Hériter d'une maison en Espagne ou en Italie : loi, certificat et impôts
Un proche est décédé en laissant un bien en Espagne ou en Italie ? Quelle loi s'applique, à quoi sert le certificat successoral européen, quels impôts payer dans le pays du bien et comment la France évite la double imposition.
Depuis le 17 août 2015, le règlement européen n° 650/2012 soumet toute la succession à une seule loi, en principe celle du pays où vivait le défunt, sauf choix de sa loi nationale par testament. Les impôts, eux, se paient dans le pays du bien : en Espagne selon des règles régionales, en Italie après un abattement d'un million d'euros par enfant, et les conventions de 1963 (Espagne) et 1990 (Italie) évitent la double imposition en France.
Une maison de vacances sur la Costa Blanca, un appartement hérité d'un grand-parent dans les Pouilles, une part d'indivision en Toscane : quand un proche décède en laissant un bien en Espagne ou en Italie, trois questions arrivent en même temps. Quelle loi décide qui hérite ? Qui fait les démarches ? Combien d'impôts, et dans quel pays ?
Ce guide expose les règles telles qu'elles sont écrites dans les textes, pays par pays. Il ne remplace pas le notaire : chaque succession dépend de la résidence du défunt, d'un éventuel testament et de la situation des héritiers.
Dans ce guide
Quelle loi règle la succession
Depuis le 17 août 2015, le règlement (UE) n° 650/2012 fixe la règle pour toutes les successions des personnes décédées à partir de cette date (article 83). Le principe tient en une phrase : une seule loi s'applique à l'ensemble de la succession, celle de l'État où le défunt avait sa résidence habituelle au moment de son décès (article 21). La maison espagnole ou italienne d'un retraité qui vivait à Lyon suit donc, en principe, la loi française : qui hérite, quelles parts, la réserve des enfants, l'acceptation ou la renonciation (article 23).
Deux nuances :
- Le choix par testament. Une personne peut choisir, dans un testament, la loi de l'État dont elle a la nationalité (article 22). Un Italien installé en France peut ainsi soumettre toute sa succession à la loi italienne.
- La clause d'exception. À titre exceptionnel, si le défunt avait des liens manifestement plus étroits avec un autre État, c'est la loi de cet État qui s'applique (article 21, paragraphe 2).
Les juridictions compétentes sont, elles aussi, celles de l'État de la dernière résidence habituelle (article 4). En revanche, le règlement laisse de côté deux sujets décisifs pour un bien immobilier : les impôts (article 1er, paragraphe 1, qui exclut les matières fiscales) et l'inscription au registre foncier, qui reste soumise aux exigences du pays où se trouve le bien (article 1er, paragraphe 2, point l). C'est pourquoi la loi civile peut être française alors que l'impôt et la publicité foncière se règlent à Alicante ou à Florence.
Le Danemark et l'Irlande ne sont pas liés par ce règlement (considérants 82 et 83). Pour un bien hors de l'Union, comme en Algérie, les règles sont différentes : voir notre guide sur l'héritage en Algérie depuis la France.
Le certificat successoral européen
Le certificat successoral européen est un formulaire standard qui permet de prouver, dans un autre pays de l'Union, la qualité d'héritier et les droits de chacun (article 63). Il est délivré dans l'État dont les juridictions sont compétentes, donc en général celui de la dernière résidence du défunt, par un tribunal ou par l'autorité chargée des successions (article 64). En France, c'est le notaire qui le délivre (article 1381-1 du Code de procédure civile).
Ce qu'il faut savoir avant de le demander :
- Son usage n'est pas obligatoire (article 62, paragraphe 2) : il évite surtout de refaire établir la preuve de la qualité d'héritier dans le pays du bien.
- Il constitue un document valable pour inscrire le bien au nom des héritiers dans le registre d'un autre État membre (article 69, paragraphe 5), sous réserve des formalités propres à ce registre.
- Le notaire garde l'original et remet des copies certifiées conformes valables six mois, avec une date d'expiration inscrite dessus (article 70). Une copie périmée doit être renouvelée : mieux vaut caler la demande sur le rendez-vous chez le notario ou le notaio.
- NIE ou NIF (Espagne)
- Numéro d'identification fiscale exigé de chaque héritier pour déclarer l'impôt espagnol. Un étranger sans NIE peut obtenir un NIF auprès d'un consulat d'Espagne ou de l'administration fiscale.
