Colonisation sauvage en Cisjordanie, Bombes sur Gaza : la passivité scandaleuse de l'Europe (Abonnés)
Six pays européens, dont la France et l’Allemagne, ont haussé le ton contre les appels d’offres israéliens dans la zone stratégique d’E1. Mais ces belles déclarations arrivent bien après que Netanyahou et ses ministres d’extrême droite ont déjà verrouillé les faits sur le terrain. Pendant que les colons brûlent les récoltes et assiègent les villages palestiniens, Bruxelles s’en tient à des condamnations de principe. Et à Gaza, les bombes continuent de tomber sur les enfants, sans que l’UE n’active la panoplie de sanctions pourtant à sa portée.
C’est une déclaration diplomatique apparemment d’une vigueur inhabituelle. Jeudi 20 août, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège et les Pays-Bas ont cosigné un communiqué de l’Élysée pour juger « inacceptable » la publication par Israël d’appels d’offres dans la zone dite « E1 », à l’est de Jérusalem. Un projet, rappellent-ils, qui couperait la Cisjordanie en deux et réduirait à néant toute perspective crédible de solution à deux États. « La colonie E1 compromettra la continuité territoriale des territoires palestiniens », insistent les Européens, qui font de ce goulot d’étranglement leur dernière ligne rouge.
Mais cette ligne rouge, Israël l’a déjà franchie. L’appel d’offres est publié. Les bulldozers peuvent entrer en action. Et les Bédouins qui résistent encore dans cette zone désertique ont vu leurs écoles, leurs citernes et leurs panneaux solaires détruits par l’armée et les colons depuis trois ans. Selon les ONG La Paix maintenant et Kerem Navot, plus de 18 % de leur espace de vie a déjà été confisqué. Les Européens protestent donc après la destruction, pas avant.
Surtout, la manœuvre israélienne est clairement politique : elle intervient à quelques semaines des élections législatives israéliennes du 27 octobre, sous l’impulsion du ministre des finances d’extrême droite Bezalel Smotrich, qui entend briser le dernier verrou symbolique avant l’annexion de facto.
Une association israélienne, Ir Amim, a déposé un recours devant le tribunal de Jérusalem, mais Smotrich court-circuite la justice en accélérant les travaux. Les Européens ? Ils « rappellent » les entreprises aux risques juridiques. Un simple avertissement.
Des colons en roue libre, des Palestiniens assiégés