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Euro numérique : définition, calendrier, plafond et ce qui ne change pas

Obligatoire, fin des espèces, plafond, surveillance des paiements : l'euro numérique suscite beaucoup de questions. Ce guide fait le point sur ce que prévoit le projet de la BCE, ce qui se négocie encore à Bruxelles et ce qui ne changera pas pour vous.

Billet de 10 euros posé sur un smartphone
Réponse rapide

L'euro numérique serait une monnaie numérique émise par la Banque centrale européenne, utilisable gratuitement dans toute la zone euro, en ligne et hors ligne, à côté des billets et des pièces, qu'il ne remplacerait pas. Il n'existe pas encore : le règlement qui doit le créer est en négociation entre le Parlement européen et les États membres, et la BCE vise une première émission possible en 2029 si ce texte est adopté d'ici la fin de 2026.

L'euro numérique fait l'objet de beaucoup d'affirmations, souvent contradictoires : obligatoire, fin du liquide, plafond de 3 000 euros, surveillance des achats. Au 25 octobre 2026, la plupart de ces points ne sont pas tranchés. Ce guide distingue ce que prévoient la Banque centrale européenne (BCE) et les textes en discussion, ce qui reste à négocier à Bruxelles, et ce qui ne changera pas pour vous. Il sera mis à jour à chaque étape (voir le journal en bas de page).

Ce qu'est l'euro numérique

L'euro numérique serait une forme numérique des billets et des pièces : de la monnaie de banque centrale, émise et garantie par l'Eurosystème (la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro, dont la Banque de France). Un euro numérique vaudrait toujours un euro. Il aurait cours légal, comme les espèces.

Concrètement, la BCE décrit un compte en euros numériques ouvert auprès de sa banque ou d'un prestataire de paiement de l'Union européenne, utilisable avec son téléphone en magasin, sur les sites marchands et entre particuliers, partout dans la zone euro. Une application de la BCE est aussi en préparation. Les fonctions de base seraient gratuites pour les particuliers, y compris pour les personnes sans compte bancaire. En attendant, une personne refusée par les banques dispose déjà du droit au compte.

Ce que l'euro numérique ne serait pas, selon la BCE :

  • Une cryptomonnaie. Le bitcoin n'est garanti par aucune institution et son cours varie, parfois brutalement (voir la mise en garde du gouverneur de la Banque de France). Un stablecoin est émis par une entreprise privée. L'euro numérique, lui, serait émis par la banque centrale.
  • Une blockchain. Les paiements seraient réglés sur une plateforme centralisée de l'Eurosystème.
  • Une monnaie programmable. La BCE et la proposition de règlement excluent toute restriction sur l'usage de l'argent (où, quand, pour quoi).
  • Un placement. Les avoirs ne rapporteraient aucun intérêt.

Où en est le projet et quand il pourrait arriver

L'euro numérique n'existe pas encore, et sa création n'est pas votée. Il faut d'abord un règlement européen. La Commission l'a proposé le 28 juin 2023, avec un second texte sur le cours légal des billets et des pièces. Les grandes étapes depuis :

  • : la BCE clôt sa phase préparatoire (ouverte en novembre 2023) et lance la suivante, technique.
  • : les États membres, au Conseil de l'UE, adoptent leur position de négociation.
  • : le Parlement européen confirme en séance plénière l'ouverture des négociations, par 416 voix pour, 169 contre et 22 abstentions, après un vote de sa commission des affaires économiques le 23 juin.
  • : cinquième réunion de négociation politique (trilogue) entre le Parlement et le Conseil. La suivante est prévue le 5 novembre 2026.

L'objectif affiché par les institutions est une adoption d'ici la fin de 2026. La BCE a bâti son calendrier sur cette hypothèse : un projet pilote de douze mois au second semestre 2027, avec 36 banques et prestataires de paiement, des commerçants sélectionnés et le personnel des banques centrales, puis une première émission possible en 2029. Le Conseil des gouverneurs de la BCE ne décidera d'émettre l'euro numérique qu'une fois le règlement adopté. Si les négociations prennent du retard, tout le calendrier glisse.

Obligatoire ? La fin des espèces ?

Pour un particulier, rien ne serait obligatoire. Le Parlement et le Conseil s'accordent sur la liberté de choisir entre les espèces et l'euro numérique pour payer. Les billets et les pièces resteraient à cours légal : la BCE rappelle que l'euro numérique viendrait en complément, sans s'y substituer, et elle prépare d'ailleurs une nouvelle série de billets.

Les obligations porteraient sur les professionnels :

  • Les commerçants devraient en principe accepter l'euro numérique, puisqu'il aurait cours légal. Des exceptions sont prévues selon le type et la taille de l'entreprise. Le Parlement veut en exempter les indépendants et les petites et micro-entreprises qui n'acceptent aucun autre paiement numérique. Le périmètre exact de ces exceptions reste à négocier au niveau politique.
  • Les banques devraient distribuer l'euro numérique à leurs clients.

Le second texte du paquet, sur le cours légal des espèces, est négocié en parallèle. Le Parlement y défend l'obligation pour les États de la zone euro de garantir l'accès au liquide et l'interdiction pour une entreprise de refuser unilatéralement les espèces. À ne pas confondre avec une autre règle, déjà adoptée : le plafond européen de 10 000 euros pour les paiements en liquide à un professionnel, qui s'appliquera à partir du 10 juillet 2027 et relève de la lutte contre le blanchiment.

Le plafond de détention : combien pourra-t-on garder ?

