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Martyre de l'A10 : les parents jugés à Blois jusqu'au 18 novembre

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Blois

Le procès des parents de la fillette retrouvée morte au bord de l'autoroute A10, à Suèvres (Loir-et-Cher), en août 1987, s'est ouvert lundi 2 novembre devant la cour d'assises du Loir-et-Cher, à Blois. La mère, Halima El Bakhti, est jugée pour tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le père, Ahmed Touloub, pour complicité. Ils comparaissent libres jusqu'au mercredi 18 novembre et restent présumés innocents jusqu'au verdict.

Selon La Nouvelle République, présente dans la salle, l'audience a commencé à 9 h 30 par l'appel des accusés et le tirage au sort des jurés. Les deux anciens époux, divorcés depuis longtemps, se sont assis près du box, silencieux et sans se regarder. Les scellés du dossier étaient posés dans des cartons sur une table. Le quotidien régional compte 84 journalistes accrédités, représentant 37 médias.

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Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Après une période de détention provisoire, ils ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire, rappelle franceinfo. Leurs avocats, Me Camille Radot pour la mère et Me Frank Berton pour le père, n'avaient pas souhaité s'exprimer avant l'audience. Le procureur de la République de Blois, Stéphane Javet, porte l'accusation en qualité d'avocat général.

Une fillette restée sans nom pendant plus de trente ans

Le 11 août 1987, vers 15 heures, deux employés de Cofiroute qui débroussaillaient les abords de l'A10, entre Orléans et Blois, découvrent le corps d'une petite fille enveloppé dans une couverture. Son âge est estimé entre 3 et 5 ans. L'expertise relève des traces de violences répétées et anciennes. Personne ne la réclame : elle est inhumée le 9 septembre 1987 dans le cimetière de Suèvres, sous l'épitaphe « À la mémoire de la petite inconnue de l'autoroute A10 ».

L'avis de recherche est affiché dans 65 000 écoles et 30 000 mairies, et son signalement est diffusé dans plus de 30 pays, notamment au Maroc, en Algérie et en Tunisie, d'après franceinfo. Le 1er mars 1993, l'émission Témoin numéro un de TF1 lance un appel à témoins, sans résultat. Deux non-lieux sont prononcés, en 1992 puis en 1997. Relancée en 2006, l'enquête permet d'isoler en 2008 deux profils génétiques, l'un masculin et l'autre féminin, sur les vêtements et la couverture. Aucun ne figure alors dans le fichier national des empreintes génétiques.

Le tournant arrive en avril 2017 : l'empreinte génétique d'un homme, enregistrée au fichier dans une autre affaire, correspond à ces traces : c'est un frère de la fillette. Les gendarmes de la section de recherches d'Orléans remontent jusqu'aux parents, originaires du Maroc, arrivés en France en 1982 et installés en région parisienne. Ils sont interpellés le 12 juin 2018, plus de trente ans après les faits. Il aura fallu ensuite huit années de procédure avant l'audience de Blois.

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Deux versions face à la cour, jusqu'au 18 novembre

Les deux accusés ne racontent pas la même histoire. D'après leurs déclarations aux enquêteurs, rapportées par franceinfo qui a consulté l'arrêt de la chambre de l'instruction, le père attribue toutes les violences à la mère. Il reconnaît ne jamais l'avoir dénoncée ni avoir protégé l'enfant, par peur, dit-il, de se voir retirer la garde de ses enfants. La mère admet une partie des violences, dont des gifles, mais en conteste d'autres. Le père affirme qu'en rentrant le soir du 10 août 1987, il a trouvé l'enfant sans vie et que la mère lui a parlé d'une chute dans l'escalier de la cave. L'accusation leur reproche d'avoir ensuite abandonné le corps au bord de l'autoroute, sur la route des vacances.

Les experts psychiatres et psychologues n'ont relevé chez la mère ni « pathologie mentale avérée » ni trouble « susceptible d'abolir ou d'altérer son discernement », selon le même arrêt. La cour devra dire comment l'enfant est morte, pourquoi rien n'a jamais été signalé et quel rôle a tenu chacun des deux parents. Six frères et sœurs de la victime sont parties civiles, aux côtés de plusieurs associations de protection de l'enfance. « L'enjeu pour nous n'est pas tant la peine qui sera infligée aux accusés. Ce que l'on veut, c'est comprendre », explique Me Agathe Morel, avocate de La Voix de l'enfant, citée par franceinfo.

Dès 8 heures, lundi, le public faisait la queue devant les grilles du palais de justice, malgré le froid, raconte La Nouvelle République. Cinq représentants de l'association Mouv'enfants, dont son président Arnaud Gallais, y ont réclamé justice pour la fillette. Le mouvement, qui avait organisé une marche blanche à Suèvres le 18 octobre 2025 pour obtenir la tenue rapide du procès, annonce qu'il suivra toutes les audiences.

Le procès est public, mais les places sont comptées. La salle des assises, rénovée pour l'occasion, réserve 55 de ses 72 places au public, et une salle de retransmission de 45 places, dont 20 pour le public, a été aménagée dans l'annexe dite site 3J, 15 rue du Père-Brottier, détaille le quotidien. Des tickets valables une demi-journée sont remis chaque jour d'audience à partir de 8 h 15 et de 13 h 15 ; les débats reprennent l'après-midi à 14 h 30. Tout enregistrement, y compris au téléphone portable, est interdit sous peine de poursuites.

La chancellerie a classé l'audience « procès sensible », une première dans la région. Selon ICI Centre-Val de Loire, 206 000 euros ont été engagés pour l'organiser, à parts égales entre le ministère de la Justice et la cour d'appel d'Orléans. « C'est un procès exceptionnel », a résumé le procureur général d'Orléans, Fabrice Belargent. Le verdict est attendu à l'issue des débats, prévus jusqu'au mercredi 18 novembre.

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