- Modelo 650
- Formulaire espagnol d'autoliquidation de l'impôt sur les successions.
- Codice fiscale (Italie)
- Numéro fiscal italien, demandé pour chaque héritier dans la déclaration de succession.
- Dichiarazione di successione
- Déclaration de succession italienne, déposée auprès de l'Agenzia delle Entrate, qui vaut aussi demande de mise à jour du cadastre (voltura catastale).
Hériter d'un bien en Espagne : un impôt qui dépend de la région
L'Espagne taxe l'héritage d'un bien situé sur son sol par l'impôt sur les successions et donations (loi 29/1987), même si le défunt et les héritiers vivent ailleurs. La particularité espagnole : les régions (communautés autonomes) accordent chacune leurs réductions et bonifications. Pendant longtemps, les non-résidents ne pouvaient appliquer que le barème de l'État, sans ces avantages régionaux. La Cour de justice de l'Union européenne y a vu une discrimination (arrêt du 3 septembre 2014, affaire C-127/12), et la loi a été modifiée.
Aujourd'hui, selon le tableau de l'Agencia Tributaria (mis à jour le 9 juin 2026) :
- si le défunt ne résidait pas en Espagne, la déclaration est gérée par l'État (Oficina Nacional de Gestión Tributaria), et chaque héritier peut choisir entre le barème de l'État et celui de la région où se trouve la plus grande valeur des biens situés en Espagne ;
- si le défunt résidait en Espagne mais l'héritier vit hors d'Espagne, l'héritier choisit entre le barème de l'État et celui de la région de résidence du défunt ;
- cette option est ouverte à tous les non-résidents, y compris ceux qui vivent hors de l'Union européenne, par exemple en Algérie ou au Maroc.
Le choix compte, car les écarts entre régions sont considérables pour les proches parents (groupe I : descendants de moins de 21 ans ; groupe II : descendants de 21 ans ou plus, conjoint, ascendants).
| Région | Conjoint, enfants, parents (groupes I et II) | À noter |
|---|---|---|
| Andalousie | 99 % de l'impôt | Bonification en vigueur depuis avril 2019 |
| Baléares | 100 % de l'impôt | Valeur des immeubles inscrite dans l'acte plafonnée à la valeur de référence majorée de 20 % |
| Catalogne | 99 % pour le conjoint ; dégressive selon le montant pour les autres | Enfants de 21 ans ou plus et parents : 60 % sur les premiers 100 000 €, puis moins |
| Communauté valencienne | 99 % de l'impôt | Frères, sœurs, neveux : 25 % depuis le 1er juin 2026, 50 % au 1er juin 2027 |
| Madrid | 99 % de l'impôt | Frères, sœurs, neveux : 50 % depuis le 1er juillet 2025 |
Source : ministère espagnol des Finances, « Tributación autonómica. Medidas 2026 », chapitre IV, mis à jour le 23 septembre 2026. Régions de régime commun seulement (le Pays basque et la Navarre ont leur propre système). Les conditions de chaque bonification sont à vérifier avec le notaire.
Les règles pratiques de l'Agencia Tributaria pour les non-résidents :
- Délai : six mois à compter du décès pour déposer le modelo 650. Une prorogation de six mois peut être demandée dans les cinq premiers mois ; sans réponse le mois suivant, elle est réputée accordée. Des intérêts de retard courent pendant la prorogation.
- Pièces : acte d'acceptation de la succession signé chez un notaire espagnol (ou, à défaut, un inventaire des biens et des héritiers), acte de décès, certificat du Registre général des actes de dernière volonté (exigé même s'il est négatif), testament ou déclaration d'héritiers, numéro fiscal de chaque héritier.
- Héritiers hors de l'Union : un héritier qui ne réside ni dans l'Union européenne ni dans l'Espace économique européen doit désigner un représentant résidant en Espagne auprès de l'administration fiscale.
- Plus-value municipale : la mairie taxe aussi l'augmentation de valeur du terrain urbain lors de toute transmission, héritage compris. Le délai de déclaration est de six mois après le décès, prorogeable jusqu'à un an à la demande de l'héritier (article 110 de la loi sur les finances locales).
Pour la fiscalité courante d'un logement espagnol que l'on garde (impôt des non-résidents, location), voir notre guide pour acheter un logement en Espagne depuis la France ou le Maghreb : les règles sont les mêmes une fois le bien inscrit au nom des héritiers.