Le Parlement et le Conseil veulent tous deux limiter le montant d'euros numériques qu'une personne peut détenir, pour éviter des retraits massifs des dépôts bancaires. Aucun montant n'est fixé. Le chiffre de 3 000 euros qui circule correspond au haut de la fourchette testée par la BCE à la demande des législateurs : des limites hypothétiques de 500 à 3 000 euros par personne, qui, selon son analyse, ne menaceraient pas la stabilité financière. La BCE précise que ces chiffres sont illustratifs et ne préjugent pas du plafond final.

Ce plafond ne limiterait pas les paiements. Le compte en euros numériques pourrait être relié à un compte bancaire : un achat supérieur au solde serait complété automatiquement depuis ce compte, et un encaissement au-delà du plafond pourrait y être reversé automatiquement.

Les points encore ouverts entre le Parlement et le Conseil
Point en négociation Position du Parlement européen Position du Conseil (États membres)
Qui fixe le plafond La Commission, sur recommandation de la BCE Le Conseil, à la majorité qualifiée renforcée, sur recommandation de la BCE
Entreprises Détention interdite pour presque toutes Règles laissées à la BCE, plafond nul possible
Commerçants exemptés Indépendants, petites et micro-entreprises sans paiement numérique Exceptions selon le type et la taille
Frais facturés aux commerçants Plafond transitoire qui peut devenir permanent Plafond transitoire limité à dix ans

Sources : mandats du Conseil (19 décembre 2025) et du Parlement (9 juillet 2026), selon l'analyse publiée par Freshfields le 15 juillet 2026 et le communiqué du Parlement européen.

Confidentialité et paiement hors ligne

L'euro numérique fonctionnerait en ligne et hors ligne ; sur ce point, le Parlement et le Conseil sont d'accord. Hors ligne, on paierait depuis un compte alimenté à l'avance, sans connexion Internet, par exemple pour rembourser un proche ou en cas de panne de réseau.

  • Hors ligne, selon la BCE, seuls le payeur et le bénéficiaire connaîtraient le détail du paiement, comme avec des espèces. Les contrôles contre le blanchiment auraient lieu au moment d'alimenter ou de vider ce compte, comme pour un retrait ou un dépôt de liquide.
  • En ligne, l'Eurosystème ne pourrait pas identifier qui paie ni qui reçoit. Votre banque, elle, vous connaîtrait, comme aujourd'hui pour votre compte courant, afin d'appliquer les règles contre le blanchiment.

Le détail reste à écrire : les données exactes auxquelles banques et banques centrales auront accès font l'objet de discussions techniques, et le plafond des paiements hors ligne a été discuté au trilogue du 20 octobre 2026. Aucun montant n'est arrêté.

Espèces, carte, Wero, crypto : les différences

L'euro numérique face aux autres moyens de paiement
Critère Espèces Euro numérique (projet) Carte bancaire, Wero Bitcoin
Émis par La banque centrale La banque centrale Votre banque (argent du compte) Aucune institution
Cours légal Oui Oui, si le règlement est adopté Non Non
Valeur 1 € = 1 € 1 € = 1 € 1 € = 1 € Cours variable
Rapporte des intérêts Non Non Selon le compte Non
Disponible Oui Non, 2029 au plus tôt Oui Oui

Sources : questions-réponses de la BCE sur l'euro numérique, consultées le 25 octobre 2026 ; calendrier conditionnel à l'adoption du règlement.

Wero, la solution de paiement lancée par des banques européennes, est un service privé : il déplace l'argent de votre compte bancaire. La BCE ne présente pas l'euro numérique comme son remplaçant : elle envisage que les solutions privées puissent l'intégrer, par exemple sur une même carte ou dans la même application.

Méfiez-vous des offres d'euros numériques

Tant que le règlement n'est pas adopté, personne ne peut vous vendre, vous ouvrir ou vous « convertir » des euros numériques. Le projet pilote de 2027 est réservé à des participants sélectionnés par l'Eurosystème. Un message qui propose d'activer un portefeuille d'euros numériques, d'acheter un « jeton euro numérique » ou de transférer votre épargne avant une prétendue date limite relève de l'escroquerie. Si vous avez déjà transmis vos papiers ou vos codes, suivez notre guide sur l'usurpation d'identité.

Questions fréquentes

L'euro numérique est-il une cryptomonnaie ?

Non. Il serait émis et garanti par la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales, vaudrait toujours un euro et aurait cours légal. Une cryptomonnaie comme le bitcoin n'a aucun émetteur garant et son cours varie.

Faudra-t-il ouvrir un compte spécial ?

Oui, un compte en euros numériques, ouvert auprès de sa banque ou d'un prestataire de paiement de l'Union européenne. Il pourrait être relié à votre compte bancaire habituel. La BCE prépare aussi sa propre application pour l'utiliser.

L'euro numérique sera-t-il payant ?

Les services de base (ouvrir le compte, payer, recevoir) seraient gratuits pour les particuliers. Les banques pourraient vendre des services en plus. Les frais facturés aux commerçants seraient plafonnés, selon des modalités encore négociées.

La BCE pourra-t-elle voir mes achats ?

Selon la BCE, non : l'Eurosystème ne pourrait pas relier un paiement à une personne. Votre banque vous identifierait, comme aujourd'hui. Hors ligne, seuls vous et le bénéficiaire connaîtriez le détail du paiement.

Pourra-t-on l'utiliser hors de la zone euro, par exemple depuis le Maghreb ?

La proposition vise d'abord les résidents de la zone euro et les personnes qui y séjournent. Un accès depuis un pays tiers supposerait un accord entre l'Union européenne et ce pays. Ces conditions sont en négociation à l'automne 2026.

Combien coûte le projet ?

La BCE estime les coûts de développement à 1,3 milliard d'euros, puis environ 320 millions d'euros par an d'exploitation à partir de l'émission. Ils seraient supportés par l'Eurosystème, comme la fabrication des billets.

Journal des modifications

  • Mis à jour : première publication, le
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