Faux registres de commerce à Alger : 92 milliards DA de préjudice
La police algérienne a démantelé à Alger un réseau qui exploitait plus de 400 registres de commerce fictifs : le préjudice pour le Trésor public dépasse 92 milliards de dinars, soit environ 611 millions d'euros au cours officiel. Vingt-cinq personnes ont été arrêtées, selon un communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) diffusé le 29 octobre 2026.
L'opération a été menée par le Service central de lutte contre le crime organisé (SCLCO), sous la supervision du parquet. D'après Le Courrier d'Algérie, le réseau était spécialisé dans le faux et l'usage de faux, la fraude fiscale et le blanchiment d'argent. Ses activités s'étendaient à plusieurs wilayas du pays, et pas seulement à la capitale.
Les enquêteurs ont aussi récupéré des avoirs criminels estimés à 23 milliards de centimes, soit 230 millions de dinars (environ 1,5 million d'euros au taux officiel). C'est très peu face au préjudice annoncé : moins de 0,3 % du montant que l'État estime avoir perdu.
400 registres de commerce fictifs pour faire sortir l'argent
Selon le communiqué repris par TSA, les investigations sur les transactions financières du réseau ont mis au jour un mode opératoire précis. Plus de 400 registres de commerce fictifs servaient à monter des opérations commerciales simulées. Ces opérations permettaient de faire circuler de grosses sommes d'argent en dehors des circuits légaux.
Un registre du commerce est le document qui donne à une entreprise son existence légale en Algérie. Multiplier les faux registres revient à fabriquer des sociétés de façade : des factures et des mouvements d'argent apparaissent entre des entités qui n'ont, dans les faits, aucune activité réelle. Ce schéma sert à justifier des flux financiers, à échapper à l'impôt et à brouiller l'origine des fonds, ce qui explique les chefs de fraude fiscale et de blanchiment retenus en plus du faux.
Lors des perquisitions, les policiers ont saisi des camions et des véhicules de tourisme de différentes catégories, ainsi que des cachets et des documents administratifs liés aux activités présumées du réseau. Les cachets sont un élément clé de ce type d'affaire : ils servent à authentifier des documents falsifiés.
92 milliards de dinars, combien en euros ?
Les médias algériens n'emploient pas tous la même unité. Le communiqué de la police parle de plus de 9 200 milliards de centimes, ce qui fait 92 milliards de dinars, comme le rappelle TSA. Il s'agit bien de dinars algériens, et non de centimes ni d'euros. Au cours officiel de la Banque d'Algérie, autour de 150,6 dinars pour un euro fin octobre, cela représente environ 611 millions d'euros.
La conversion change fortement selon le taux retenu. Sur le marché parallèle, l'euro s'échangeait autour de 276 dinars fin octobre, comme nous le relevions dans notre article sur le dinar : le même montant ne vaudrait alors qu'environ 333 millions d'euros. Pour qui envoie de l'argent vers l'Algérie, l'écart entre les deux taux reste l'enjeu central, comme l'explique notre guide pour envoyer de l'argent en Algérie ou au Maroc.
Les 25 suspects ont été présentés devant le procureur de la République près le pôle pénal économique et financier d'Alger, à l'issue des procédures d'enquête. À ce stade, aucune décision de justice n'a été rendue : les personnes arrêtées sont des membres présumés du réseau et bénéficient de la présomption d'innocence. Le détail des poursuites et des peines encourues n'a pas été précisé dans le communiqué.
Cette affaire s'ajoute à d'autres dossiers de blanchiment traités récemment par les services algériens, comme l'affaire d'Oran que nous avons suivie. Elle illustre l'attention portée par les autorités aux circuits financiers parallèles et à l'usage de sociétés écrans.
Ce que le communiqué ne dit pas encore
Le texte de la DGSN reste court sur plusieurs points. Il ne précise ni la période pendant laquelle le réseau a fonctionné, ni les wilayas concernées, ni les secteurs d'activité des sociétés fictives. L'identité des suspects n'est pas donnée, et rien n'indique si des commerçants, des intermédiaires ou des agents administratifs figurent parmi eux. Ces éléments devraient apparaître au fil de l'instruction menée par le pôle pénal économique et financier.
Le chiffre de 92 milliards de dinars est une estimation des enquêteurs du préjudice causé au Trésor public, pas un montant fixé par un tribunal. Il peut évoluer à mesure que les expertises financières avancent. De même, les 23 milliards de centimes récupérés correspondent aux avoirs saisis à ce stade, ce qui ne préjuge pas des confiscations que la justice pourrait ordonner plus tard.
Image : drapeau de la Direction générale de la Sûreté nationale (domaine public), via Wikimedia Commons. Conversions en euros calculées à partir du cours officiel de la Banque d'Algérie d'environ 150,6 DA pour 1 € (28 octobre 2026) et du cours du marché parallèle relevé à 276 DA.