Le président Kais Saied (Photo : DR)

Tunisie : vers une sortie de l'état d'exception ?

Le président tunisien Kaïs Saïed a assuré « préparer la sortie » de l’état d’exception, en vigueur depuis le 25 juillet, lors d’une conversation téléphonique avec le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

Lors d’une conversation téléphonique avec le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, le président tunisien a indiqué qu’il « préparait les prochaines étapes » politiques afin de « sortir de la situation exceptionnelle » dans laquelle se trouve le pays, soulignant « sa volonté » de ramener le pays à une « situation normale ».

Alors que l'incertitude pèse sur une économie déjà en lambeaux après une décennie de troubles et d'impasses politiques, la pandémie de coronavirus a exacerbé la situation en mettant le système de santé au bord de l'effondrement et en portant un coup sévère au secteur vital du tourisme. L’annonce du président tunisien intervient également au moment où la Tunisie négocie avec le Fonds monétaire international un quatrième prêt de sauvetage en dix ans, qui sera probablement conditionné à des mesures d'austérité sévères qui pénaliseront la classe moyenne tunisienne.

Le président Kais Saied sous pression

Bien qu'il ait nommé plusieurs ministres pour remplacer ceux de l'administration limogée de Hichem Mechichi, Kais Saied est confronté à des pressions aussi bien politiques que sociales afin qu'il s’explique ses prochaines étapes. Même si beaucoup se sont félicités de ses mesures visant à priver les députés de leur immunité, certains craignent que ses pouvoirs n'aillent trop loin, le parlement étant suspendu et incapable de le maîtriser.
 

"Il doit y avoir une feuille de route, pour la situation actuelle et pour la suite, afin de montrer comment nous allons revenir à la Constitution", a déclaré Aymen Bensallah, analyste à l'Observatoire parlementaire Bawsala.


De nombreux Tunisiens ont soutenu l'initiative de Saied visant à priver les parlementaires de leur immunité, considérée comme une mesure attendue depuis longtemps contre une classe politique corrompue et inapte. Selon l'observateur I Watch, 14 députés sont en instance de jugement, pour des accusations de fraude fiscale, de corruption, de conflits d'intérêts ou même de harcèlement sexuel. "Certains députés faisaient l'objet de poursuites et utilisaient leur immunité parlementaire pour se protéger", a déclaré Bensallah.
Plusieurs ONG internationales et tunisiennes, ainsi que l’Union européenne, ont cependant appelé le chef d’Etat à restaurer le processus démocratique, en démarrant des discussions avec l’opposition et en rouvrant le Parlement. Le président a assuré jeudi en Conseil des ministres mettre la dernière main à un processus de « dialogue national » impliquant principalement les jeunes, et associant les partis politiques ainsi que la puissante centrale syndicale UGTT.