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Capgemini et l'ICE : quand un fleuron français traque les migrants pour Trump

Le géant français de l'informatique Capgemini se retrouve au cœur d'une tempête médiatique et politique. L'entreprise du CAC 40, qui emploie plus de 340 000 personnes dans le monde, collabore étroitement avec l'ICE, la redoutée police de l'immigration américaine, pour traquer et localiser les migrants en situation irrégulière. Un partenariat lucratif qui remonte à 2007 et qui prend une dimension explosive avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

C'est l'Observatoire des multinationales qui a révélé l'ampleur de cette collaboration. Depuis près de deux décennies, Capgemini Government Solutions (CGS), la filiale américaine du groupe français, fournit des services de « skip tracing » à l'ICE. Concrètement, il s'agit de rechercher des informations en ligne pour localiser des personnes suspectées d'être en situation irrégulière, en vue de leur expulsion.

Le contrat signé en décembre 2025 fait froid dans le dos. Un premier versement de 4,8 millions de dollars a été débloqué, mais l'enveloppe totale pourrait atteindre 365 millions de dollars d'ici fin 2027. Le système de rémunération est particulièrement cynique : plus Capgemini localise de migrants, plus l'entreprise empoche d'argent. Les bonus financiers sont indexés sur le taux de réussite dans la vérification des adresses.

Une indignation qui traverse l'Atlantique

En France, la révélation a provoqué un séisme. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a sommé Capgemini de « faire la lumière, de manière extrêmement transparente, sur ses activités » et de « questionner la nature de ces activités ». Le gouvernement ne cache pas son malaise face à l'implication d'un champion national dans les opérations musclées de l'ICE.

Au sein même de l'entreprise, la colère gronde. « Je ressens du dégoût, de la honte et de la colère », témoigne Frédéric Boloré, représentant syndical CFDT. Son homologue de la CGT, Benjamin Girard, pointe les choix éthiques de la direction : « L'an dernier, nous avons versé un milliard d'euros en dividendes et rachats d'actions aux actionnaires. Si on veut trouver de l'argent, il y en a. »

Le PDG Aiman Ezzat tente de se défendre en invoquant la structure particulière de CGS, soumise à des règles de sécurité américaines qui limitent l'accès du groupe aux informations classifiées. Une explication qui peine à convaincre. Comment une entreprise peut-elle ignorer pendant près de vingt ans la nature exacte des contrats signés par sa filiale ?

Un partenariat historique et lucratif

Les archives publiques américaines sont pourtant éloquentes. Depuis 2007, CGS a signé des dizaines de contrats avec l'ICE, représentant plusieurs centaines de millions de dollars. Les services vont bien au-delà de la simple localisation : optimisation des parcours de détention, gestion des places en centres de rétention, support informatique. L'entreprise affichait même fièrement sur son site – avant de le retirer précipitamment – qu'elle aidait à « réduire les délais et les coûts d'expulsion des étrangers illégaux ».

Avec le retour de Trump et le renforcement des politiques anti-immigration, le budget de l'ICE explose : de 9 milliards de dollars en 2025 à 11 milliards prévus en 2026. La nouvelle administration multiplie les décrets pour faciliter les expulsions massives, et Capgemini se positionne comme un partenaire privilégié de cette machine répressive.

L'action du groupe a chuté de 3,2 % à la Bourse de Paris suite aux révélations, la plus forte baisse du CAC 40 ce jour-là. Un conseil d'administration extraordinaire devrait se tenir le week-end du 31 janvier pour statuer sur l'avenir de ce partenariat toxique. Reste à savoir si les considérations éthiques l'emporteront sur les centaines de millions de dollars en jeu.

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