Hériter d'un bien en Italie : un abattement d'un million par enfant
L'Italie impose la succession sur la part nette reçue par chaque bénéficiaire, avec des abattements élevés en ligne directe. Les taux publiés par l'Agenzia delle Entrate (dépliant de juin 2026) :
| Bénéficiaire | Taux | Abattement par bénéficiaire |
|---|---|---|
| Conjoint, enfants, parents | 4 % | 1 000 000 € |
| Frères et sœurs | 6 % | 100 000 € |
| Autres parents jusqu'au 4e degré, alliés | 6 % | Aucun |
| Autres personnes | 8 % | Aucun |
| Personne en situation de handicap grave | Taux selon le lien | 1 500 000 € |
Source : Agenzia delle Entrate, page « Aliquote e franchigie » consultée le 18 octobre 2026 et dépliant « Dichiarazione e imposta di successione » de juin 2026.
Un enfant qui hérite seulement d'une maison de 300 000 € en Italie ne paie donc pas d'impôt de succession italien. Mais d'autres taxes s'appliquent à tout immeuble transmis : l'impôt hypothécaire de 2 % et l'impôt cadastral de 1 % de la valeur du bien, ramenés à 200 € chacun lorsqu'un héritier remplit les conditions de la « prima casa » (résidence principale), plus des droits de timbre et des taxes de service.
Les règles de déclaration :
- Délai : douze mois à compter de l'ouverture de la succession, en général le jour du décès. Selon l'Agenzia delle Entrate (résolution 66/E du 20 décembre 2024), ce délai n'entraîne pas de déchéance : une déclaration tardive reste valable, mais elle est sanctionnée.
- Autoliquidation : pour les successions ouvertes depuis le 1er janvier 2025, ce sont les héritiers qui calculent eux-mêmes l'impôt, puis le paient dans les 90 jours suivant la date limite de la déclaration (décret législatif n° 139/2024). L'administration contrôle ensuite le calcul.
- Dépôt : en ligne (déclaration précompilée sur le site de l'Agenzia delle Entrate) ou par un intermédiaire agréé. Une personne qui réside à l'étranger et ne peut pas la transmettre en ligne peut envoyer le formulaire papier par lettre recommandée.
- Cadastre : la déclaration contient la demande de voltura catastale, qui met le bien au nom des héritiers au cadastre.
Un point souvent mal compris : si le défunt résidait en France, c'est le droit français qui règle l'acceptation ou la renonciation à la succession (article 23 du règlement), même pour la maison italienne. Le règlement permet en outre à un héritier de faire sa déclaration d'acceptation ou de renonciation devant les juridictions de son propre pays de résidence, à deux conditions : que la loi applicable à la succession prévoie une telle déclaration devant une juridiction, et que la loi de ce pays de résidence l'autorise aussi (article 13).
Côté France : éviter la double imposition
La France taxe toute la succession, biens étrangers compris, lorsque le défunt avait son domicile fiscal en France. Elle taxe aussi les biens reçus de l'étranger par un héritier domicilié en France pendant au moins six des dix dernières années (article 750 ter du Code général des impôts). Sans convention, le même bien pourrait donc être taxé deux fois. Or la France a signé une convention sur les successions avec chacun des deux pays, et elles ne fonctionnent pas de la même manière.
| Critère | Espagne | Italie |
|---|---|---|
| Texte | Convention du 8 janvier 1963, articles 29 à 38, toujours en vigueur pour les successions | Convention du 20 décembre 1990, en vigueur depuis le 1er avril 1995 |
| Qui taxe la maison | Seulement l'Espagne (article 30) | L'Italie peut la taxer (article 5) |
| Si le défunt résidait en France | La France ne taxe pas la maison, mais peut en tenir compte pour le taux appliqué aux autres biens (article 36) | La France taxe tout et déduit l'impôt payé en Italie, dans la limite de l'impôt français sur ce bien (article 11) |
| Comptes bancaires et placements | Taxés dans l'État de résidence du défunt | Titres et créances taxés là où ils sont situés (article 8) |
Sources : textes des conventions publiés sur impots.gouv.fr ; BOFiP BOI-INT-CVB-ESP-20 du 28 novembre 2024 ; Agencia Tributaria, questions fréquentes sur les successions des non-résidents.
