'heure inscrite à l'ordre du jour parlementaire, mais les associations de terrain plaident pour une évaluation indépendante du dispositif. Le témoignage de Stella Rocha, par sa charge symbolique, pourrait nourrir ce débat et alimenter, à tout le moins, la réflexion sur les contradictions assumées — ou non — par la classe politique française face à un phénomène qui n'a pas disparu, mais s'est simplement déplacé hors du champ visible.