Pomme de terre en Algérie : jusqu'à 150 DA malgré le plafond de 90 DA
Dans plusieurs wilayas d'Algérie, la pomme de terre se vend jusqu'à 150 dinars le kilo, quand on en trouve, alors que son prix de détail est plafonné à 90 dinars depuis début octobre. Déstockage, saisies et nouvelle plateforme de suivi des prix : les autorités multiplient les mesures, en attendant la récolte d'arrière-saison d'El Oued, annoncée vers le 20 novembre.
Depuis plusieurs jours, ce produit de large consommation se raréfie sur les étals. Selon le site Awras, qui relaie des témoignages de plusieurs wilayas, la pomme de terre a disparu de nombreux marchés et commerces de détail, et le kilo peut atteindre 150 dinars là où elle reste en vente. L'organisation de consommateurs Himayetek dit avoir reçu des signalements de commerçants qui ne respectent pas le prix fixé. Le 7 novembre, TSA la décrivait comme « introuvable sur le marché depuis plusieurs jours ».
La hausse a commencé plusieurs semaines avant le plafonnement. Début octobre, le kilo montait déjà jusqu'à 140 dinars sur certains marchés, selon Algérie Eco et Maghreb Émergent. C'est cette flambée qui a conduit le gouvernement à fixer un plafond.
Un plafond de 90 dinars que des détaillants refusent d'appliquer
Le cadre a été arrêté lors d'un conseil interministériel réuni le jeudi 1er octobre 2026, avec les représentants des filières agricoles, des exploitations et des exploitants de chambres froides. Dans sa note aux directions de wilaya, rapportée par Algérie Eco, le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national fixe le prix de détail entre 80 et 90 dinars le kilo et le prix de vente du producteur entre 60 et 70 dinars. Le communiqué publié le 6 octobre par la Chambre nationale de l'agriculture, cité par TSA, retient lui 70 à 80 dinars chez le producteur et 80 à 90 dinars au gros comme au détail. Les services de contrôle doivent faire respecter ces prix à chaque étape et envoyer des rapports quotidiens à l'administration centrale.
Sur le terrain, l'écart entre prix d'achat et prix de vente explique une partie des rayons vides. Des marchands de légumes cités par Awras disent refuser de s'approvisionner au marché de gros, car vendre au tarif fixé les exposerait à des pertes. Les causes de fond restent discutées : baisse de la production, quantités moindres destinées aux marchés, exportations, rôle des chambres froides ou spéculation, autant de pistes dont le site souligne qu'il n'a pas pu mesurer le poids exact.
Kribaa Khedir, vice-président de l'Union nationale de protection des consommateurs, cité par Algérie360, cumule plusieurs explications : stockage illégal dans des entrepôts non autorisés, nombre élevé d'intermédiaires, période de transition entre deux récoltes, sécheresse, et hausse du prix des semences importées, des engrais et des pesticides, qui a poussé certains agriculteurs à réduire leurs surfaces. Le précédent de la banane est souvent cité : plafonnée à 400 dinars, elle avait ensuite disparu des marchés, rappellent des internautes cités par Awras. Les saisies de stocks cachés ne sont pas nouvelles non plus : en mars, la police avait retrouvé 10 tonnes de bananes dans un entrepôt de Souk Ahras.
Déstockage, saisies et récolte d'El Oued attendue vers le 20 novembre
Les contrôles se sont durcis. Le 3 novembre, 3 510 kilos de pommes de terre ont été retirés de la vente au marché de gros de Boumerdès, faute de respect du prix réglementé, selon la direction du commerce de la wilaya citée par Maghreb Émergent. Le 4 novembre, une opération de déstockage a été lancée à Aïn Defla, Médéa, Boumerdès et Bouira : des quantités stockées pour réguler le marché sortent des chambres froides.
Le 5 novembre, le Premier ministre Sifi Ghrieb a lancé avec les walis une plateforme nationale de suivi quotidien des prix, qui doit aussi recenser l'état des stocks des chambres froides, selon TSA. « Nous ne tolérerons plus la spéculation et nous utiliserons tous les moyens pour la combattre », a-t-il déclaré, en annonçant des contrôles « minutieux » des aires de stockage. Les autorités avaient déjà déclaré la guerre à la spéculation fin 2024.
L'offre devrait augmenter avec la récolte d'El Oued, première wilaya productrice, qui fournit selon les années de 40 à 60 % de la pomme de terre nationale. Selon L'Express DZ et L'Écho d'Algérie, le wali Larbi Bahloul situe le lancement de la récolte d'arrière-saison vers le 20 novembre, une date que donne aussi Algérie360. Cette campagne est estimée à plus de 12 millions de quintaux, sur environ 35 000 hectares. Le président de la chambre d'agriculture, Djelloul Othmani, situe le pic de récolte entre le 15 décembre et le 15 janvier, et estime que la production couvrira les besoins des marchés jusqu'en février.
D'ici là, les associations de consommateurs demandent aux acheteurs de signaler les dépassements. Himayetek invite à préciser la wilaya et le lieu de vente, selon Awras. L'Union nationale de protection des consommateurs conseille de ne pas acheter au-dessus du prix fixé, de se reporter sur d'autres produits pendant cette période et de déclarer les infractions sur les plateformes numériques du ministère du Commerce intérieur.
Photo : Sergei Starostin / Pexels
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