Créer sa startup en Algérie : guide juridique et pratique pour entrepreneurs
L'Algérie connaît depuis 2020 une transformation majeure de son écosystème entrepreneurial. Le cadre juridique dédié aux startups, structuré autour du décret exécutif n° 20-254 et enrichi par des textes successifs, offre désormais aux porteurs de projets innovants un environnement réglementaire complet. Entre exonérations fiscales substantielles, formes juridiques adaptées et mécanismes de financement public, le pays méditerranéen ambitionne de devenir un hub technologique régional. Ce dossier décrypte les rouages administratifs et les opportunités pour tout entrepreneur souhaitant se lancer.
La création d'une startup en Algérie s'inscrit dans un cadre juridique spécifique, distinct du régime classique des sociétés commerciales. Le décret exécutif n° 20-254 du 15 septembre 2020 constitue la pierre angulaire de cet écosystème. Il définit une startup comme « toute société de droit algérien ayant obtenu un label startup après avoir rempli les critères définis ». Cette définition implique une double démarche : créer d'abord une société commerciale, puis solliciter la labellisation pour accéder aux avantages réservés.
Les critères d'éligibilité au label sont précis. L'entreprise ne doit pas exister depuis plus de huit ans. Son modèle économique doit reposer sur des produits, services ou concepts innovants. Elle doit être détenue à au moins 50% par des personnes physiques, des fonds d'investissement agréés ou d'autres sociétés elles-mêmes labellisées. Le label, octroyé pour quatre ans renouvelables une fois, ouvre la porte à un arsenal d'avantages fiscaux considérables.
Les formes juridiques adaptées aux startups
Le choix de la structure juridique conditionne la gouvernance, la fiscalité et les possibilités de levée de fonds. Quatre options principales s'offrent aux entrepreneurs algériens.
La SARL (Société à Responsabilité Limitée) demeure la forme la plus répandue. Elle accueille de 2 à 7 associés, avec un capital minimum de 100 000 DZD. La responsabilité des associés est limitée à leurs apports, protégeant ainsi leur patrimoine personnel. Cette structure convient aux projets nécessitant peu d'investisseurs externes.
L'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) répond aux besoins des entrepreneurs solos. Elle présente les mêmes avantages que la SARL en termes de protection patrimoniale, tout en permettant une gestion simplifiée.
La SPAS (Société Par Actions Simplifiée) représente l'innovation majeure introduite par la loi n° 22-09 publiée au Journal officiel n°32. Cette forme juridique, exclusivement réservée aux sociétés labellisées startup, constitue un « hybride entre la SARL et la SPA », selon les termes du législateur. Ses atouts sont multiples :
- Aucun capital minimum obligatoire : les fondateurs fixent librement le montant
- Apports en industrie autorisés : un associé peut contribuer par son savoir-faire ou son travail, recevant des actions en contrepartie
- Gouvernance flexible : les statuts définissent l'organisation interne sans contraintes légales rigides
- Facilité d'entrée et sortie des investisseurs : idéal pour les levées de fonds successives
Particularité notable : les apports en industrie ne concourent pas à la formation du capital social mais ouvrent droit au partage des bénéfices. Si un associé apporte 500 000 DZD en numéraire et un autre 400 000 DZD en industrie, le capital social s'établit à 500 000 DZD uniquement.
Procédures administratives et immatriculation
La création d'entreprise en Algérie s'effectue auprès du Centre National du Registre de Commerce (CNRC). La plateforme sidjilcom.cnrc.dz permet désormais de réaliser l'ensemble des formalités en ligne, réduisant considérablement les délais.
Les étapes clés se décomposent ainsi :
- Réservation du nom commercial : proposer 4 dénominations par ordre de préférence. Le délai de validité est de 6 mois, renouvelable une fois
- Rédaction des statuts : passage obligatoire chez le notaire pour les personnes morales
- Publication au BOAL : insertion au Bulletin Officiel des Annonces Légales (coût : 7 000 DZD)
- Paiement des droits : timbre fiscal de 4 000 DZD et droits d'inscription variables selon le capital
- Immatriculation au CNRC : obtention du registre de commerce sous 24 à 72 heures
- Déclarations fiscales et sociales : inscription aux impôts, à la CASNOS (dans les 10 jours) et obtention du NIS
Le coût global pour une SARL oscille entre 150 000 et 300 000 DZD (1 000 à 2 000 euros), incluant frais notariés, dépôt de capital et enregistrement. La dématérialisation progressive des procédures permet aujourd'hui de rendre une entreprise opérationnelle en une journée.
Les avantages fiscaux constituent l'argument majeur de la labellisation. Selon l'article 33 de la loi de finances 2020 et ses modifications ultérieures, les startups labellisées bénéficient de :
- Exonération de la TAP (Taxe sur l'Activité Professionnelle) pendant 4 ans
- Exonération de l'IRG ou de l'IBS (Impôt sur le Revenu Global ou Impôt sur les Bénéfices des Sociétés) pendant 4 ans, avec une année supplémentaire en cas de renouvellement du label
- Exonération de TVA sur les équipements d'investissement
- Droits de douane réduits à 5% pour les équipements importés nécessaires au projet
Le décret exécutif n° 23-323 du 6 septembre 2023 a précisé les modalités d'octroi de ces avantages, renforçant la sécurité juridique pour les bénéficiaires. Plus récemment, le décret n° 25-311 du 1er décembre 2025 a complété le dispositif initial.
Côté financement, l'Algeria Startup Fund (ASF), créé en octobre 2020, joue un rôle central. Ce fonds de capital-risque public, né de la collaboration entre le ministère délégué aux Startups et six banques publiques, a déjà investi dans plus de 130 startups. Ses tickets d'investissement varient de 30 000 à 145 000 dollars en phase d'amorçage, pouvant atteindre 1 million de dollars via des fonds publics supplémentaires. L'ASF a levé plus de 1,2 milliard de dinars depuis sa création.
L'écosystème compte désormais plus de 7 800 startups enregistrées sur la plateforme Startup.dz, dont 2 300 bénéficient effectivement du label et des avantages associés. Une trajectoire qui s'inscrit dans la dynamique économique du pays, marquée par une volonté de diversification.
Parmi les défis persistants, les entrepreneurs pointent des procédures encore chronophages malgré la digitalisation, un accès limité au capital-risque privé et une culture entrepreneuriale en construction. L'introduction récente du FCPR (Fonds Commun de Placement à Risque) devrait toutefois permettre aux investisseurs privés de structurer leurs véhicules d'investissement.
Les secteurs prioritaires ciblés par les dispositifs publics incluent la technologie, la biotechnologie, les énergies renouvelables et la fintech. Des success stories émergent : l'edtech LabLabee a récemment levé 3,4 millions de dollars dans un tour de financement Seed mené par Reach Capital. Les perspectives de l'économie maghrébine laissent entrevoir de nouvelles opportunités pour les entrepreneurs de la région.
Sources : Journal Officiel de la République Algérienne, décret exécutif n° 20-254, loi n° 22-09, Startup.dz, Algeria Startup Fund, CNRC, El Moudjahid, TSA Algérie, Algérie Eco.