sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Turbines à gaz de xAI : Washington vole au secours du data center de Musk

Le ministère américain de la Justice (DOJ) est intervenu pour défendre xAI, l'entreprise d'intelligence artificielle d'Elon Musk, dans une plainte pour pollution de l'air visant son centre de données géant installé près de Memphis. En demandant l'abandon des poursuites engagées par la NAACP au nom de la qualité de l'air, l'administration Trump invoque la « sécurité nationale » et le rôle stratégique du robot conversationnel Grok, au grand dam des défenseurs de l'environnement.

L'affaire oppose, depuis le mois d'avril, la plus ancienne organisation de défense des droits civiques des États-Unis au géant de l'intelligence artificielle. La NAACP accuse xAI d'avoir mis en service son installation électrique au gaz, baptisée Colossus, sans le permis de pollution atmosphérique exigé par la loi fédérale. Cette centrale alimente le centre de données Colossus 2, qui fait lui-même tourner Grok, le chatbot intégré au réseau social X.

Selon la plainte, l'entreprise exploite 27 turbines à gaz, totalisant 495 mégawatts de puissance, sans autorisation environnementale, sur un site situé à la frontière du Tennessee, au sud de Memphis. Les associations estiment que ces turbines rejettent entre 1 200 et 2 000 tonnes d'oxydes d'azote par an, ce qui ferait de xAI la première source industrielle de pollution génératrice de smog dans l'agglomération de Memphis, qui regroupe onze comtés.

Washington invoque la sécurité nationale

Dans un document déposé le 16 juin, le ministère de la Justice a demandé au tribunal de classer l'affaire. Son argument est inhabituel : il revient selon lui aux seules autorités fédérales de décider quand et comment appliquer le Clean Air Act, la grande loi américaine sur la qualité de l'air. En s'immisçant dans le dossier, le DOJ a accusé la NAACP de menacer « la sécurité nationale, économique et énergétique » du pays en cherchant à couper une alimentation électrique jugée indispensable au développement de l'IA.

L'administration est allée plus loin en affirmant que la capacité de Grok à fonctionner relève « d'une question de sécurité nationale primordiale ». Une déclaration sous serment, signée par Cameron Stanley, responsable de la politique de l'intelligence artificielle au Pentagone, accompagne la requête. Elle décrit comment l'outil aurait été utilisé pendant le conflit avec l'Iran pour frapper plus de 2 000 cibles distinctes à l'aide d'autant de munitions, en l'espace de 96 heures.

Cette argumentation place la défense d'un intérêt privé — celui d'une société appartenant à Elon Musk — sur le terrain de l'intérêt supérieur de l'État. Un glissement que les juristes opposés à xAI jugent particulièrement périlleux pour l'équilibre entre protection de l'environnement et impératifs industriels. La question de la régulation de ces technologies dépasse d'ailleurs les frontières américaines, comme l'illustre le bras de fer de Washington avec ses partenaires sur le sujet, alors que les États-Unis opposent une fin de non-recevoir à tout encadrement contraignant de l'intelligence artificielle.

Une « prise de pouvoir » dénoncée par les ONG

Les conséquences financières du litige sont loin d'être négligeables pour xAI. La plainte, portée par les avocats de la NAACP, soutient que l'entreprise pourrait être redevable de plus de 100 000 dollars d'amende par jour pour exploitation sans permis. Une facture qui pourrait rapidement atteindre des sommes considérables si la justice donnait raison aux plaignants et confirmait l'absence d'autorisation.

Les organisations qui représentent la NAACP devant les tribunaux, Earthjustice et le Southern Environmental Law Center, ont vivement réagi à l'intervention du gouvernement fédéral. Ce dernier groupe a qualifié la manœuvre du DOJ de « gigantesque prise de pouvoir », estimant que l'exécutif détourne la loi sur la qualité de l'air pour protéger les intérêts économiques d'un proche du président. Pour les riverains, la priorité reste sanitaire : les oxydes d'azote favorisent les maladies respiratoires et la formation de particules fines.

Au-delà du cas de Memphis, ce contentieux illustre la tension croissante entre l'appétit énergétique colossal des centres de données et la protection des populations locales. La multiplication de ces infrastructures, indispensables à des outils comme Grok ou ChatGPT, repose sur une consommation électrique massive que les opérateurs cherchent à sécuriser à tout prix. L'essor de ces technologies bouleverse déjà de nombreux secteurs, à l'image du marché du travail où 77 % des demandeurs d'emploi utilisent déjà l'intelligence artificielle dans leurs démarches. Le dénouement de l'affaire de Memphis pourrait faire jurisprudence sur la place que les impératifs de « sécurité nationale » peuvent occuper face au droit de l'environnement.

sfy39587stp16