Crise énergétique : QatarEnergy suspend sa production de GNL après des frappes iraniennes
QatarEnergy, le géant qatarien du gaz naturel liquéfié qui représente près de 20% du commerce mondial de GNL, a annoncé ce lundi 2 mars la suspension totale de sa production suite à des frappes de drones iraniens contre ses installations. Cette décision historique a provoqué une flambée immédiate des prix du gaz en Europe, qui ont bondi de plus de 50%.
Dans un communiqué publié en début de journée, la compagnie énergétique publique qatarie a indiqué avoir « cessé la production de gaz naturel liquéfié et de produits dérivés » en raison « des attaques militaires perpétrées contre les installations de QatarEnergy situées dans les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed ».
Selon le ministère de la Défense qatarien, deux drones iraniens ont visé des infrastructures critiques : une centrale électrique à Ras Laffan, située à 80 kilomètres au nord de Doha et principal site de production de GNL du pays, ainsi qu'un réservoir d'eau d'une centrale à Mesaieed, autre pôle gazier majeur situé à 40 kilomètres au sud de la capitale. Aucune victime n'a été signalée.
Les marchés européens sous le choc
La réaction des marchés a été immédiate et brutale. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne du prix du gaz, s'est envolé de plus de 48% pour atteindre 47,32 euros le mégawattheure en milieu d'après-midi. Le pic a même atteint 47,70 euros, soit une hausse de 52,38%, représentant la plus forte progression en une seule journée depuis août 2023.
Cette flambée intervient dans un contexte déjà tendu sur les marchés énergétiques. L'Europe, qui a considérablement accru sa dépendance aux importations de GNL pour compenser la réduction des livraisons par pipeline russe depuis le début du conflit en Ukraine, se retrouve particulièrement exposée. Les analystes de Goldman Sachs ont averti qu'une fermeture prolongée d'un mois du détroit d'Hormuz pourrait entraîner un doublement des prix du gaz européen.
Un acteur incontournable du marché mondial
L'arrêt de la production a affecté le gigantesque champ gazier North Field, qui constitue la base de la capacité nominale de QatarEnergy, estimée à 77 millions de tonnes par an. Ce gisement, partagé avec l'Iran, représente le plus grand réservoir de gaz naturel au monde. Le Qatar détient environ 10% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel et maintient des contrats d'approvisionnement à long terme avec les majors pétrolières Total, Shell et Eni, ainsi qu'avec Petronet et Sinopec.
Ras Laffan, souvent qualifiée de « capitale mondiale du GNL », constitue l'un des plus grands centres de production au monde. Le Qatar figure parmi les trois premiers exportateurs mondiaux aux côtés des États-Unis, de l'Australie et de la Russie, et contrôle environ un quart de l'approvisionnement mondial prévu pour la prochaine décennie.
Ces attaques représentent le troisième jour consécutif de frappes iraniennes contre des pays du Golfe abritant des bases militaires américaines, en représailles à une opération menée samedi par Israël et les États-Unis. L'Iran a également imposé un blocus total du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ 20% des flux mondiaux de pétrole et de gaz.
Si les prix actuels restent encore très éloignés des niveaux records de 2022, lorsque le gaz avait dépassé les 300 euros le mégawattheure au début de la guerre en Ukraine, cette nouvelle crise énergétique rappelle la vulnérabilité de l'approvisionnement européen face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. QatarEnergy n'a pas divulgué l'étendue des dégâts mais a indiqué qu'elle continuerait à suivre l'évolution de la situation.