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Urée : l'Algérie aurait demandé l'arrêt des exportations vers la France

L'Algérie aurait demandé à ses producteurs d'urée de cesser d'exporter vers la France, selon une dépêche de Reuters du 23 octobre 2026 appuyée sur cinq sources diplomatiques et industrielles. Aucune annonce officielle n'a été faite à Alger et la suspension n'est pas établie comme effective à ce stade. La durée de la mesure, les volumes concernés et sa date d'entrée en vigueur ne sont pas précisés.

Selon Reuters, trois diplomates disent connaître l'instruction algérienne de suspendre les livraisons d'urée vers la France, un message qui circulait dans la filière depuis le début de la semaine. Les cinq sources citées par l'agence, de nature diplomatique et industrielle, s'expriment sous couvert d'anonymat, ce qui impose de traiter cette information avec prudence tant qu'aucune confirmation officielle n'est apportée. Rien ne permet d'affirmer, à ce jour, que les expéditions soient déjà interrompues, puisque la dépêche ne précise ni la durée de la mesure, ni les quantités visées, ni la date à laquelle elle serait entrée en vigueur. Du côté du gouvernement algérien, aucune annonce n'a été faite, ce qui laisse en suspens la question de la réalité et de l'ampleur de cette consigne adressée aux producteurs.

Quelle part des importations françaises d'urée vient d'Algérie ?

L'urée est un engrais azoté fabriqué à partir de gaz naturel, utilisé surtout pour les grandes cultures, au premier rang desquelles les céréales. L'Algérie fournit environ 30 % des importations françaises d'urée, selon l'association Afcome et le syndicat de producteurs de blé AGPB, cités par Reuters. Une autre source externe, citée par un site spécialisé, évoque pour sa part environ 25 % en 2025, soit environ 474 000 tonnes sur 1,9 million de tonnes : cette estimation diverge du chiffre avancé par Afcome et l'AGPB, et il convient de la lire comme telle. Les agriculteurs français ont déjà subi des hausses de coûts, et, toujours selon Reuters, la hausse des prix du gaz ainsi que les perturbations liées à la guerre en Iran sur les approvisionnements du Golfe aggravent la situation du marché des engrais.

Face à ces informations, les acteurs de la filière restent mesurés. Afcome estime qu'il est encore trop tôt pour dire si les livraisons algériennes sont réellement affectées, ce qui signifie qu'aucune rupture d'approvisionnement n'a été constatée publiquement à ce stade. L'AGPB, de son côté, évoque une possible hausse des coûts pour la saison de printemps, sans que la dépêche ne chiffre cette évolution potentielle. Ces deux prises de position montrent que les professionnels attendent des confirmations avant de tirer des conclusions sur l'effet concret d'une éventuelle suspension des exportations algériennes.

Reuters indique que l'ambassade d'Algérie à Paris n'a pas répondu aux sollicitations de l'agence, et que les ministères algériens du Commerce et des Affaires étrangères étaient injoignables le vendredi. Selon des diplomates cités par Reuters, l'Algérie a nié l'existence de restrictions lorsque des responsables français l'ont interrogée sur le sujet. Le ministère français des Affaires étrangères dit n'avoir reçu aucune notification de ces restrictions, rappelle que le commerce relève de la compétence de l'Union européenne et déclare rester « particulièrement vigilant » sur le sujet, une formule rapportée en anglais par l'agence sous la forme « particularly vigilant ».

Un contexte de relations commerciales dégradées

Cette information s'inscrit dans un climat tendu entre les deux pays. Six diplomates français et européens affirment, selon Reuters, qu'Alger a imposé fin juillet une interdiction quasi générale des importations de produits français, sans annonce officielle, et le ministre français Jean-Noël Barrot a évoqué cette interdiction élargie lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne. L'Algérie a par ailleurs bloqué ses achats de blé français depuis 2024, là aussi sans annonce officielle, un dossier agricole sur lequel on peut relire notre article sur la fin du monopole du blé français en Algérie. Les chiffres des douanes françaises, rapportés par Reuters, traduisent un recul des échanges : les exportations françaises vers l'Algérie ont baissé d'environ 12 % en 2025, à 4,2 milliards d'euros, et d'environ 12 % sur les huit premiers mois de 2026, tandis que les importations françaises depuis l'Algérie, surtout du pétrole et du gaz, ont reculé de 18 % en 2025, à 5,1 milliards d'euros, et de 11 % sur janvier-août 2026.

Selon Reuters, les relations se sont dégradées en 2024, lorsque Emmanuel Macron a soutenu un plan d'autonomie pour le Sahara occidental sous souveraineté marocaine, une position que l'Algérie rejette. Un rapprochement tenté l'an dernier, à un moment où la relation était dite revenue à la normale, n'a pas tenu. Jalel Harchaoui, analyste au RUSI, estime que l'Algérie pourrait durcir sa position avant l'élection présidentielle française de 2027, et l'agence rappelle que l'Algérie a récemment rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, qui soutiennent aussi le Maroc sur le Sahara occidental. Enfin, selon la plateforme Attaqa, citée par le site Algérie360 et donc à considérer comme une source secondaire, Paris aurait demandé à Alger d'accélérer ses livraisons de pétrole et de GNL, la France ayant reçu 138 000 barils par jour en avril 2026 contre 43 000 en mars.

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