Crise de l'énergie : l'AIE alerte sur la pire situation depuis 50 ans
Le monde pourrait connaître sa pire crise de l'énergie depuis des décennies en raison de la guerre au Moyen-Orient, a averti ce lundi Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), décrivant la situation comme « très grave » pour l'économie mondiale.
S'exprimant au National Press Club à Canberra, le patron de l'AIE a livré des chiffres alarmants. « À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », a-t-il affirmé en référence aux chocs des années 1970. À l'époque, chacune de ces crises avait fait perdre environ cinq millions de barils quotidiens au marché mondial.
Fatih Birol a également établi un parallèle avec les répercussions de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. « Cette crise représente à ce stade deux crises pétrolières et un effondrement du marché du gaz réunis », a-t-il déclaré, soulignant l'ampleur sans précédent de la situation actuelle.
Des infrastructures énergétiques dévastées dans neuf pays
Selon le dirigeant de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont « gravement ou très gravement endommagées » dans neuf pays du Moyen-Orient. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement 20% de la production mondiale d'hydrocarbures, est bloqué de facto depuis le début du conflit.
Dans les faits, le transit de marchandises a chuté de 95% selon la société d'analyse Kpler. Les pays du Golfe ont réduit leur production pétrolière d'au moins 10 millions de barils par jour, avec d'importantes baisses en Irak, au Qatar, au Koweït, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite.
« Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. Il est donc nécessaire de mener une action à l'échelle mondiale », a averti Fatih Birol. L'économie mondiale fait face à une menace majeure qui nécessite une réponse coordonnée de la communauté internationale.
Escalade des tensions entre Washington et Téhéran
Faute de réouverture du détroit d'Ormuz d'ici ce lundi soir par l'Iran, le président américain Donald Trump a menacé de « frapper et anéantir » les centrales électriques iraniennes, « en commençant par la plus grande ». En réponse, l'armée iranienne a annoncé qu'elle ciblerait les infrastructures énergétiques et les usines de dessalement d'eau dans la région si ces menaces venaient à être exécutées.
Le conflit, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran, continue de faire peser une menace existentielle sur l'approvisionnement énergétique mondial. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a prévenu que si le conflit durait « plus de six mois », « toutes les économies du monde en souffriraient ».
Face à cette situation critique, l'AIE a engagé le déblocage de quelque 400 millions de barils de stocks stratégiques, la décision la plus importante depuis la création de l'institution il y a plus de 50 ans. L'agence a également publié une liste de dix recommandations pour réduire la demande en hydrocarbures à destination des gouvernements, des entreprises et des ménages.