En pratique, pour un défunt qui vivait en France : une maison en Espagne héritée par un enfant peut ne coûter presque rien en Espagne si la région accorde une bonification de 99 %, et rien en France, hors effet sur le taux. Une maison en Italie peut ne rien coûter en Italie grâce à l'abattement d'un million, mais elle entre dans la déclaration de succession française et supporte les droits français, diminués de l'impôt italien éventuellement payé.
La déclaration de succession française doit être déposée dans les six mois du décès s'il a eu lieu en France métropolitaine, dans les douze mois s'il a eu lieu à l'étranger (impots.gouv.fr). Les délais espagnol (six mois) et italien (douze mois) courent en parallèle.
Pour le volet français des successions, lire aussi notre article sur la société civile patrimoniale et le cas d'une pension versée à un enfant.
Les démarches dans l'ordre
Rassembler les actes
Acte de décès, livret de famille, testament éventuel, titre de propriété du bien. Pour l'Espagne, demander aussi le certificat du Registre général des actes de dernière volonté, exigé même s'il ne contient rien.
Identifier la loi et le notaire compétents
La dernière résidence habituelle du défunt désigne la loi civile et les autorités compétentes. Un testament peut avoir choisi la loi de sa nationalité.
Faire établir la preuve de la qualité d'héritier
Acte de notoriété et, si le bien est dans un autre pays de l'Union, certificat successoral européen délivré par le notaire du pays de résidence. Prévoir une copie valable au moment de l'acte à l'étranger.
Obtenir les numéros fiscaux locaux
NIE ou NIF en Espagne, codice fiscale en Italie, pour chaque héritier. Pour l'Espagne, un consulat peut attribuer le NIF à un étranger qui n'a pas de NIE (Agencia Tributaria).
Déclarer et payer dans le pays du bien
Espagne : modelo 650 dans les six mois, plus la plus-value municipale. Italie : déclaration de succession dans les douze mois, impôts autoliquidés dans les 90 jours suivants.
Inscrire le bien au nom des héritiers
Espagne : acte notarié d'acceptation puis inscription au registre de la propriété. Italie : voltura catastale demandée avec la déclaration, et formalités de publicité foncière.
Déposer la déclaration française
Dans les six ou douze mois selon le lieu du décès, en appliquant la convention avec l'Espagne ou l'Italie. Joindre les justificatifs des impôts payés à l'étranger.
Garder ou vendre ? Les héritiers deviennent propriétaires en indivision. La vente avant le partage, l'impôt sur la plus-value et la location relèvent ensuite du droit et de la fiscalité du pays du bien.
Questions fréquentes
Mon père vivait en France et avait une maison en Espagne : quelle loi s'applique ?
En principe la loi française, celle de sa dernière résidence habituelle, pour toute la succession, maison espagnole comprise (règlement 650/2012, article 21). Seul un testament choisissant la loi de sa nationalité peut changer cela. L'impôt, lui, se règle selon la loi fiscale espagnole et la convention de 1963.
Existe-t-il une convention fiscale sur les successions entre la France et l'Espagne ?
Oui. La convention du 8 janvier 1963 a perdu son volet sur les revenus, mais ses articles sur les successions restent applicables, selon le BOFiP mis à jour le 28 novembre 2024. Un immeuble situé en Espagne n'y est imposable qu'en Espagne.
Le certificat successoral européen est-il obligatoire ?
Non, le règlement le dit expressément (article 62). Il facilite la preuve de la qualité d'héritier dans le pays du bien et vaut document d'inscription au registre, mais le notaire espagnol ou italien peut aussi travailler à partir d'autres pièces.
J'habite en Algérie ou au Maroc et j'hérite d'un bien en Espagne : quelles règles ?
Comme tout non-résident, vous pouvez opter pour le barème de la région où se trouvent les biens, selon l'Agencia Tributaria. Résidant hors de l'Union européenne, vous devez en plus désigner un représentant en Espagne pour vos démarches fiscales.
Que se passe-t-il si le délai de déclaration est dépassé ?
En Espagne, mieux vaut anticiper : la prorogation de six mois se demande dans les cinq premiers mois, et des intérêts de retard courent pendant cette prorogation. En Italie, la déclaration tardive reste valable mais elle est sanctionnée (résolution 66/E de 2024). Dans tous les cas, le notaire chiffre les pénalités selon la date de dépôt.
Le défunt avait la double nationalité française et italienne : qu'est-ce que cela change ?
Sans testament, rien : la résidence habituelle désigne la loi. Avec un testament, il pouvait choisir la loi de l'une ou l'autre de ses nationalités pour toute sa succession (article 22).
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