Gazole à 1,75 € : le ministre y croit, mais pour qui exactement ?
Un gazole à 1,75 euro le litre, « c'est possible », a assuré Serge Papin lundi 2 novembre sur RTL. Ce prix ne s'affiche pourtant sur aucune pompe : le ministre du Commerce et des PME additionne le prix le plus bas du pays et l'aide de 100 euros versée aux « grands rouleurs ». Pour la plupart des automobilistes, le litre tourne encore autour de 2,20 euros.
« Certains nous parlaient d'un gazole à 3 euros », a rappelé le ministre, cité par Le Figaro. « Si je prends le prix le plus bas, en y ajoutant la prime grand rouleur, on peut être à 1,75 euro. » Un cas « idéal », a-t-il reconnu, « mais qui existe ». Serge Papin affirme aussi que « plus de la moitié des stations ont baissé les prix de 12 à 18 centimes », ce qui couvrirait selon lui 80 % des Français, et que « les distributeurs jouent le jeu », d'après BFMTV.
Un calcul réservé aux bénéficiaires de l'aide de 100 euros
Le prix plancher dont parle le ministre est celui des stations les moins chères. TotalEnergies vend le gazole à 2,15 euros dans ses 705 stations Access depuis le samedi 31 octobre, et E.Leclerc a annoncé une baisse de 21 centimes par litre dans ses 742 stations à partir du dimanche 1er novembre, Coopérative U suivant le même mouvement, selon Le Figaro. Il faut ensuite retrancher l'aide « grands rouleurs » : 100 euros pour la période d'octobre à décembre, soit « 40 centimes d'euros par litre pour une consommation moyenne de trois mois », selon le gouvernement. Le calcul suppose donc 250 litres consommés en trois mois. Celui qui roule moins économise plus par litre, celui qui roule plus économise moins.
Tout le monde n'y a pas droit. Pour la campagne en cours, le revenu fiscal de référence 2024 ne doit pas dépasser 22 770 euros par part, il faut habiter à plus de 15 kilomètres de son travail ou parcourir plus de 8 000 kilomètres par an pour son activité avec son véhicule personnel, à moteur thermique ou hybride non rechargeable. Le gouvernement compte 5,5 millions de bénéficiaires potentiels. Les 1,6 million de personnes déjà aidées au printemps ont reçu le versement automatiquement le 16 octobre ; les autres doivent faire la demande sur impots.gouv.fr avant le 31 décembre 2026, détaille Le Figaro.
À la pompe, la baisse reste inégale. D'après les relevés publiés par l'État sur prix-carburants.gouv.fr, consultés lundi 2 novembre en fin de matinée, 777 stations sur les 7 403 qui avaient actualisé leur prix du gazole dans la semaine l'affichaient à 2,15 euros ou moins, soit environ une sur dix. Le moins cher, à 2,06 euros, se trouvait à Chauvigny, dans la Vienne. Parmi les quelque 4 100 stations ayant déjà mis leur prix à jour ce lundi-là, la moyenne était de 2,22 euros. Fin octobre, le litre de gazole tournait autour de 2,40 euros en moyenne, contre 1,72 euro avant la guerre en Iran, fin février.
Une baisse prévue pour trois mois, des stations qui suivent en retard
Cette détente vient des 10 millions de barils de gazole tirés des stocks stratégiques, cédés aux distributeurs au prorata de leurs ventes de 2025 jusqu'à la fin janvier. Achetés avant la guerre, ils sont vendus 0,28 euro le litre, contre environ 1,10 euro sur le marché à la mi-octobre, selon Matignon cité par RMC. Un arrêté oblige les stations à afficher « de manière claire » le montant de la baisse. Le ministre ne s'engage pas au-delà : le gouvernement « a fait les choses pour les trois mois qui viennent ». « On verra ce qui va se passer dans trois mois, on s'adaptera », a-t-il dit.
Les stations indépendantes, souvent rurales, sont les dernières servies. « Les stocks stratégiques ont été donnés en priorité aux plus gros », regrette Francis Pousse, du réseau Mobilians, ce qui recule selon lui l'application de la baisse attendue le 1er novembre dans les campagnes. Stéphane Decome, vice-président de la branche stations-service de Mobilians, prévoyait dimanche 1er novembre sur RMC des premières baisses chez les indépendants à partir du mardi 3 novembre, et redoute la disparition de 250 à 300 de ces stations d'ici un an. Serge Papin rappelle qu'un prêt à taux zéro a été ouvert pour soutenir leur trésorerie.
Pour une partie des automobilistes, ces centimes arrivent tard. « On est en train de crever ! On ne bouffe pas ! On ne se chauffe pas ! Je me chauffe à la bougie. Je n'ai que 1.000 € par mois… ma femme a 2 boulots ! », a lancé Wilfrid, un auditeur, lundi 2 novembre dans Les Grandes Gueules sur RMC. La consommation de carburant recule : le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, a évoqué le 29 octobre des stations à « jusqu'à -40 % » de volume en octobre, et le gouvernement une baisse de 19 % du 1er au 21 septembre par rapport à 2025, selon Le Figaro.
Photo : écran d'une pompe à gazole près de Grenoble, en septembre 2026. Crédit : Florian Pépellin, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.