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Tunis : des milliers de manifestants contre la vie chère et pour les libertés

Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi 17 octobre 2026 dans le centre de Tunis, de la place Mohamed-Ali à l'avenue Habib-Bourguiba, à l'appel de l'UGTT et de huit autres organisations nationales. Les manifestants dénonçaient la hausse des prix et le recul des libertés, et réclamaient la libération des détenus politiques. Reuters décrit la marche comme la plus importante manifestation contre le président Kaïs Saïed depuis des années.

Le cortège s'est formé en milieu de matinée devant le siège de l'Union générale tunisienne du travail, place Mohamed-Ali, avant de rejoindre l'avenue Habib-Bourguiba par la rue de Rome et la rue de Paris, rapporte l'agence TAP. Le secrétaire général de l'UGTT, Slaheddine Selmi, le président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, Bassem Trifi, le bâtonnier Boubaker Bethabet et le président du Syndicat national des journalistes tunisiens, Zied Dabbar, marchaient en tête. Des avocats, des médecins, des journalistes et des diplômés chômeurs ont suivi, rejoints par des militants de partis d'opposition.

Les estimations de participation varient selon les sources. L'AFP a compté « plus de 3 000 personnes », un chiffre qu'elle précise ne pas avoir pu vérifier de manière indépendante. RFI et L'Économiste Maghrébin évoquent entre 3 000 et 6 000 manifestants. Le Courrier de l'Atlas, dans une analyse publiée lundi 19 octobre, plafonne l'affluence à 3 000 ou 3 500 personnes selon les estimations les plus hautes. Aucun bilan officiel n'avait été publié lundi.

« Pas de dignité avec la pauvreté »

Sur les pancartes, la question sociale se mêlait aux revendications politiques. « Pas de démocratie sans libertés », « Pas de dignité avec la pauvreté », « Ô régime de l'échec, la solution est ton départ », ont scandé les manifestants, selon l'AFP. Reuters a relevé un autre mot d'ordre, « Les prisons sont pleines, le peuple a faim », et le retour du slogan de 2011, « Le peuple veut la chute du régime ». Karim Majeri, fonctionnaire de 32 ans, s'est dit auprès de l'AFP « étouffé par l'injustice, l'oppression et la cherté de la vie ». Mayssa Batikh, étudiante en médecine dentaire de 21 ans, a résumé : « Nous avons le droit de vivre dignement ».

Devant la foule, Slaheddine Selmi a visé la concentration du pouvoir. « L'État ne peut pas être construit en concentrant tous les pouvoirs entre les mains d'une seule personne », a-t-il déclaré, selon Reuters. Cité par la TAP, le dirigeant syndical a ajouté que « la souveraineté ne signifie pas fermer la porte à la participation et au dialogue ». Il a aussi pointé la baisse du pouvoir d'achat, les pénuries de médicaments, les difficultés des caisses sociales et l'absence, depuis le 25 juillet 2021, d'une Cour constitutionnelle et d'un Conseil supérieur de la magistrature. L'opposante Sihem Bensedrine a demandé « le respect des libertés fondamentales et surtout la libération des prisonniers politiques ».

La marche avait été annoncée le 29 septembre, à l'issue d'une réunion au siège de l'UGTT, par neuf organisations : la centrale syndicale, le SNJT, l'Ordre national des avocats, la LTDH, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, l'Union générale des étudiants de Tunisie, l'Organisation tunisienne des jeunes médecins, l'Association tunisienne des femmes démocrates et l'Union des diplômés chômeurs, d'après Business News. Leur mot d'ordre : « Tunisie d'abord, le peuple au-dessus de toute considération ». Dans leur déclaration commune, elles estiment que les autorités portent « l'entière responsabilité » de la dégradation du pouvoir d'achat et des services publics.

Une inflation alimentaire à 8,4 % selon l'INS

Les chiffres officiels donnent la mesure de cette colère. D'après l'Institut national de la statistique, dont les données ont été publiées lundi 5 octobre, l'inflation a atteint 5,6 % sur un an en septembre 2026, contre 5,4 % en août, rapporte Webdo. Les prix de l'alimentation et des boissons ont progressé de 8,4 % en un an, après 7,5 % le mois précédent. Les volailles ont renchéri de 16,5 %, les fruits frais de 16,3 %, la viande ovine de 14,6 %, la viande bovine de 13 % et les légumes frais de 12,9 %. Seules les huiles alimentaires reculent, de 4,1 %. Hors alimentation et énergie, l'inflation sous-jacente reste à 4,9 %.

Cette poussée des prix s'ajoute à un été marqué par des coupures d'eau et d'électricité et par des pénuries de médicaments, déjà au cœur d'une manifestation à Tunis le 20 août, rappellent Reuters et l'AFP. En janvier, le président Kaïs Saïed avait tenté de répondre à la grogne en imposant un crédit sans intérêt face à la colère sociale. En mars, mediaterranee.com relevait déjà que la rue tunisienne avait retrouvé sa voix, quinze ans après la révolution.

Samedi, le centre-ville était placé sous haute surveillance : plusieurs accès à l'avenue Bourguiba étaient fermés aux voitures et aux piétons, et des centaines de policiers avaient été déployés, selon l'AFP et Reuters. Aucune des sources consultées ne fait état d'incidents avec les forces de l'ordre. Le Courrier de l'Atlas, seul média à le rapporter, écrit que le secrétaire général de l'UGTT a dû être exfiltré par son service d'ordre après des jets de bouteilles venus de manifestants, ce que le journal lit comme un signe de divisions dans les rangs mobilisés.

Lundi 19 octobre, ni la présidence ni le ministère de l'Intérieur n'avaient réagi publiquement à la marche. Kaïs Saïed, qui s'est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021, rejette de longue date les accusations d'autoritarisme et accuse ses opposants de fabriquer les crises, rappelle Reuters. Les neuf organisations ont, elles, annoncé vouloir poursuivre le mouvement et l'élargir à d'autres forces politiques et sociales.

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